Partout dans le monde, des subventions publiques sont accordées au secteur de la pêche pour soutenir son développement. Une grande partie de ces subventions sont néfastes pour les écosystèmes et pour nos capacités futures à pêcher certaines espèces, car elles encouragent la surcapacité des flottes et, plus généralement, la surpêche1FAO, La pêche maritime et le droit de la mer : une décennie de changements. Chapitre spécial (révisé) de La situation mondiale de l’alimentation et de l’agriculture 1992, Rome, 1993. Disponible à la page suivante : https://www.fao.org/4/u9345f/u9345f00.htm.
Au niveau mondial, le secteur a ainsi reçu 35,4 milliards de dollars de subventions en 2018, dont 80% ont été captés par les pêcheries industrielles. Ces dernières représentent pourtant moins de 20% de la flotte totale2Sumaila Ussif Rashid et al., “Updated estimates and analysis of global fisheries subsidies”, Marine Policy, 109, November 2019, https://doi.org/10.1016/j.marpol.2019.103695.. Au niveau européen, la pêche a bénéficié de plus de 29 milliards d’euros d’aides publiques au cours des vingt dernières années, dont 40 à 50 % ont été consacrés à des mesures de renforcement des capacités qui ont accru les possibilités de capture du poisson3Daniel J Skerritt, Robert Arthur, Naazia Ebrahim, Valérie Le Brenne, Frédéric Le Manach, Anna Schuhbauer, Sebastián Villasante, U Rashid Sumaila, A 20-year retrospective on the provision of fisheries subsidies in the European Union, ICES Journal of Marine Science, Volume 77, Issue 7-8, December 2020, Pages 2741–2752, https://doi.org/10.1093/icesjms/fsaa142.
BLOOM mène une campagne européenne qui vise à éliminer les subventions qui soutiennent des pêches détruisant les écosystèmes marins, le climat et les emplois, et se mobilise pour engager la transition vers un modèle de pêche durable tout en augmentant la transparence de ces aides publiques.
Afin de pouvoir éliminer les subventions néfastes, il est indispensable de pouvoir les identifier. Or, l’opacité du secteur complexifie ce processus. En l’absence de système harmonisé et systématique de collecte des données sur les subventions à la pêche à l’échelle de l’Union européenne (UE) et faute de communication transparente de la part des États, il s’avère en effet très difficile de connaître avec précision le montant, la nature et les bénéficiaires des aides allouées ainsi que les projets financés.
Cette opacité constitue une entrave majeure à l’établissement d’un bilan critique des subventions autant qu’un obstacle à l’identification des cas de mauvaise utilisation et de fraude. Le respect des obligations internationales, notamment l’ODD 14 et l’accord de l’OMC sur les subventions à la pêche adopté en juin 2022 et entré en vigueur en septembre 2025, nécessite la mise en place de critères d’éligibilité cohérents, une transparence significative et une application efficace de tous les instruments financiers. L’UE, qui a signé cet accord, doit garantir que les fonds publics ne soutiennent pas les pêcheries qui ne remplissent pas les critères d’éligibilité et les conditions de financement ou qui opèrent en violation du droit européen. Afin d’éviter de tels résultats, le financement doit s’accompagner des normes de transparence les plus exigeantes.
C’est pourquoi nous menons au sein de nos actions de plaidoyer européen et français, une campagne visant à garantir une utilisation rationnelle des fonds publics et la protection des biens publics.
BLOOM défend pour les futurs financements, une réglementation incluant des dispositifs clairs, complets et contraignants, capables de garantir la transparence totale de l’attribution et de l’utilisation des fonds européens, des aides d’État et de tout type de subventions directes ou indirectes, accompagnés d’outils de contrôle efficaces et dotés d’un financement adéquat pour les autorités.
Lire notre article : Quelles sont les solutions ?
Notre rapport "BLOOM attaque l'État pour excès de pouvoir"Au niveau mondial, alors que la surpêche a été identifiée par la Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) comme la première cause de destruction des écosystèmes marins au cours des cinquante dernières années1IPBES (2019) Summary for policymakers of the global assessment report on biodiversity and ecosystem services of the Intergovernmental Science-Policy Platform on Biodiversity and Ecosystem Services, disponible ici: https://files.ipbes.net/ipbes-web-prod-public-files/2020-02/ipbes_global_assessment_report_summary_for_policymakers_fr.pdf., la combustion des énergies fossiles a été identifiée comme la première cause du changement climatique. Or les aides au carburant (incluant les exonérations de taxes) représentent la majorité des subventions attribuées au secteur de la pêche dans le monde (22%)2Sumaila et al. (2019) Updated estimates and analysis of global fisheries subsidies, disponible ici : https://doi.org/10.1016/j.marpol.2019.103695.
Les chalutiers, en raison de leur forte consommation de gasoil, sont les navires les plus émetteurs de CO23Quemper, F., Levrel, H., Le Bras, Q., Mouillard, R., & Gascuel, D. (2025). Évaluation des performances environnementales, économiques et sociales des flottilles de pêche : Bilan France. Rapport du programme TransiPêche : Scénarios de transition écologique et sociale des pêches françaises (Les publications du Pôle halieutique, mer et littoral de L’Institut Agro, n° 56). L’Institut Agro Rennes-Angers et captent 70% des subventions publiques grâce notamment à l’exonération de la Taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE)4Quemper, F., Levrel, H., Le Bras, Q., Mouillard, R., & Gascuel, D. (2025). Évaluation des performances environnementales, économiques et sociales des flottilles de pêche : Bilan France. Rapport du programme TransiPêche : Scénarios de transition écologique et sociale des pêches françaises (Les publications du Pôle halieutique, mer et littoral de L’Institut Agro, n° 56). L’Institut Agro Rennes-Angers.
BLOOM a développé une campagne au niveau européen pour soutenir l’introduction graduelle d’une taxation aux carburants fossiles utilisés par les navires de pêche. Idéalement cette taxation devrait se baser sur le volume annuel de carburant consommé par navire afin de favoriser les navires de la petite pêche côtière, moins consommateurs de gasoil, par rapport aux navires les plus énergivores. Cette taxation pourrait générer 1,5 milliards d’euros par an qui pourraient être réorientés vers la transition écologique et sociale des pêches européennes et la résilience des communautés côtières.
En 2018, les subventions mondiales destinées à renforcer les capacités de pêche se sont élevées à 22,2 milliards de dollars, dont plus de 80 % ont bénéficié aux pêcheries industrielles à grande échelle, entraînant la surpêche, la dégradation des écosystèmes et des investissements sociaux médiocres. Malgré l’accord de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) entré en vigueur en 2025 pour interdire certaines subventions à la pêche illégale ou non réglementée, de nombreuses subventions néfastes ne figurant pas dans l’accord subsistent en raison de l’absence de consensus, ce qui retarde la mise en œuvre d’une réforme globale5BLOOM, 2024, 11 règles d’or pour une pêche véritablement sociale et écologique.
Au niveau européen, les fonds publics continuent à soutenir, directement et indirectement, des mesures de renforcement des capacités, même si leurs effets négatifs ont été documentés6Skerritt et al. A 20-year retrospective on the provision of fisheries subsidies in the European Union, ICES Journal of Marine Science, Volume 77, Issue 7-8, December 2020, Pages 2741–2752, https://doi.org/10.1093/icesjms/fsaa142 et que la Cour des comptes européenne a recommandé de mettre fin au soutien à la construction, à l’acquisition ou au démantèlement des navires7European Court of Auditors, Have EU measures contributed to adapting the capacity of the fishing fleets to the available fishing opportunities?, Special report N°12, Luxembourg, 2011, points 34-73 and conclusions ; European Court of Auditors, Marine environment: EU protection is wide but not deep, Special report N°26, Luxembourg, 2020, Executive summary IV, points 77 to 81, points 95-96 and recommendation 3 ; https://www.eca.europa.eu/en/maritime-affairs-fisheries.
En 2026, l’UE négocie le budget pour la période 2028-2034 dans le cadre pluriannuel financier (MFF – Multiannual Financial Framework en anglais)8https://commission.europa.eu/strategy-and-policy/eu-budget/long-term-eu-budget/eu-budget-2028-2034_en?prefLang=fr. BLOOM défend l’intégration de nouvelles régulations pour les financements futurs comme l’interdiction de toute nouvelle subvention, néfaste ou ambigüe, ou autre forme de soutien financier susceptible d’encourager la surpêche ou la surcapacité afin de se conformer à l’ODD 14.6 et à l’accord de l’OMC sur les subventions à la pêche qui est entré en vigueur en septembre 2025.
Notre argent public devrait plutôt soutenir les activités qui contribuent à la résilience et à la viabilité économique à long-terme. Au cœur de nos recommandations, l’assurance que l’argent public soutienne l’intérêt général.
Parmi les plus méthodes les plus destructrices, on trouve les chaluts de fond : des engins traînants qui raclent les fonds marins détruisant tout sur leur passage sans aucune sélectivité, tout en émettant des quantités colossales de CO21https://bloomassociation.org/bloom-publie-le-premier-bilan-des-emissions-carbone-de-la-peche-francaise/. Pourtant en France, il a été évalué qu’en dépit de leur faible performance environnementale, sociale et économique, les grands chaluts et sennes captent chaque année 70% des subventions européennes accordées au secteur de la pêche, soit 135 millions d’euros CO22Quemper, F., Levrel, H., Le Bras, Q., Mouillard, R., & Gascuel, D. (2025). Évaluation des performances environnementales, économiques et sociales des flottilles de pêche : Bilan France. Rapport du programme TransiPêche : Scénarios de transition écologique et sociale des pêches françaises (Les publications du Pôle halieutique, mer et littoral de L’Institut Agro, n° 56). L’Institut Agro Rennes-Angers. Les chercheurs de l’Institut agro Rennes-Angers qui ont réalisé cette évaluation TRANSIPÊCHE (2024) ont aussi montré que la viabilité de ces mêmes flottilles dépendait directement des aides publiques et que sans ces dernières elles ne seraient pas rentables.
Cette même étude a mis en évidence que la petite pêche côtière, particulièrement les ligneurs et les caseyeurs, est quant à elle performante sur tous les tableaux. Elle crée jusqu’à dix fois plus d’emplois et de valeur ajoutée que les grands chalutiers, tout en étant 3 à 4 fois moins émettrice de CO23Quemper, F., Levrel, H., Le Bras, Q., Mouillard, R., & Gascuel, D. (2025). Évaluation des performances environnementales, économiques et sociales des flottilles de pêche : Bilan France. Rapport du programme TransiPêche : Scénarios de transition écologique et sociale des pêches françaises (Les publications du Pôle halieutique, mer et littoral de L’Institut Agro, n° 56). L’Institut Agro Rennes-Angers . Alors qu’elle représente 75% de la flotte européenne et qu’elle opère une pression écologique plus limitée que la pêche industrielle, elle n’a touché que 20% des fonds européens dédiés à la pêche jusqu’en 20214https://seas-at-risk.org/publications/study-power-structures-shaping-eu-fisheries-how-the-political-economy-favours-industrial-over-small-scale-low-impact-fishing/. Le reste a été capté par les industriels pour servir à l’augmentation des capacités et soutenir des techniques parmi les plus énergivores et les plus destructrices de l’environnement.
BLOOM se bat depuis des années pour l’interdiction des subventions aux méthodes de pêche destructrices grâce à différents leviers comme la recherche, le portage politique, le plaidoyer, les coalitions avec d’autres associations et la mobilisation citoyenne. En 2019, nous avons obtenu l’interdiction de la pêche électrique dans les eaux européennes qui avait été largement subventionnée.
À travers notre campagne, nous poussons à ce que l’Union Européenne et les États membres renforcent les conditions d’octroi des subventions, en les liant à des résultats environnementaux et sociaux mesurables. Nous recommandons un transfert des subventions vers des pêcheries ayant un faible impact sur les écosystèmes marins, une utilisation restreinte d’engins à forte consommation d’énergie et générant une plus grande valeur sociale économique, ainsi qu’un financement de la transition des navires vers des pratiques de pêche moins impactantes, notamment les arts dormants.
Lire notre rapport « S’affranchir du chalut«
>> Pour en savoir plus sur notre programme sur la transition sociale et écologique des pêches <<
Notre campagne pour l'interdiction de la pêche électrique en EuropePremier puits de carbone au monde, l’océan est le principal régulateur du climat. La prospérité et la rentabilité des pêcheries dépendent de la bonne santé des écosystèmes qui assure l’abondance des stocks halieutiques. Renforcer la résilience de ces derniers est donc essentiel pour garantir la productivité future des pêcheries et réduire leur vulnérabilité aux chocs environnementaux en assurant un océan sain.
Pourtant, la politique de l’UE n’a pas encore intégré les fonctions de régulation climatique des écosystèmes marins dans ses stratégies de financement. Les États membres n’ont alloué qu’une part marginale des fonds de l’UE à la protection ou à la restauration des habitats marins et des populations de poissons. Selon un rapport publié par la Cour des comptes européenne en 2019, les quatre États membres audités n’avaient utilisé qu’environ 6 % du total de leur financement au titre du Fonds Européen pour les Affaires Maritimes et la Pêche (FEAMP, 2014-2020) pour des mesures de conservation. Sur ce montant, moins de 0,2 % a été consacré à la limitation de l’impact écologique de la pêche.
Malgré les objectifs déclarés de l’UE en matière de protection marine et d’atténuation du changement climatique1Action Plan – Protecting and restoring marine ecosystems for sustainable and resilient fisheries,2EU Marine strategic framework directive,3Nature restoration regulation,4European Climate Law , les fonds publics continuent de soutenir des opérations qui contribuent directement ou indirectement à la dégradation de la capacité des océans à séquestrer le carbone. La prochaine programmation des fonds européens dans le MFF, le cadre pluriannuel financier de l’Europe, représente donc une occasion unique pour orienter des subventions équitables et transparentes vers la pêche durable et la restauration des écosystèmes marins.

Lire notre actualité « Les subventions à la pêche dans le futur budget européen : bénéfiques, équitables et transparentes ? » :
Lire notre actualité
03 avril 2026
Découvrez la campagne européenne de BLOOM concernant le Règlement de mise en œuvre du Fonds européen pour les affaires maritimes et la pêche (FEAMP). Ce fonds est doté de plus de 6 milliards d’euros et couvrira, de 2021 à 2027, l’ensemble des dépenses européennes allouées à la pêche, à l’aquaculture et à la protection du milieu marin.
Découvrez les étapes de la campagne internationale de BLOOM, baptisée « The Low Hanging Fish », en faveur de l’interdiction des subventions néfastes.
Après les inégalités flagrantes des aides COVID en 20211BLOOM (2021) Aides COVID : le favoritisme dévastateur du gouvernement français., BLOOM révèle aujourd’hui un nouveau scandale financier lié aux subventions publiques accordées au secteur de la pêche en France. Notre enquête inédite intitulée « Breizhit » démontre comment les industriels de la pêche bretons ont fait main basse sur les aides Brexit au détriment de la région des Hauts-de-France, pourtant en première ligne face à la fermeture des eaux britanniques et illustre, une nouvelle fois, l’existence d’une cogestion inacceptable des richesses publiques par le couple formé par les pouvoirs publics et les lobbies de la pêche industrielle.
Une nouvelle étude de BLOOM, publiée dans la revue scientifique Marine Policy, met en lumière une allocation massive et inégalitaire des aides COVID aux entreprises les plus puissantes du secteur et aux pratiques de pêche destructrices.
Après la découverte de fraudes massives aux aides COVID1https://bloomassociation.org/mediapart-fraude-subventions-covid/ en 2022, cette nouvelle enquête explosive de BLOOM révèle un scandale financier majeur et des dysfonctionnements graves aux Pays-Bas dans le secteur de la pêche industrielle, en lien avec les autorités publiques. Notre analyse des subventions européennes accordées dans le cadre du Brexit en vertu des arrêtés ministériels néerlandais du 25 juillet 20222https://zoek.officielebekendmakingen.nl/stcrt-2022-19616.html et du 12 avril 20233https://zoek.officielebekendmakingen.nl/stcrt-2023-9390.html dévoile comment les aides publiques, censées soutenir les pêcheurs en difficulté, ont été majoritairement captées par une poignée de géants industriels et attribuées de façon abusive, voire illégale.
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