30 septembre 2025
Alors que les États du monde se sont engagés à sortir des énergies fossiles lors de la COP28 à Dubaï, la Colombie vient de franchir une étape décisive dans cette perspective en annonçant lors d’une conférence de presse se tenant en marge de l’Assemblée générale de l’ONU l’organisation, en avril 2026, d’un sommet intergouvernemental pour engager les négociations en vue de l’adoption d’un traité pour la réduction progressive des énergies fossiles. Cette annonce représente un tournant majeur dans la lutte contre le dérèglement climatique en mettant au centre de l’échiquier la question de la sortie des énergies fossiles.
À New York, en marge de l’Assemblée Générale de l’ONU et de la « semaine climatique » organisée par le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres, la ministre de l’Environnement colombienne, Irene Vélez Torres a annoncé la tenue en avril 2026 du premier sommet intergouvernemental pour parler de la sortie des énergies fossiles et du traité de non-prolifération des énergies fossiles « afin de mener la charge dans la transformation de nos systèmes énergétiques et de faire face aux crises interdépendantes du climat et de la justice ».
L’organisation d’un sommet international dédié à la sortie des énergies fossiles représente un tournant historique, et vient concrétiser la dynamique initiée en 2019 par des États insulaires du Pacifique, menacés de submersion par la montée des eaux, qui demandent la tenue d’une négociation multilatérale pour un traité international de désengagement des énergies fossiles.
Au cours des dernières années, ce sont 17 États, plus de 800 parlementaires à travers le monde, 130 villes, mais aussi l’OMS, le Parlement européen, et plus de 100 prix Nobel, qui ont apporté leur soutien à une telle initiative. Le traité poursuit trois objectifs : l’interdiction du développement de nouveaux projets d’énergies fossiles, la planification de la décroissance de la production d’énergies fossiles, et le développement massif des énergies renouvelables, le tout de manière juste socialement et équitable entre les pays.
Les derniers étés, marqués par des records de températures, nous montrent chaque jour les conséquences dramatiques du réchauffement climatique. Mégafeux, canicules, sécheresses, typhons… Les événements climatiques extrêmes se multiplient, et nous donnent un avant-goût effrayant de ce que sera un monde réchauffé à plus de 1,5°C, seuil qui sera inexorablement franchi dans quelques années.
Dans ce contexte, les scientifiques du GIEC et les organisations internationales soulignent l’urgence vitale de réduire drastiquement notre dépendance aux énergies fossiles pour limiter l’ampleur de la crise climatique, alors que chaque dixième de degré nous rapproche de points de bascule irréversibles et de catastrophes en cascade, avec des milliards de morts à la clé et des milliards de dollars de surcoût par an pour l’économie mondiale.
À contre-courant de cette urgence existentielle, les entreprises fossiles multiplient les projets dans le pétrole, le charbon et le gaz. En 2030, l’industrie fossile prévoit de produire deux fois plus d’énergies fossiles que ce qu’il faudrait pour limiter le réchauffement planétaire à 2°C. De nouveaux projets d’extractions sont ouverts, et les géants pétrogaziers, tels que TotalEnergies, poursuivent frénétiquement leurs campagnes d’exploration pour identifier de nouveaux gisements. En septembre, TotalEnergies a par exemple obtenu 7 nouveaux permis d’exploration offshore au large du Nigéria, du Libéria et de la République du Congo. Cette fuite en avant est plus qu’irresponsable, elle est criminelle. Notre procédure au pénal contre TotalEnergies et ses dirigeants est en ce sens toujours en cours auprès du Tribunal judiciaire de Paris, afin de démontrer que la contribution de TotalEnergies au changement climatique relève de l’homicide involontaire et de la mise en danger de la vie d’autrui tout autour de la planète.
Si la France a déjà commencé à légiférer sur la question de la non-prolifération des énergies fossiles sur son territoire via la Loi Hulot de 2017, son bilan est à relativiser en raison de la contribution majeure de ses entreprises dans l’expansion fossile mondiale. En l’absence de contrainte appliquée au secteur privé français, TotalEnergies est aujourd’hui la troisième compagnie au monde en termes d’ouvertures de nouveaux projets fossiles, tandis que des banques comme Amundi ou la Société Générale continuent à financer par dizaine de milliards d’euros par an le chaos climatique.
En permettant aux entreprises françaises de participer à l’expansion fossile de par le monde, la législation française n’est pas à la hauteur de l’enjeu. Un avis historique de la Cour de justice internationale, rendu en juillet dernier, caractérise cette posture comme étant une violation du droit international, indiquant que « le fait pour un État de ne pas prendre les mesures appropriées pour protéger le système climatique contre les émissions de gaz à effet de serre – notamment en produisant ou en utilisant des combustibles fossiles ou en octroyant des permis d’exploration ou des subventions pour les combustibles fossiles – peut constituer un fait internationalement illicite attribuable à un État », et en spécifiant que « un État peut voir sa responsabilité engagée si, par exemple, il a manqué d’exercer la diligence requise en ne prenant pas les mesures réglementaires et législatives nécessaires pour limiter la quantité d’émissions causées par les acteurs privés relevant de sa juridiction. »
La France et l’UE, se voulant leader de la transition climatique, doivent donc se prononcer en faveur de l’initiative pour un traité de non-prolifération des énergies fossiles afin de mettre fin à l’hypocrisie, entre ambition sur le sol européen et impunité des multinationales au-delà des frontières européennes. En 2023, 300 scientifiques du climat ont signé une tribune appelant à un engagement clair de la part de la France en faveur d’un traité sur la non-prolifération des énergies fossiles. En juin dernier, lors de la conférence des Nations unies sur l’Océan, 150 parlementaires de 40 pays ont également demandé à Emmanuel Macron de se prononcer pour l’ouverture de négociations internationales relatives à la non-prolifération des énergies fossiles afin de protéger l’océan et l’humanité. De nombreuses villes françaises, telles que Paris, Lyon, Bordeaux, Rennes et Grenoble, soutiennent l’initiative depuis des années. La France doit se saisir des opportunités juridiques et internationales qui s’offrent à elle pour contribuer à mettre un terme à l’expansion fossile mondiale.
En avril 2026, l’histoire pourrait se jouer à Bogotá. Le sommet annoncé par la Colombie offre une chance de concrétiser l’aspiration citoyenne mondiale à une action climatique à la hauteur de l’urgence. Mais le succès de ce sommet dépend de la considération et de l’implication d’États, en particulier de la France, pour continuer à porter la dynamique du traité et ne surtout pas laisser passer une de nos meilleures chances d’enrayer la catastrophe climatique.
08 juin 2025
Pour la journée mondiale de l’océan, à la veille de la troisième conférence des Nations unies sur l’océan (UNOC), 145 parlementaires de 39 pays appellent les chefs d’États du monde entier à soutenir l’initiative pour un traité de non-prolifération des énergies fossiles afin de protéger notre océan et notre futur. L’appel est adressé en particulier aux hôtes de cette conférence internationale, les présidents français Emmanuel Macron et costaricain Rodrigo Chaves Robles, qui doivent prendre position contre le développement de nouveaux projets d’exploitation de gaz, de pétrole, et de charbon.
15 mai 2025
Pour la première fois au monde, le 21 mai 2024, une compagnie pétrolière, TotalEnergies, a fait l’objet d’une plainte pénale pour sa contribution au changement climatique compte tenu des impacts en résultant sur les vies humaines et non humaines. Le conseil d’administration et les actionnaires de TotalEnergies, la sixième major pétrogazière mondiale, étaient visés dans cette procédure au titre des infractions de mise en danger de la vie d’autrui, d’homicide involontaire, d’abstention de combattre un sinistre et d’atteinte à la biodiversité. Au-delà, l’intensification des conséquences du réchauffement climatique pose la question du risque d’une destruction généralisée de la biosphère, en d’autres termes d’un « globocide ».
20 février 2025
Face aux comportements destructeurs des majors pétrolières, qui poursuivent leur expansion fossile en dépit des alertes répétées des scientifiques, la justice pénale française vient de se décréter impuissante.
En mai dernier, huit victimes d’événements climatiques extrêmes déposaient plainte au tribunal judiciaire de Paris contre TotalEnergies au côté des associations BLOOM, Alliance santé planétaire et Nuestro Futuro pour faire reconnaître la responsabilité pénale de la major pétrolière française pour mise en danger de la vie d’autrui et homicide involontaire, entre autres. Le procureur de la République vient de classer le dossier, considérant que le l’état actuel du droit ne permettait pas de poursuivre la multinationale dans le cadre de cette plainte.