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Transition sociale-écologique des pêches

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Après plusieurs décennies d’industrialisation des pêches, la plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) déclare la pêche comme étant l’activité humaine ayant eu l’impact le plus important sur la biodiversité marine au cours des cinquante dernières années1IPBES (2019): Summary for policymakers of the global assessment report on biodiversity and ecosystem services of the Intergovernmental Science-Policy Platform on Biodiversity and Ecosystem Services. S. Díaz, J. Settele, E. S. Brondízio E.S., H. T. Ngo, M. Guèze, J. Agard, A. Arneth, P. Balvanera, K. A. Brauman, S. H. M. Butchart, K. M. A. Chan, L. A. Garibaldi, K. Ichii, J. Liu, S. M. Subramanian, G. F. Midgley, P. Miloslavich, Z. Molnár, D. Obura, A. Pfaff, S. Polasky, A. Purvis, J. Razzaque, B. Reyers, R. Roy Chowdhury, Y. J. Shin, I. J. Visseren-Hamakers, K. J. Willis, and C. N. Zayas (eds.). IPBES secretariat, Bonn, Germany. 56 pages. . Afin de garantir la protection de l’océan, dont le bon état est indispensable à la régulation du climat, il est nécessaire que la pêche devienne, enfin, durable. La “pêchécologie” consiste à repenser en profondeur notre manière de pêcher, et par conséquent notre rapport au vivant et au productivisme. Elle implique une “rupture” avec le présent, de manière à ce que la pêche minimise ses impacts sur le climat et le vivant tout en contribuant à la souveraineté alimentaire européenne, en maximisant les emplois et en offrant des perspectives socio-économiques et humaines dignes. C’est l’atteinte de cette pêche résolument durable que doit permettre la “transition sociale-écologique” soutenue par BLOOM. 

En l’absence de vision et d’unité pluridisciplinaire traitant de l’avenir des pêches, BLOOM a impulsé un groupement de recherche sur la transition des pêches constitué de chercheurs et de membres de la société civile. Ce groupement a pour objectif de dresser un état des lieux des différentes performances environnementales, sociales et économiques des pêches pour ensuite dessiner les voies d’avenir du secteur. En clair, il s’agit d’élaborer la feuille de route pour une pêche vraiment durable. 

Connaître les enjeux de la transition des pêches

La France accuse un sérieux retard dans la planification de la transition sociale et écologique du secteur. À l’heure actuelle, le gouvernement n’a développé qu’une Feuille de route de décarbonation de la filière maritime dans laquelle la pêche n’est mentionnée que sporadiquement. Celle-ci cible certains navires de pêche (ici uniquement ceux présentant une jauge supérieure à 400/500 UMS, soit d’une longueur de plus de 35-40 mètres), les porte-conteneurs, les navires gaziers, les ferries et les services off-shore. Au-delà du fait qu’elle ne concerne que très partiellement les navires de pêche, cette feuille de route de la décarbonation presqu’exclusivement technosolutionniste a pour maîtres mots “efficacité énergétique” et “carburants alternatifs”

En février 2025, le gouvernement d’Emmanuel Macron a rendu public le Contrat stratégique de la filière de la pêche maritime française. Ce document témoigne du retard mentionné plus haut : on y constate qu’aucune feuille de route de décarbonation nationale n’existe puisque son élaboration est tout juste présentée comme objectif à atteindre.  

Le document développe les principes d’une pêche très compétitive, hautement technologique, capable de proposer un maximum de volumes de produits de la mer en “libre-service”, sans questionner les pratiques et les engins. Loin de viser la sobriété carbone et la minimisation des impacts sur la biodiversité, il vise le développement de nouvelles méthodes innovantes capables de rendre la pêche hautement compétitive. 

 En somme, la transition des pêches est conçue avant tout comme une transition “énergétique” et technologique. Problème : elle fait courir le risque de développer, au nom de la décarbonation, des navires ultra-performants, capables de traquer jusqu’au dernier poisson, en passant sous silence la destruction des écosystèmes marins et des puits de carbone occasionnée par les engins de fond. 

Face à l’urgence climatique, une question s’impose : pourquoi perdre du temps et de l’argent à tenter de sauver des modèles de pêche destructeurs et voués à leur perte, lorsque l’on peut organiser la mise en œuvre des recommandations les plus efficaces, à savoir remplacer les flottilles particulièrement déficitaires insatiables en hydrocarbures et destructrices du vivant ? 

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En l’absence de vision de la part du gouvernement mais également en l’absence de départements ou facultés de recherche qui prennent en compte de manière globale et interdisciplinaire, et en toute indépendance, l’ensemble des questions qui restent sans réponse, BLOOM a impulsé le lancement d’un groupement de recherche sur la transition des pêches 

La constitution de ce groupement répond à une nécessité épistémique et pragmatique pour traiter la question des transitions de manière globale et interdisciplinaire, en intégrant autant les paramètres écologiques qu’humains (dimensions sociales, culturelles et économiques). Les principaux objectifs du groupement sont de :  

  • Comprendre les leviers et les obstacles aux transitions du secteur de la pêche française vers des pratiques sociales-écologiques vertueuses qu’imposent les enjeux climatiques et environnementaux à tous les secteurs de l’économie, et à la pêche en particulier ;
  • Dessiner des voies d’avenir en produisant des scénarios pour une transition sociale-écologique de l’ensemble de la pêche française, une « pêchécologie », qui viserait tout à la fois le maintien global de la production, la minimisation des impacts et la maximisation des emplois.

Les travaux de ce groupement ont vocation à « éclairer le débat public, sensibiliser, voire impulser un changement de pratiques et de mentalités au sujet de la transition des pêches » et les connaissances produites à être diffusées pour alimenter le débat et insuffler une dynamique de changement auprès des acteurs de la pêche.

Une nouvelle approche : le premier bilan des pêches françaises

La plupart du temps, l’impact de la pêche n’est évalué que par le prisme de l’état des stocks et/ou des débarquements en volumes. Cette approche monospécifique est réductrice et minimise les impacts réels de la pêche sur les écosystèmes marins. Différents indicateurs ont été proposés à travers l’évolution de la recherche, mais jamais considérés ensemble. 

Dans le cadre du groupement de recherche sur la transition des pêches, les équipes de Didier Gascuel (L’Institut Agro) et Harold Levrel (Muséum national d’Histoire naturelle) ont développé une méthode comprenant 5 indicateurs écologiques (surexploitation juvénile, abrasion des fonds marins, espèces sensibles et empreinte carbone) et 5 indicateurs socio-économiques (valeur ajoutée, emploi généré, coût salarial, excédent brut d’exploitation et subventions publiques) pour évaluer et comparer les différents segments de pêche de la flotte française) et classés par intervalle de taille, les côtiers (-12m), les hauturiers (12-24 m) et les industriels (+24m).Ils regroupent les différents types de pêche en 12 flottilles croisant un engin de pêche principal (drague, engin dormant, chalut et senne pélagique, chalut et senne de fond) avec une classe de taille (côtiers jusqu’à 12 mètres, hauturiers entre 12 et 24 mètres, industriels au-delà de 24 mètres). 

Ces indicateurs représentent une première avancée majeure dans la recherche pluridisciplinaire sur le secteur halieutique. Bien sûr, d’autres indicateurs pourraient être considérés (comme la performance des flottilles en matière de rejets, de pollution plastique ou même de bien-être animal).

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Cet état des lieux réalisé sur des données de 2017 à 2021 (issues du CIEM, CSTEP et IFREMER) nous montre que le chalutage, et particulièrement de fond, est la pire pratique de pêche 

À l’échelle de la France hexagonale, les chalutiers et senneurs ne représentent que 15% des navires de pêche et sont pourtant responsables de 88% de la surexploitation des poissons, 75% des poissons pêchés trop jeunes pour pouvoir se reproduire avant de mourir et 77% des émissions de CO liées à la consommation de carburant. Les chalutiers et senneurs industriels emploient jusqu’à 10 fois moins de marins-pêcheurs que la pêche artisanale pour 1000 tonnes de poissons débarqués. Ils créent en moyenne 250 à 2500€/T alors que la pêche artisanale en crée 1500 à 7000€/T. Les chalutiers et senneurs de fond sont responsables de 90% de l’abrasion des fonds, sur une surface d’environ 630 000 km2 (c’est plus que la superficie de la France hexagonale continentale !).

Malgré tous ces impacts délétères, les chalutiers et senneurs captent ¾ des subventions accordées au secteur. 

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Il n’y a pas de fatalité au chalut. Il est possible de faire vivre les criées et le mareyage autrement qu’au prix de la destruction. 

Dans leurs travaux les plus récents, les chercheurs du groupement de recherche sur la transition des pêches montrent que 85% des captures des chalutiers de fond de moins de 40 mètres (80 000 tonnes) pourraient être pêchées par des casiers, lignes et filets sur des navires de taille équivalente (Mouillard et Gascuel, 2025). 

La capacité à pêcher autrement qu’avec des chalutiers de fond est la première pièce de la transition sociale-écologique des pêches. Cette « déchalutisation », à organiser au plus vite, ne fonctionnera qu’à condition que les responsables politiques œuvrent à une répartition équitable des quotas, accompagnent les professionnels du secteur et financent cette évolution des pratiques. À ce jour, les subventions publiques sont principalement captées par les pratiques les plus dommageables. 

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Inédit : les résultats du premier bilan des émissions carbone de la pêche française

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Pour la première fois, BLOOM dévoile le bilan des émissions de gaz à effet de serre, ou “bilan carbone de la pêche française”, réalisé avec The Shift Project comme partenaire technique. BLOOM tire les principaux enseignements de ce travail inédit. La pêche française émet en une année 1,14 million de tonnes d’équivalent CO₂, un ordre de grandeur voisin des émissions du trafic aérien intérieur en France métropolitaine en 2023, estimées à 1,6 million de tonnes de CO₂. Ce résultat à l’échelle du secteur cache une hétérogénéité forte : les émissions fluctuent fortement en fonction des techniques et des modèles de pêche utilisés pour ramener les poissons, mollusques et crustacés qui emplissent nos assiettes.

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Comprendre l’état des océans et l’impact des pêcheries destructrices, comme le chalutage, sur les écosystèmes marins

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L’Océan abrite une biodiversité grandiose qui subit de plein fouet les impacts de nos activités humaines, dont la pêche industrielle est une des premières responsables. À cela, s’ajoute le réchauffement climatique qui perturbe tout le système Océan, alors qu’il est notre meilleur allié climatique. Comprendre l’impact de la pêche aujourd’hui nécessite de connaître l’ampleur des phénomènes sociaux, écologiques et économiques liés à cette industrie. Cette analyse permet un premier éclairage édifiant sur les enjeux liés à la transition de l’industrie de la pêche.

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Dans le cadre du groupement de recherche sur la transition des pêches, différentes façons d’actionner un changement de pratiques dans la pêche ont été explorées, ainsi que l’hypothèse de plusieurs cas de transition des pêches en France.

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Dans le cadre du groupement de recherche sur la transition des pêches, la question des transitions est abordée de manière globale et interdisciplinaire, en intégrant autant les paramètres écologiques qu’humains, notamment dans leurs dimensions sociales, culturelles et économiques. Des premiers travaux ont été publiés en 2024 sur les pêcheries françaises en Atlantique. 

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Dans le cadre du groupement de recherche sur la transition des pêches, la question des transitions est abordée de manière globale et interdisciplinaire, en intégrant autant les paramètres écologiques que ceux humains, notamment dans leurs dimensions sociales, culturelles et économiques. Le bilan complet de ces travaux a été publié en 2025 sur toutes les pêcheries françaises.

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Dans le cadre du groupement de recherche sur la transition des pêches, la faisabilité technique du transfert des captures réalisées par les chaluts de fond de moins de 40 mètres à des pratiques plus vertueuses a été démontrée.

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