03 mars 2025
Nous donnons l’alerte. Organiser l’indispensable défense européenne contre une potentielle agression de la Russie n’exempte pas le Président de la République d’agir contre le péril systémique du réchauffement climatique et de l’effondrement du Système Terre.
Alors que des climatologues de l’université d’Exeter (Royaume-Uni) et des économistes de l’IFoA (Institute & Faculty of Actuaries) indiquent dans un nouveau rapport que le PIB mondial pourrait chuter de 50% à partir de 2070 si les États n’engagent pas immédiatement une action déterminée pour lutter contre le changement climatique et l’effondrement de la nature, le Président de la République annonce une mesure d’accélération du désastre.
Samedi 22 février, au Salon de l’agriculture, le chef de l’État et la ministre de la transition écologique Agnès Pannier-Runacher ont signé avec les représentants du lobby de la pêche industrielle1Olivier Le Nézet, pour le Comité national des pêches, Frédéric Toulliou, pour France Filière Pêche, et Daniel Cueff, pour Régions de France. un Contrat stratégique de filière qui va précipiter la catastrophe climatique et l’effondrement des écosystèmes marins en accordant au secteur de la pêche une subvention inédite de 700 millions d’euros.
Alors que le gouvernement multiplie les mesures d’austérité, confronté à une crise budgétaire d’ampleur, Emmanuel Macron offre, à quelques mois de l’accueil de la conférence des Nations unies sur l’océan, une manne financière inespérée au lobby du chalut, dont la performance écologique et sociale est désastreuse, sans lui imposer la moindre contrainte, sans fixer le moindre agenda pour engager sa transition sociale et écologique, sans annoncer de réforme législative d’ampleur afin de concilier protection de l’océan et justice sociale.
Anachronique et totalement opaque, ce « contrat stratégique de filière » offre une seule certitude : le soutien indéfectible du gouvernement aux activités de pêche les plus néfastes via des subventions publiques massives. Procédant par omission, ce document, qui signe la reddition du Président de la République face aux intérêts industriels, multiplie les non-dits afin de protéger les intérêts de la pêche industrielle française en passant sous silence tous les sujets de controverse et toutes les recommandations scientifiques : pas un mot pour souligner l’urgence de mieux protéger et restaurer les écosystèmes, pas un mot sur l’impact délétère du chalutage sur le puits de carbone océanique, pas un mot sur la transition écologique, pas un mot sur la pêche artisanale et les aires marines protégées, pas un mot sur la fin du chalut, pas un mot pour contraindre le secteur à davantage de justice sociale dans la répartition des quotas.
Ne demeurent que quelques grandes promesses pour mener des « expérimentations » concernant les quotas ; quelques éclairs fugaces de transparence qui suscitent l’inquiétude en évoquant la volonté de « conforter la filière du chalut en Méditerranée », de « lever les restrictions réglementaires au soutien de la modernisation et décarbonation des flottes » et de créer un centre « scientifique et technique » sous l’égide du lobby de la pêche industrielle ; et une foi inébranlable dans la technologie et l’intelligence artificielle, décidément évoquée en toute circonstance pour nous promettre un avenir radieux.
Ce contrat, signé par Agnès Pannier-Runacher avec les trois personnages les plus influents et toxiques de la pêche industrielle française, déclenche toutes nos sonnettes d’alarme.
Une alarme par ce que le contrat dit. A titre d’exemple, la volonté de « réaliser un panorama de l’organisation de l’expertise scientifique et technique » et de « créer un centre scientifique et technique, mission du CNPMEM selon le CRPM (Code rural et de la pêche maritime) », apparaît comme une volonté de museler la recherche et de la mettre au pas en ressuscitant l’IRPM (le centre de recherche productiviste de Lorient). Un danger réel, Daniel Cueff, signataire de ce contrat, ayant qualifié les recommandations scientifiques sur les aires marines protégées comme « antihumanistes », et ayant parlé des « ONG terroristes » lors des Assises de la pêche et des produits de la mer qui se sont tenues à Lorient les 20 et 21 juin 2024.
Une alarme par ce qui est tu. En février 2023, la Commission européenne recommandait l’interdiction du chalutage de fond dans toutes les aires marines protégées européennes d’ici 2030 dans son « Plan d’action pour l’océan ». Le Comité des pêches avait alors chauffé le secteur à blanc, menant à l’incendie du siège de l’OFB à Brest. Deux ans plus tard, le sujet des aires marines protégées n’est pas évoqué une seule fois, marquant un refus clair et net du gouvernement de tenir tête au lobby du chalut pour porter les recommandations scientifiques et le droit européen.
Une alarme par les explications de texte apportées par les représentants du secteur dans la presse dans la foulée de la publication. Publier un document stratégique qui ne dit rien relève de la performance artistique de haut vol. Les interviews accordées à la presse et les communiqués des lobbies lèvent néanmoins le voile sur les tenants et aboutissants de ce contrat. L’objectif est clair : détruire le droit européen existant. Ce qui n’a pas tardé, le Commissaire européen en charge de la pêche Costas Kadis annonçant, dès le lundi suivant, son refus d’interdire le chalutage de fond dans les aires marines protégées européennes, et sa volonté de reproduire à l’échelle européenne la stratégie française consistant à mener des études d’impact « au cas par cas » jamais suivies d’effet. Une décision saluée dans la foulée par le lobby européen du chalut qui annonce déjà des financements pour « chaluter zéro carbone », et vouloir s’attaquer à la politique commune des pêches.
Alors que la France accueille les 30 et 31 mars prochains le sommet « SOS Océan ! », Emmanuel Macron montre au reste du monde son parti pris : celui d’assurer un avenir à la technique de pêche la plus destructrice, considérée comme une bombe climatique et une aberration historique : le chalutage. En dépit de ses grands discours, incessants, annonçant vouloir « protéger 30% des mers et océans d’ici 2030 », la Présidence de la république agit une fois de plus en faveur des lobbies industriels contre les pêcheurs artisans, contre les citoyens et contre les scientifiques.
BLOOM voit dans cet acte antiécologique et antiscientifique du Président de la République le signe très inquiétant d’une grande irresponsabilité politique. Nous alertons sur les implications meurtrières de ces décisions climaticides. Aujourd’hui, ignorer les recommandations scientifiques, refuser d’engager la transition sociale et écologique de tous les secteurs de l’économie, mobiliser les ressources de l’État pour maintenir le statu quo, est criminel. Agir de la sorte, c’est prendre, en toute connaissance de cause, la responsabilité de causer des millions, voire des dizaines de millions de morts à court terme.
Nous avouons notre désespoir face à un pouvoir politique qui nous mène comme des somnambules à notre perte.
12 février 2025
Le 6 février dernier, le commissaire européen au climat, à la neutralité carbone et à la croissance propre Wopke Hoekstra présentait ses priorités devant la commission FISC du Parlement européen. Au cours de cet échange, le nouveau commissaire néerlandais a fermement maintenu sa ligne en défendant le Green Deal et une révision ambitieuse de la Directive sur la taxation de l’énergie qui permettrait d’amorcer rien de moins que la fin des subventions aux énergies fossiles en Europe.
18 décembre 2024
Mardi 10 décembre, lors de la réunion ECOFIN du Conseil de l’UE, les ministres de l’économie et des finances des États membres de l’UE ont discuté de la révision de la directive sur la taxation de l’énergie (DTE). Au cours de cette réunion, l’Allemagne et l’Italie se sont jointes à la Grèce, à Malte et à Chypre pour demander le maintien des subventions aux énergies fossiles pour l’aviation et le secteur maritime (y compris la pêche) jusqu’en 2035 au moins, sapant ainsi les ambitions européennes en matière de lutte contre le changement climatique.
09 décembre 2024
Le 10 décembre prochain, les Etats réunis au Conseil de l’UE pourraient prendre une décision catastrophique pour la lutte contre le changement climatique : une majorité d’Etats membres s’apprête à exempter de l’effort collectif contre le changement climatique les secteurs de l’aviation, de la pêche et le secteur maritime jusqu’en 2035. Il suffit qu’un Etat s’oppose à cette mesure scandaleuse pour que la directive ne soit pas adoptée. Malgré le chaos politique, BLOOM demande à la France de s’opposer fermement au projet de directive sur la transition de l’énergie et de proposer un texte qui n’exempte aucun secteur. Il s’agit d’un moment charnière, alors que le continent européen est également frappé par des phénomènes météorologiques extrêmes, qui ont déjà touché des milliers de personnes avec les inondations en Europe centrale et à Valence cet automne.