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14 mai 2025

Les « défis de la France » : le refus d’obstacle de Macron sur la protection de l’océan

Mardi 13 mai, Emmanuel Macron s’exprimait en direct sur TF1 pour échanger avec les citoyens. Plus de trois heures d’émission, cinq minutes sur l’écologie. Heureusement, le fondateur de l’association Banlieues Climat, Féris Barkat, a abordé ce sujet essentiel en évoquant la question des injustices climatiques et sanitaires et en questionnant le Président sur son intention « oui ou non » d’interdire les méthodes de pêche destructrices dans les aires marines protégées (AMP). A moins d’un mois du lancement de la Conférence des Nations Unies sur l’Océan (UNOC), accueillie par la France, le Président a réitéré ses mensonges en affirmant déjà protéger 30% des eaux françaises. Ce qui est faux. Les eaux métropolitaines où les activités destructrices comme le chalutage sont interdites couvrent moins de 0,1% du territoire marin. » Décryptage du nouvel écran de fumée érigé pour masquer la vérité aux Français·es par un Président déterminé à protéger les lobbies de la pêche plutôt que l’avenir des Terriens. 

Alors que le documentaire inédit de Sir David Attenborough montre pour la première fois, des images spectaculaires de la réalité du chalutage de fond, Emmanuel Macron, reçu par TF1 a tordu la vérité et menti publiquement quant à la réalité des politiques écologiques portées par son gouvernement. Dans cette émission qui visait à “répondre aux questions des Français” et qui pourtant n’abordait aucun enjeu vital lié à la destruction de la stabilité du Système Terre alors même que le changement climatique reste la première source d’inquiétude des Français, le Président de la République a énoncé contre vérité sur contre vérité.

Interrogé par Féris Barkat, cofondateur de l’association Banlieues Climat, sur l’interdiction des pêches destructrices dans les aires marines dites “protégées”, mais qui ne le sont pas du tout, Emmanuel Macron a répondu :

E. Macron : 1) On a été leaders pour dire « on doit protéger des aires marines et des aires terrestres : 30%. Et nous on l’a fait ! Plein de pays ne l’ont pas fait. 2) On va avoir des aires « super protégées ». Faut le faire. Mais il faut respecter nos pêcheurs. Vous ne pourriez pas avoir de coquilles Saint-Jacques, vous n’auriez pas de langoustines s’ils ne faisaient pas du chalutage en eaux profondes. La question, …

Gilles Bouleau : « dans les aires marines protégées ?

E. Macron : donc dans les AMP, qu’est-ce qu’on va faire ? C’est la décision qui sera annoncée au sommet des Nations Unies le 8 juin, enfin du 8 au 13 juin à Nice”

Gilles Bouleau : « vous en serez l’hôte »

E. Macron : on va faire plusieurs révolutions pour le climat : 1) en concertation avec les scientifiques et les pêcheurs, on va dire : dans les aires marines protégées, dans les zones où il y a un danger, pour certaines espèces, certaines populations, là, on va mettre le holà. Mais c’est concerté, c’est étudié, c’est partagé, c’est scientifique. La deuxième chose que la France va porter, c’est sur les grands fonds marins. Pas d’extraction. On recherche, on comprend ce qu’il y a dans les grands fonds marins, mais nous on est contre et on construit une alliance pour dire « On ne doit pas aller faire de l’extraction dans les fonds marins ». Parce que c’est terrible : c’est de la pollution, c’est de la destruction de biodiversité et ces grands fonds marins ce sont des puits de carbone. On va libérer du carbone : donc c’est mauvais pour la biodiversité c’est mauvais pour le climat.
On va avoir je l’espère 60 ratifications pour le traité BBNJ. Il faut voir que nos océans, c’est la planète. C’est un trésor de biodiversité et ça capte du CO2. 60% de ces océans, y a aucune règle, y en a pas. On peut faire de la pêche dans tous les sens etc. On a réussi, on s’est battus pour avoir un accord aux NU, la chine nous a suivi, qu’on appelle BBNJ qui va réguler cette haute mer. Ce sera une protection de nos océan historique ».

Décryptage de ce champion de l’imposture

« On doit protéger des aires marines et des aires terrestres : 30%. Et nous on l’a fait ! Plein de pays ne l’ont pas fait. »

FAUX ! En France métropolitaine, moins de 0,1% des eaux sont réellement protégées du chalutage et de l’ensemble des activités et infrastructures industrielles. Dans le reste de ces eaux, la pêche industrielle détruit librement les écosystèmes et les emplois des pêcheurs, avec le soutien de l’Etat. L’Ifremer le dit lui-même “Le débat d’aujourd’hui émerge du constat que nombre des AMP françaises n’imposent actuellement que peu de restrictions aux activités les plus impactantes”. Cette supercherie a même été mise en avant par la prestigieuse revue scientifique Nature qui a épinglé la France dans son éditorial en septembre 2023, quant à son hypocrisie en matière de protection de l’océan. 

Ce que demande la science, ce que demande la société civile, ce que demandent près de 240 000 citoyens et 78% des Français·es c’est l’interdiction du chalutage et de l’ensemble des activités et infrastructures industrielles dans 30% de nos eaux grâce à de véritables aires marines protégées, dont 10% sous protection « stricte » sans activité extractive sur chaque façade maritime et bassin ultramarins. Nous refusons de faire gonfler les chiffres de la protection et tenter de se donner une bonne image en expliquant que l’on interdit la pêche dans des zones éloignées, non représentatives de la diversité des écosystèmes, ou sans pression de pêche.  

« On va avoir des aires « super protégées ». Faut le faire. »

C’EST UN LEURRE ! Le Président invente une nouvelle catégorie d’aires marines protégées alors même que celles-ci n’existent pas dans notre hexagone. De la même manière qu’il a inventé la supercherie de la “protection forte”, tournant le dos aux recommandations scientifiques internationales et à la “protection stricte”, E. Macron tente de noyer le poisson en créant une énième catégorie vide de sens. Car avant d’avoir des aires marines ”super protégées”, il faudrait déjà avoir un minimum de protection. La réalité c’est qu’aujourd’hui, depuis le 1er janvier 2025 ce sont 35 900 km2 qui ont déjà été chalutés dans des zones censées être protégées, c’est l’équivalent de la surface d’un pays comme Taïwan !  

« Il faut respecter nos pêcheurs. Vous ne pourriez pas avoir de coquilles Saint-Jacques, vous n’auriez pas de langoustines s’ils ne faisaient pas du chalutage en eaux profondes. »

FAUX ! Cette prise de parole, d’une violence de classe extrême en prenant pour exemple la langoustine et les coquilles Saint-Jacques qui sont des produits de luxe inaccessibles à la majorité des Français, montre surtout l’emprise des lobbies du chalut sur le Président. 1) la pêche en eau profonde est la pêche au chalutage qui se situe à plus de 200 mètres de profondeur. Cette pêche, interdite en Europe au-delà de 800 mètres de profondeur seulement grâce à une campagne épique de BLOOM et de la Deep Sea Conservation Coalition qui n’ont pu obtenir que la protection des écosystèmes « très » profonds au-delà de 800m, ne concerne aucunement la langoustine et la coquille Saint-Jacques. 2) Il est totalement faux de dire que sans chalut “il ne serait pas possible de manger de langoustine”. Si aujourd’hui la grande majorité des langoustines françaises sont pêchées au chalut de fond, c’est par blocage politique sous pression des lobbies du chalut alors qu’il existe une alternative pour les pêcher au casier. Cette pêche est pratiquée au Royaume-Uni et en Suède par exemple. Dans leur étude sur la transférabilité des débarquements français issus du chalut de fond vers des méthodes de pêche douces comme la ligne, le casier ou le filet, les chercheurs Didier Gascuel et Romain Mouillard ont d’ailleurs classé la langoustine comme “potentiellement transférable aux arts dormants” 1 (au casier). La transition du chalut, à commencer par le chalut de fond, vers des techniques de pêche douce doit s’organiser pour assurer une justice sociale, le maintien des emplois et de la filière en accompagnant les professionnels dans un changement de pratiques. 3) Les Coquilles Saint Jacques sont principalement pêchées par des dragues, et non des chaluts. La pêche à la drague est une technique qui consiste à retourner les fonds marins pour déloger l’animal. Il est donc inconcevable de désigner comme « protégées» des zones où se déroule une activité de pêche à la drague. C’est pourtant la voie empruntée par la France qui, en poursuivant une politique du chiffre ubuesque, a placé des aires marines protégées sur certaines zones historiques de pêche à la drague.  Si la majorité des coquilles Saint-Jacques françaises sont pêchées à la drague, il existe déjà des alternatives de pêcheries raisonnées, dans le nord de la Bretagne par exemple où certains pêcheurs pêchent en plongée sous-marine. De plus des essais sont en cours en France et au Royaume-Uni pour pêcher la coquille Saint-Jacques au casier. En attendant d’avoir la capacité d’atteindre, avec ces techniques, les volumes actuels de pêche, il faut retrouver de la cohérence en arrêtant de qualifier de “protégées” des zones raclées par ces engins.  

Assurer l’avenir du secteur par une transition progressive vers des méthodes de pêche durables bénéfiques pour l’environnement, pour les pêcheurs et les consommateurs, et une protection immédiate de la biodiversité dans certaines zones pour garantir le renouvellement de la ressource, c’est cela que nous appelons “respecter les pêcheurs”.  

Cette transition est possible : la détaxe sur le carburant a représenté 206 millions d’euros en 2021, soit 63% du montant total des subventions publiques accordées au secteur de la pêche en France. La taxe sur l’éolien en mer développé à horizon 2050 va engendrer plus de 700 millions d’euros de retombées. La mise en œuvre de vraies aires marines protégées et la transition sont possibles et permettraient au secteur de la pêche, aujourd’hui exsangue, d’être réellement respecté. 

« En concertation avec les scientifiques et les pêcheurs »

UN DENI DE SCIENCE ! Depuis des dizaines d’années, la science est claire : les panels d’experts intergouvernementaux sur la biodiversité (IPBES) et l’évolution du climat (GIEC) s’accordent sur l’urgence à développer un réseau cohérent et efficace d’aires marines protégées pour faire face au dérèglement climatique et à l’effondrement de la biodiversité. L‘Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), référence mondiale en matière de protection environnementale, rappelle de son côté qu’une aire marine ne peut pas être considérée comme protégée si des activités destructrices telles que le chalutage, ou des activités et infrastructures industrielles, y sont conduites ou des infrastructures industrielles développées. Et ce pour une raison simple: le chalutage annule tous les bénéfices sociaux, écologiques et économiques des aires marines protégées. Et les pêcheurs en seront les premiers bénéficiaires. 

Ecouter la science, et penser à l’avenir de la pêche implique donc nécessairement, de mettre en place aujourd’hui de véritables aires marines protégées sans chalutage ni activité et infrastructures industrielle.  

«  Dans les aires marines protégées, dans les zones où il y a un danger, pour certaines espèces, certaines populations, là, on va mettre le holà. Mais c’est concerté, c’est étudié, c’est partagé, c’est scientifique. »

UNE LICENCE POUR DÉTRUIRE ! Comme nous l’avons expliqué, cette prise de parole revient à dire qu’il faut faire de la protection au « cas par cas », une approche anti-scientifique et anti-écologique.  En premier lieu, car cela va l’encontre de toutes les recommandations scientifiques internationales qui s’accordent sur l’urgence à développer un réseau cohérent et efficace d’aires marines protégées sans chalutage ni activité et infrastructure industrielle. En second lieu, car cette approche, issue de la bouche des lobbies de la pêche industrielle et reprise par le gouvernement est basée sur l’idée fausse qu’il y aurait du « bon chalutage », selon les écosystèmes. En France, le chalutage, en particulier le chalutage de fond impacte profondément la biodiversité : 88% des poissons provenant de populations surexploitées proviennent de chalutiers, plus de 70% des juvéniles pêchés proviennent de chalutiers.  Les chalutiers de fond sont responsables de 90% de l’abrasion des fonds y compris sur des sols sablo-vaseux : un seul passage de ces engins détruit entre 20% et 50% des invertébrés benthiques sur la zone chalutée. Finalement, les chalutiers sont responsables d’un énorme gâchis environnemental, en 2019  93% du total des rejets déclarés dans l’Union européenne provenaient de chalutiers. Sans compter la casse économique et sociale de ce modèle. Le chalutage industriel en particulier est une catastrophe en termes d’emplois. Pour chaque tonne de pâte de poisson industrielle, les chalutiers pélagiques recourent à dix fois moins de main d’œuvre que la petite pêche côtière. Pire, les chalutiers reposent sur un modèle énergivore et déficitaire : sans aide publique ils ne pourraient subsister. Troisièmement, autoriser la protection au “cas par cas”, c’est accorder un permis de détruire au sein même des zones dédiées à la protection des écosystèmes marins et cela ouvre la porte à des exceptions qui vont se multiplier et ainsi devenir la règle. 

« Sur les grands fonds marins, pas d’extraction. On recherche, on comprend ce qu’il y a dans les grands fonds marins, mais nous on construit une alliance pour dire “il ne faut pas faire d’extraction dans les grands fonds marins”».

NOUS SOMMES D’ACCORD MAIS… pour les raisons que le président a lui-même évoquées dans sa prise de parole, à savoir lutter contre le dérèglement climatique et la destruction de la biodiversité, il faut aussi mettre en œuvre de vraies aires marines protégées maintenant et engager la transition des flottes pour sortir de la dépendance au chalut. En plus de détruire le vivant, le chalutage est une catastrophe climatique avec des émissions de CO2, par tonne débarquée, jusqu’à quatre fois supérieures aux autres techniques de pêche à cause de la très importante consommation de carburants des chalutiers, en particulier industriels. A titre d’exemple, en 2022, le plus grand chalutier de fond français, l’Emeraude, a consommé 4 millions de tonnes de fioul. Comme si les émissions de CO2 liées à la consommation de carburant ne suffisaient pas… les avancées scientifiques montrent qu’en remuant les fonds et les sédiments, le chalutage de fond contribuerait à libérer du carbone enfoui depuis des milliers d’années !  

« On va, je l’espère, avoir 60 ratifications pour le traité que l’on appelle BBNJ »

CERTES MAIS… la pêche industrielle se déroule majoritairement dans les eaux nationales : les zones économiques exclusives abritent 90 % des ressources halieutiques mondiales. Concernant le chalutage de fond, ce sont quelque 99% des prises qui sont faites dans les eaux nationales. La ratification du traité sur la Haute mer sera certes une avancée, mais celle-ci doit être réalisée conjointement avec la mise en œuvre de vraies aires marines protégées. Si le BBNJ est une opportunité inédite pour protéger des écosystèmes vulnérables, ce traité ne doit pas laisser entendre que la protection de la haute mer constituerait, à elle seule, une réponse adéquate aux enjeux de protection de l’océan, du climat et de la biodiversité, puisque la majorité de la destruction a lieu dans les eaux nationales. 

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