Plusieurs semaines avant le lancement de la campagne, l’équipe de BLOOM avait contacté l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses) pour questionner les recommandations publiées sur son site internet. Ces dernières affirmaient que les personnes enceintes pouvaient consommer jusqu’à 150 g de thon contaminé par semaine, et les enfants 60 g. Des quantités bien trop élevées au regard des niveaux de contamination moyens des thons, et inquiétantes lorsque l’on sait que l’Anses est une figure d’autorité en la matière. Suite à notre interpellation et à celle du journaliste Stéphane Foucart (Le Monde), l’Anses nous a contactés pour nous certifier que c’était “une erreur de mise à jour” et a modifié son site internet : dorénavant, il est clairement affiché que les personnes enceintes et les enfants doivent limiter les poissons les plus contaminés, et le thon est le premier de la liste.


Le 29 octobre, BLOOM publie son enquête “Du poison dans le poisson” et s’associe à foodwatch pour demander à la grande distribution de prendre des mesures d’urgence. Le succès est retentissant : plus de sept cent articles (Le Monde, L’Obs, Challenges…), reportages TV (TF1, France 2, France 3, France 5, BFM, RMC, C8, …) et émissions radio s’en font l’écho, en France mais aussi en Allemagne, en Espagne, en Suisse, en Grèce au Royaume-Uni ou encore en Italie.
Sur les réseaux sociaux, la vidéo de BLOOM réalisée par Konbini dépasse les trois millions de vues sur Instagram et les cent mille partages sur TikTok, notre vidéo d’interpellation de la grande distribution est visionnée près de sept cent mille fois sur Instagram. La vidéo de fond, qui retrace les dessous de l’enquête grâce au talent de la production Premières Lignes, a largement été visionnée sur Youtube.

Michel-Edouard Leclerc, en plateau ce matin-là sur France 2, se fait interpeller par le journaliste de l’émission. Il s’engage à réaliser ses propres tests et à supprimer le thon contaminé de ses rayons si les tests corroborent les résultats de BLOOM.

De nombreux parlementaires réagissent également. Nicolas Thierry (Ecologiste et Social) pose une question au gouvernement. La ministre de la Santé lui répond, insistant sur la dangerosité du mercure et la nécessité de prendre en main le dossier en collaboration avec le ministère de l’Agriculture. D’autres députés posent des questions écrites au gouvernement, comme Olivier Faure (Parti Socialiste) et Boris Tavernier (Ecologiste et Social).
Question au Gouvernement du 29 octobre 2024, portée par le député Nicolas Thierry (Ecologiste et Social).
D’autres parlementaires prennent la parole sur X (Twitter), comme le député Boris Tavernier (Ecologiste et Social) et la sénatrice Antoinette Guhl (EELV), ainsi que dans les médias, comme le député français Richard Ramos (MoDem) et la députée européenne Mélissa Camara (EELV). Des groupes politiques français communiquent également sur les réseaux (EELV, Lutte ouvrière).

Le porte-parole de la Commission européenne, a répondu à la demande d’interview de l’AFP (Agence France Presse). La Commission affirme d’une part que « garantir les normes de sécurité alimentaire les plus élevées pour les citoyens de l’UE est une priorité essentielle« , mais d’autre part que « les données relatives à la présence de mercure dans le thon ont montré qu’il n’y avait pas de marge pour réduire davantage la teneur maximale en application du principe du ‘niveau le plus bas qu’il soit raisonnablement possible d’atteindre, de sorte que la teneur a été maintenue à 1,0 mg/kg’« . Autrement dit, Bruxelles confirme directement le résultat principal de l’enquête de BLOOM : le thon est trop contaminé au mercure, on ne peut pas mettre de limite en mercure plus basse que celle actuellement en vigueur.
Nous sommes rentré·es en contact avec les principaux distributeurs de six pays d’Europe. Nous leur avons relayé les demandes de notre pétition.
“La sécurité et le bien-être de nos consommateurs sont une priorité absolue chez Petit Navire.”
Petit Navire explique respecter la réglementation européenne, en se vantant de faire… une poignée de tests chaque année (90 en moyenne). Petit Navire représente plus d’un quart des ventes de thon en France, se fier à si peu de tests pour garantir la conformité de ses produits pose largement question. Manque de chance pour Petit Navire, dans nos analyses nous sommes tombé·es sur une de leurs conserves qui contenait presque quatre fois la norme applicable au thon frais (3,9 mg/kg).
Par ailleurs, leur réponse passe totalement à côté de notre propos principal : respecter les normes européennes sur le mercure dans le thon ne veut pas dire respecter la santé des consommateurs et consommatrices. Cela peut même être l’inverse.
La sénatrice UDI Elisabeth Doineau pose une question au gouvernement sur la contamination des thons au mercure. La secrétaire d’Etat chargée de la consommation répond et indique l’éventualité pour la France de porter le sujet au niveau européen.

La Fédération des Industries d’Aliments Conservés (FIAC) s’insurge contre l’enquête de BLOOM au travers d’un communiqué de presse. D’après elle, la réglementation protège notre santé. La FIAC explique avoir collecté 2700 résultats d’analyse en 8 ans parmi ses membres (soit ~340 par an), avec une teneur en mercure moyenne bien en-dessous de la limite en mercure autorisée pour le thon (sans spécifier s’il s’agit d’analyses sur du thon frais ou en conserve).
Dans un article de Plan Bio sur la réponse des industriels (publié le 4 novembre), le président de Chancerelle et de la CITPPM (Confédération des industries de traitement des produits des pêches maritimes et de l’aquaculture), Jean-François Feillet reconnait volontiers que ces moyennes peuvent néanmoins cacher des disparités.

Depuis nos révélations sur la contamination des thons au mercure, la rédactrice en chef du pôle « Environnement » du magazine Le Point, Géraldine Woessner, publie des contenus à charge contre BLOOM, mettant en cause notre intégrité, la validité scientifique de nos travaux et minimisant le risque que présenterait le mercure, un puissant neurotoxique, pour la santé humaine. Le Point est devenu coutumier de cette stratégie du doute permettant de défendre les industriels de la pêche thonière tout en portant atteinte à notre réputation.
Emmanouil Fragkos et Galato Alexandraki, deux députés grecs issus du parti Conservateurs et réformistes européens (droite et extrême-droite), ont posé une question écrite à la Commission européenne pour lui demander les mesures prises sur le sujet de la contamination des thons au mercure ainsi que des études réalisées au sujet des limites maximales de mercure pour protéger la santé des mangeurs et des mangeuses. La Commission européenne a six semaines pour répondre.
Suite à leurs réponses respectives en hémicycle, BLOOM et foodwatch sollicitent Madame la Ministre et Madame la Secrétaire d’Etat pour obtenir un rendez-vous afin d’échanger sur le détail de notre enquête de vive voix.



Les questions sont disponibles ici et ici.
Le Conseil régional de gestion des pêches du Pacifique occidental, basé à Hawaï, tente de rassurer les consommateurs : notre étude aurait tout simplement oublié que la présence du sélénium contrecarrait les effets du mercure.
Consulter notre foire aux questions, publiée le jour de l’enquête, pour lire la réponse à cet argument :

Jean-François Feuillet, directeur qualité à la conserverie de poisson Chancerelle (marques Connétable, Phare d’Eckmühl) mentionne les analyses du groupe au journal Le Marin :

Chancerelle mène donc en moyenne moins de cinquante analyses par an. Pour toutes les boîtes qu’ils écoulent chaque année, n’en tester que cinquante est largement préoccupant.
Les questions sont disponibles ici et ici.

L’article ne tarit pas d’accusations approximatives voire complètement malhonnêtes pour certaines. Pour le sélénium, nous avons abordé le sujet dans la partie 6 de notre enquête (“La fabrique du doute des lobbies thoniers”) ainsi que dans notre questions-réponses.
Comme pour toutes les autres réponses de l’industrie, la réponse passe totalement à côté de notre propos principal : respecter les normes européennes sur le mercure dans le thon ne veut pas dire respecter la santé des consommateurs et consommatrices.
France Filière Pêche affiche directement dans les rayons d’un supermarché Super U un écriteau pour rassurer les mangeurs et les mangeuses inquiets pour leur santé. L’organisation affirme que les normes européennes permettent de consommer des produits de la mer sans danger. Elle reprend également des arguments désormais classiques de la fabrique du doute de l’industrie (voir partie 6 de notre enquête) pour justifier la consommation de thon. Les arguments nutritionnels généraux avancés ne peuvent en aucun cas justifier la consommation d’un des produits les plus contaminés au mercure.

Source photo : envoyée par un adhérent de BLOOM le 13/11/2024. Photo prise dans un Super U de Nantes.
Ils affirment n’avoir détecté aucun dépassement de la norme dans le pays l’année passée, et que le thon reste un aliment sain.
Tuna products in UAE safe to consume, says Ministry
Tinned tuna: Acorns Nurseries ban over mercury levels concern

Les analyses de la radio suisse RTS montrent que 100% des boîtes de conserve sont contaminées. En revanche, contrairement aux tests menés par le laboratoire indépendant mandaté par BLOOM, toutes se trouvent sous le seuil de 1 mg/kg (la norme européenne définie pour le thon frais). Les taux varient d’une boîte à l’autre : de 0,5 mg/kg à 25 fois moins. La chimiste interrogée par RTS rappelle qu’il ne faut pas consommer du thon régulièrement : 1 fois toutes les deux semaines pour les adultes (mais cela dépend du poids de l’adulte), et proscrire totalement le thon pour les femmes enceintes et les enfants de moins de 4 ans.
Du côté de l’Italie, la contamination en mercure du thon continue de faire du bruit. Des influenceurs s’expriment sur les réseaux sociaux : c’est le cas de Cookist (près de quatre millions de followers), dont la vidéo sur le mercure totalise près d’un demi-million de vues. La presse s’est également fortement emparée du sujet et a dépassé la sphère des enjeux de santé ou d’environnement : le journal sportif n°1 en Italie Gazzetta dello Sport a par exemple fait du sujet la une de son magazine.

Notre enquête devient un argument marketing pour certains laboratoires privés.

Suite à la fin de non-recevoir de la Direction générale de l’alimentation du ministère de l’Agriculture concernant nos questions sur la fréquence de leurs contrôles et l’absence de contrôles sur le thon en conserve (voir notre rapport, pages 53-54), BLOOM saisit la CADA pour faire valoir ses droits.
La chaîne d’information leader en Europe nous a suivis pendant un jour et publie un reportage sur notre enquête :
Wilfried Sanchez, Directeur scientifique adjoint de l’IFREMER, réagit à notre étude lors des Journées Francophones de la Nutrition à Strasbourg. Rien de neuf selon lui par rapport aux données collectées par l’IFREMER dans les années 70, tout le monde savait… et personne n’a pris la peine d’agir. C’est précisément cette omerta que BLOOM s’efforce de briser, après cinquante ans d’inaction face à un risque avéré.


Voir notre guide “LE VRAI DU FAUX SUR LE MERCURE DANS LE THON” pour un décryptage de cette fenêtre pop-up.
Emma Fourreau demande comment la Commission justifie que les limites maximales de mercure dans le thon nous exposent à plus de mercure que ce que les toxicologues considèrent “tolérable”.
Dans sa réponse, le ministère de l’Agriculture admet ne contrôler le mercure d’aucune conserve de thon.
Par ailleurs, il explique qu’il est « normal » de retrouver du mercure dans le thon car le mercure est « naturellement présent dans les océans ». Le ministère conclut qu’il est ainsi “logique” d’avoir une limite plus haute de mercure dans le thon, sans une pensée pour la santé publique. Il est extrêmement alarmant de voir cet argument trompeur, classiquement utilisé par les industriels, infuser le discours des responsables politiques.
La Commission européenne réunit les représentant·es des États membres au sein d’un groupe de travail du SCoPAFF (comité permanent de la Commission européenne sur les végétaux, les denrées alimentaires et denrées pour animaux, voir notre rapport pour plus de détails sur ce comité) et aborde les résultats de notre enquête. La Commission européenne appelle les États membres à lui envoyer leurs données afin d’étudier le problème soulevé par BLOOM.
Cette réunion est tenue en toute opacité, la Commission n’en garde aucune trace.
Biljana Borzan, Annalisa Corrado, Raffaele Topo, Estelle Ceulemans, Kristian Vigenin et Romana Jerković demandent quelles mesures de protection de la santé publique la Commission européenne compte mettre en place suite aux révélations de BLOOM. La réponse est attendue au plus tard 6 semaines après la publication de la question.

L’émission est disponible ici.
Ignazio Roberto Marino (Verts/ALE), Dario Tamburrano (The Left), Irene Tinagli (S&D) et Carola Rackete (The Left) posent une nouvelle question écrite sur le mercure dans l’environnement marin.

Enquête d’Elsa Casalegno, disponible ici
Suite à l’émission Mi Manda Rai3, des posts instagram cumulant parfois des centaines de milliers de vues se plongent à nouveau dans la contamination du thon au mercure, comme sur la vidéo ci-contre. 
Aux abois après les révélations de BLOOM sur la contamination au mercure du thon, l’industrie thonière réplique début février 2025 par une campagne d’une envergure sidérante. Le Syndicat Français Des Conserveries de Poisson, qui rassemble notamment les marques Petit Navire, Saupiquet, Connétable et La Belle Iloise, investit massivement dans des pleines pages d’encarts publicitaires de très nombreux journaux de la presse nationale et régionale (Télérama, Le Figaro, Les Échos, SudOuest…), titrant “Du mercure dans le thon : faisons le point ensemble”. Dans cette offensive médiatique, les industriels clament haut et fort que le thon qu’ils vendent contient bien moins de mercure que ce que la législation autorise, ce qui est en totale contradiction avec les résultats de nos tests et les déclarations de la Commission européenne.

Face à la campagne de séduction massive menée par l’industrie pour tenter de reconquérir les consommateurs et consommatrices inquiets, BLOOM publie un décryptage exhaustif de tous les arguments trompeurs auxquels ces industriels ont recours.
Pour éteindre la polémique engendrée par la communication des industriels thoniers et comprendre la différence notable entre les résultats de BLOOM et ceux des industriels de la conserve en France, BLOOM met en ligne l’ensemble de la méthodologie détaillée utilisée pour nos propres analyses et demande un niveau de transparence similaire de la part des industriels et de la grande distribution.
Le Parisien, 7 février 2025, « Mercure dans le thon en boîte : la campagne des industriels pour éteindre la polémique » ; 60 Millions de consommateurs, 12 février 2025, « Mercure dans le thon : faut-il croire les industriels ? » ; Plan Bio, 12 février 2025, « Thon contaminé au mercure : nouveau bras de fer entre les industriels et Bloom »

Suite à notre enquête et la pression exercée par les citoyens, la Commission européenne a décidé de refaire le point avec les Etats membres, concernant les limites maximales en mercure dans le thon. Malheureusement, la France a décidé d’envoyer des représentants du ministère de l’Agriculture — qui défend les intérêts de l’agro-industrie — au lieu d’envoyer des représentants Ministère de la santé afin de défendre ses . Plus problématique encore, la réunion se déroulera à huis clos, sans aucun compte-rendu public. C’est un véritable déni de démocratie et de transparence qui est d’une gravité absolue puisqu’il s’agit de notre santé, de nos corps, de nos vies.
BLOOM a donc lancé un appel sur les réseaux sociaux pour demander à la ministre de l’Agriculture de soutenir clairement et publiquement une demande d’abaissement du seuil de mercure toléré dans le thon. Nous demandons également à ce que la France rende public le compte-rendu de la réunion, y compris les positions prises par les différents pays. Nous ne pouvons tolérer l’opacité sur des enjeux aussi cruciaux.
Près de quatre mille personnes ont rejoint l’appel à nos côtés. Nos demandes ont aussi été portées par Seaspiracy sur Instagram.


D’après un compte-rendu obtenu par BLOOM :
“Il est examiné s’il convient de fixer une LMR distincte pour le mercure dans le thon en conserve et/ou le poisson, étant donné qu’il s’agit d’un produit largement consommé. […] La question de la nécessité d’une LMR pour le mercure dans le poisson destiné à l’alimentation des nourrissons est également examinée.”
La Commission européenne a répondu à certaines interrogations dont nous lui avions fait part.
Ce courrier nous apporte une bonne et une mauvaise nouvelle. La bonne nouvelle c’est que « des discussions ont été menées avec les États membres sur l’éventuelle nécessité de fixer des teneurs maximales (TM) spécifiques pour le mercure dans les conserves de poisson et dans le poisson destiné à la production d’aliments pour nourrissons et enfants en bas âge. […] Les discussions sur ce sujet se poursuivront dans le courant de l’année 2025”. La mauvaise nouvelle c’est que ces discussions à l’impact majeur sur nos vies ont lieu dans une boîte noire. C’est grâce à cette opacité soignée que la Commission européenne a pu jusqu’ici fixer une limite pour le thon faite dans l’unique objectif de retirer le moins de thons possibles du marché (moins de 5%). Sans notre enquête de 18 mois sur le sujet, jamais nous n’aurions pu imaginer qu’un tel cynisme soit possible. Depuis plus de trente ans, les industriels du thon et la grande distribution profitent du permis de contaminer qui leur est délivré par les pouvoirs publics, et exposent insidieusement nos vies à un dangereux poison.
C’est inadmissible. Pourtant, c’est assumé : la Commission nous explique qu’“afin de permettre aux États membres de discuter librement des mesures réglementaires proposées, ces réunions ne font l’objet d’aucun compte rendu”. Les discussions sur les contaminants doivent être publiques, c’est inconcevable qu’il en soit autrement et que l’exposition de nos corps à des contaminants soit décidée par quelques individus derrière des portes closes.
Par ailleurs, dans ce courrier, la Commission expose pour la première fois de manière extrêmement claire que pour elle et pour les États Membres, la protection de la santé s’arrête là où commence la protection du marché : ”les limites maximales (MLs) sont fixées à des niveaux garantissant que quelques pourcents des produits les plus contaminés soient retirés du marché. La limite maximale pour le mercure dans le thon frais a été établie autour du 95ᵉ percentile des données d’occurrence” (c’est-à-dire que la limite maximale de mercure dans le thon frais a été fixée de manière à exclure au maximum les 5 % des thons les plus contaminés, en se basant sur les données disponibles sur la présence du mercure dans le thon).

Cette application de notation de produits selon des critères santé, environnementaux et sociaux intègre désormais le risque associé à l’exposition au mercure lors du scan de produits à base de thon

La Commission européenne a publié sa réponse à Biljana Borzan, Annalisa Corrado, Raffaele Topo, Estelle Ceulemans, Kristian Vigenin et Romana Jerković.
Pour l’heure, elle maintient sa position concernant la limite appliquée au thon :
“En 2022, les limites maximales (MLs) pour le mercure dans diverses espèces de poissons ont été abaissées sur la base des données d’occurrence les plus récentes, qui ont montré qu’il n’y avait aucune marge pour réduire davantage la limite pour le thon. Elle a donc été maintenue à 1,0 mg/kg. À ce stade, aucune nouvelle donnée ne permettrait d’abaisser davantage la limite maximale pour le mercure dans le thon.” (traduit de l’anglais)
Suite aux révélations de BLOOM sur la contamination du thon au mercure, un collectif de mamans (banlieue parisienne et banlieue strasbourgeoise) s’est créé en réaction à ce scandale qui les touche directement. Venues d’horizons divers et rassemblées par l’association Banlieues Climat, elles ont décidé de s’organiser collectivement pour demander des explications directement aux responsables, et protéger leur santé ainsi que celle de leurs enfants. Elles se sont rendues directement au siège de E. Leclerc, avec une lettre contenant leurs demandes, afin de solliciter un rendez-vous le jour-même auprès de Michel-Edouard Leclerc. Leur mobilisation a été partagée sur les réseaux sociaux et dans la presse.

Suite à la mobilisation d’une dizaine de mamans des quartiers populaires pour obtenir un rendez-vous avec Michel-Edouard Leclerc, l’une d’entre elle a reçu des appels de la préfecture de police du Val-de-Marne (département du siège de E.Leclerc) en quête d’informations concernant leur mobilisation. Une pratique d’intimidation intolérable pour BLOOM et Banlieues Climat, qui constatent avec colère la différence de traitement injustifiée faite à leurs associations.
Leur argument principal concerne la teneur en sélénium du thon, qui annulerait selon eux les effets toxiques du méthylmercure. Nous avons déjà répondu plusieurs fois à cet argument trompeur, notamment dans notre rapport Du poison dans le poisson (page 47)

Dans son dernier courrier, la Commission européenne a informé BLOOM qu’“afin de permettre aux États membres de discuter librement des mesures réglementaires proposées, ces réunions ne font l’objet d’aucun compte rendu”. Les discussions sur les contaminants doivent être publiques, c’est inconcevable qu’il en soit autrement et que la contamination de nos corps soit décidée par quelques individus derrière des portes closes. Pour cette raison, BLOOM fait aujourd’hui la demande formelle à la Commission d’obtenir le statut d’observatrice aux prochaines réunions de ce groupe de travail.
En février, la Commission nous avait répondu dans un courrier officiel ne pas garder de notes des discussions où étaient débattues les quantités de poison autorisées dans nos aliments. BLOOM avait donc demandé à être observatrice de ces réunions. Le 7 avril 2025, la Commission européenne refuse cette demande.
Nos révélations sur la contamination du thon au mercure ont fait chuter les ventes de conserves en France de 10 à 20% entre novembre 2024 et février 2025. Les marques redoublent donc d’efforts pour relancer les ventes. C’est particulièrement le cas de Petit Navire, bien connue des Français et possédée par la multinationale thaïlandaise Thai Union, qui a mis au point un markéting trompeur : le thon « en sachet ». La marque espère sans doute que les consommateurs associent le problème du mercure à la seule présence de métal dans les conserves. L’unique façon de mettre un terme à ces stratégies forcenées des industriels pour vendre du thon contaminé est d’abaisser, enfin, le seuil de mercure toléré dans le thon vendu.

©Petit Navire
Notre communiqué de presse est disponible ici. Des dizaines de milliers de personnes ont rejoint l’appel sur Instagram !

Depuis 1993, la règlementation européenne répond à une logique perverse qui consiste à protéger les intérêts commerciaux plutôt que les citoyens en fixant des seuils de sorte à ne pas amputer le marché du thon de plus de 5% des ventes. Suite aux révélations de BLOOM, la Commission européenne a enfin décidé de rouvrir les discussions à ce sujet !
Mardi 6 mai 2025, la Commission réunit les experts des États membres pour discuter de « la pertinence du niveau maximal actuel pour le mercure dans le thon frais et sur un éventuel niveau maximal pour le mercure dans le thon en conserve ».
C’est une première victoire citoyenne !
Dans les gares parisiennes, sur le quai des métros, Petit Navire envahit les espaces publicitaires afin de redorer son image. 
Station de métro parisienne Strasbourg Saint-Denis le 8 mai 2025
Au titre du droit d’accès aux informations environnementales, l’Association BLOOM a demandé à la Direction générale de l’alimentation l’accès à :
Le ministère de la Santé a répondu à notre demande d’informations sur les réunions où les États membres et la Commission européenne discutent des limites maximales autorisées dans l’alimentation. Il nous renvoie vers le ministère de l’Agriculture, “qui est chef de file pour la France, la DGS [Direction Générale de la Santé] n’ayant pas d’éléments complémentaires”. Le ministère de la Santé n’a donc apparemment pas son mot à dire sur la protection de la santé publique.
À l’automne dernier, six députés de tous bords politiques ont interrogé le ministère de la Santé concernant le mercure dans le thon. La question principale qui émergeait de leurs questions écrites était celle de la révision des limites en mercure dans le thon : le France allait-elle oui ou non adopter une législation plus protectrice et plaider au niveau européen pour que la limite en mercure dans le thon soit fixée au niveau le plus protecteur existant ?
Près de sept mois plus tard, le ministère de la Santé a répondu…. en évitant complètement la question des limites maximales en mercure. Elles ne sont même pas mentionnées. Le ministère s’est borné à répéter les recommandations générales de consommation de poisson établies par l’ANSES, en passant complètement à côté des questions qui lui ont été posées.
Face au manque criant de transparence dont font part les ministères français, BLOOM dépose aujourd’hui une demande officielle d’accès à la Commission européenne pour connaître la position de la France et des autres États membres de l’UE concernant les limites maximales de mercure autorisées dans le thon.
D’après un sondage mené par BVA sur 1000 personnes, 41 % des Français·es déclarent avoir modifié (ou avoir l’intention) leur consommation de thon au cours des derniers mois. Pour 89 % d’entre eux, ce changement est lié à la contamination au mercure (soit 36% des Français·es).
À rebours de toute précaution, la marque Petit Navire a lancé durant l’été une campagne de communication massive pour promouvoir ses produits, y compris auprès des jeunes. Ciblant étudiants, jeunes parents et sportifs, la marque a déployé de grandes fresques publicitaires dans le métro parisien et les gares, diffusé des spots dans les cinémas, multiplié les collaborations avec des créateurs et créatrices de contenu sur les réseaux sociaux, et s’est invitée jusque dans le monde du sport (Climbing District Saint-Lazare) et des festivals (Les Déferlantes, Les Francofolies).

Dans les pas de la mobilisation des ONG BLOOM, Foodwatch et Banlieues Climat dénonçant le simulacre des normes sanitaires concernant la contamination du thon au mercure, huit mairies s’engagent à protéger ce qui devrait l’être en priorité : la santé des enfants. Dans un communiqué de presse collectif, les villes de Bègles, Grenoble, Lille, Lyon, Montpellier, Mouans-Sartoux, Paris et Rennes annoncent le retrait du thon des cantines scolaires jusqu’à ce que la norme sanitaire soit suffisamment protectrice de la santé humaine. Les communes enjoignent le gouvernement et les parlementaires français à réviser la limite maximale de mercure autorisée dans le thon, en l’alignant sur le seuil le plus protecteur existant pour le poisson.

Dans un communiqué de presse conjoint, les associations BLOOM, foodwatch et Banlieues climat unissent leurs voix à l’appel des communes, et demandent aux ministères de la Santé, de l’Agriculture, et aux parlementaires français, de défendre à Bruxelles et au niveau national un abaissement de la limite maximale de mercure dans le thon à 0,3 mg/kg.
Il n’y aura plus de salade niçoise dans les cantines de Caloire, ni dans celles de Cagnes-sur-Mer ou Mont-de-Marsan. Ces neuf communes ont elles aussi décidé de retirer le thon des menus tant que la norme en mercure dans le thon n’aura pas été abaissée.

Post LinkedIn de Mille et Un Repas du Nord, le 3 septembre 2025
29 octobre 2024
06 février 2025
05 mai 2025