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24 novembre 2025

Poisson contaminé au mercure : le ministère de l’Agriculture pourrait freiner l’adoption de normes plus strictes en Europe

Demain, le 25 novembre 2025, un an après la publication de notre enquête « Du poison dans le poisson » (1) qui dévoilait le simulacre de normes sanitaires concernant la large contamination du thon au mercure, le groupe de travail européen (WG Envicont) du très opaque ‘SCoPAFF’ (Comité permanent des Plantes, des Animaux, de l’Alimentation humaine et Animale), satellite de la Commission européenne qui élabore les normes pour les denrées alimentaires avec les États membres, se réunira pour rouvrir le dossier des limites maximales de mercure dans le thon. BLOOM s’est procuré des documents confidentiels révélant la position de plusieurs États membres sur ce dossier. Si certains d’entre eux, dont l’Italie, l’Allemagne, le Luxembourg et la Norvège, semblent se positionner en faveur d’une meilleure protection de la santé des citoyens européens, le ministère de l’Agriculture français garde confidentielles les informations concernant la position de la France à ces réunions. Il avait, par ailleurs, historiquement refusé d’abaisser la limite maximale française au seuil le plus bas existant pour les produits de la mer, à savoir 0,3 milligramme de mercure par kilo de poisson. À l’heure où les scandales sanitaires liés au ministère de l’Agriculture se multiplient (2), BLOOM demande à la ministre Annie Genevard de rendre publique la position de la France à ces réunions européennes, et de soutenir une norme qui protège réellement la santé des consommateurs.

En octobre 2024, les révélations de BLOOM exposaient au grand jour un système qui protège les profits des industriels au détriment de la santé des Européens. La limite maximale de mercure dans le thon frais commercialisé en Europe, 1mg/kg, a été fixée en 1993 sur la base de considérations purement économiques, sans tenir compte de l’impact du mercure sur la santé des consommateurs. La méthodologie utilisée pour établir cette limite “sanitaire”, plus connue sous le nom de méthode ALARA (“As Low As Reasonably Achievable”), consiste à fixer la limite maximale d’un contaminant dans un produit, non pas en fonction de la dose d’ingestion à partir de laquelle ce contaminant est nocif pour la santé, mais selon les niveaux de contamination mesurés dans la denrée, ceux-ci pouvant être extrêmement élevés dans certains cas. Cette méthode ALARA a pour objectif de ne pas amputer le marché de plus de 5% de l’offre, autrement dit de protéger les profits des filières associées. BLOOM et Foodwatch avaient fermement condamné cette méthode et demandé à ce que la santé prime sur les considérations économiques pour fixer ce seuil, afin de l’abaisser à 0,3mg/kg, le seuil le plus bas existant pour les produits de la mer.

Depuis, la Direction générale de la Santé de la Commission Européenne (DGHealth) a lancé une consultation des États membres sur la possible révision cette limite maximale. À l’ordre du jour de la prochaine réunion du groupe de travail sur les contaminants environnementaux (WG Envicont) qui se tient demain, mardi 25 novembre 2025 : l’établissement d’une limite maximale spécifique pour le thon en conserve.

Des États membres qui prennent position en faveur de la protection de la santé publique…mais pas la France

En amont de la réunion de demain, BLOOM a obtenu des documents confidentiels faisant état de la position de certains États membres : l’Italie plaide en faveur d’une limite maximale pour le thon en conserve à 0,5 mg/kg, l’Allemagne ajoute la possibilité d’abaisser la limite maximale pour le thon frais à ce même seuil de 0,5 mg/kg, le Luxembourg, quant à lui, s’enquiert de l’établissement d’une limite maximale spécifique pour les produits de thon destinés aux nourrissons et enfants en bas âge et la Norvège, pour sa part, porte à la connaissance de la DGHealth un rapport concluant que la limite maximale européenne en vigueur, fixée à 1 mg/kg pour le thon frais, ne protège pas suffisamment la santé des consommateur·ices.

La France en revanche, empêche formellement la Commission européenne de communiquer le contenu de ses échanges avec la DGHealth à BLOOM (cf. Section “Pour aller plus loin”), écarte le ministère de la Santé de ce cercle de décision en confiant le sujet au ministère de l’Agriculture et continue de nier publiquement la nécessité d’abaisser les limites maximales pour les produits à base de thon. Le gouvernement français n’a, par ailleurs, pas répondu à nos demandes concernant sa position au groupe de travail européen Envicont.

S’il est aujourd’hui rassurant de voir que certains États membres ont pris conscience du fait que les normes actuelles de mercure dans le thon ne protégeaient pas la santé des consommateurs européens, la nouvelle limite maximale de 0,5mg/kg que certains défendent est encore loin d’être suffisamment protectrice. Elle amènerait un enfant de 35 kg qui mangerait une portion de 100g contaminée à cette limite à dépasser la Dose Hebdomadaire Tolérable (DHT), c’est-à-dire la quantité maximale ingérable au cours d’une vie avant de s’exposer à un risque sanitaire.” explique Camille Schuster, cheffe de projet Mercure chez BLOOM.

Une opacité qui accroît la puissance des États et des lobbies industriels

BLOOM condamne fermement l’opacité qui entoure les discussions de ce groupe de travail du SCoPAFF alors que celles-ci concernent directement la santé des Européen·nes. Il est inacceptable que ces réunions se tiennent à huis clos, sans que l’identité et la position des personnes qui y sont envoyées par les États membres ne soient révélées. Ce manque de transparence accroît l’influence des États membres sur les institutions européennes et favorise l’ingérence des lobbies. Nombreuses sont les ONG qui dénoncent les pratiques opaques des groupes de travail du SCoPAFF. L’anonymat fait passer les intérêts économistes court-termistes au premier plan : le recours à la, très décriée, méthode ALARA pour la fixation des limites maximales du mercure est loin d’être une exception (cf. Section “Pour aller plus loin”). Tant que ces informations restent confidentielles, les États membres échappent à toute responsabilité quant à leurs prises de position et peuvent prendre des décisions qui profitent aux lobbies industriels, au détriment de l’ensemble des consommateurs et consommatrices européens.

Un appel à l’exemplarité de la France

BLOOM enjoint à la France, ainsi qu’à l’ensemble des États membres, de prendre leurs responsabilités en :

  • Assurant une meilleure transparence sur l’ensemble des négociations qui ont lieu au sein des groupes de travail du SCoPAFF, à travers la communication systématique d’un ordre du jour et d’un rapport des réunions ainsi que des noms, affiliations et positions des participant·es, à commencer par la réunion du WG Envicont du 25 novembre 2025 ;
  • Prenant position publiquement et au sein de ces instances de décision pour la protection de la santé des Européennes et des Européens, en rejetant toutes les méthodes de normalisation qui privilégient les intérêts économiques, au détriment de la protection de notre santé et environnement, et en demandant la fixation d’une limite maximale à 0,3 mg/kg pour le thon en boîte et le thon frais, le seuil le plus restrictif existant pour d’autres espèces de poissons.

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Face au cynisme des industriels qui préfèrent protéger leurs profits plutôt que la santé humaine, les citoyens peuvent se consoler, leur prise de conscience a eu des effets : les ventes de thon sont en berne ! Nos révélations sur la contamination du thon au mercure ont fait chuter les ventes de conserves en France de 10 à 20% entre novembre 2024 et février 2025. Les marques et la grande distribution, Petit Navire et Carrefour en tête, redoublent donc d’efforts pour relancer les ventes et ont mis au point un markéting trompeur : le thon « en sachet », en espérant sans doute que les gens n’associent le problème du mercure qu’au seul thon en conserve. La seule façon de mettre un terme à ces stratégies forcenées des industriels pour vendre du thon contaminé est de remonter à la source du problème et d’abaisser, enfin, le seuil de mercure toléré dans le thon vendu. C’est l’objectif des discussions à huis clos que la Commission européenne ouvre demain, mardi 6 mai 2025, entre États membres de l’UE. Au programme : un éventuel durcissement des normes sur le mercure. BLOOM demande à la France d’y envoyer la ministre de la Santé Catherine Vautrin plutôt que de laisser la santé des citoyens aux mains du ministère de l’Agriculture, chevillé aux intérêts industriels. Nous réclamons par ailleurs que la position défendue par la France ainsi que l’intégralité des échanges ayant lieu au sein du SCOPAFF (comité de la Commission européenne : Standing Committee on Plant, Animals, Food and Feed) soient rendues publiques en parfaite transparence. 

06 février 2025

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Aux abois après les révélations de BLOOM sur la contamination au mercure du thon, l’industrie thonière a répliqué ces derniers jours par une campagne d’une envergure sidérante, en achetant de l’espace publicitaire dans de très nombreux journaux de la presse nationale et régionale (Le Figaro, Les Échos, Sud Ouest…). Trois mois après le lancement de la campagne de BLOOM et Foodwatch contre le scandale des normes “sanitaires” censées protéger les citoyens d’une contamination au mercure très préoccupante (1), les industriels du thon (Petit Navire, Saupiquet, Connétable etc.) tentent de rassurer les consommateurs en mettant en cause notre méthode scientifique et en semant le doute sur la validité de nos analyses. Celles-ci, portant sur 148 boîtes de thon provenant de cinq pays européens, ont pourtant été effectuées par un laboratoire reconnu comme référence mondiale dans l’analyse du mercure. Pour rappel, les résultats de nos tests ont établi que 100% des boîtes de thon étaient contaminées au mercure, dont 57% au-delà de la norme la plus protectrice pour la santé humaine et utilisée pour d’autres poissons dans la règlementation européenne (soit une norme de 0,3 mg de mercure par kilo de poisson).

La prise de parole des industriels pourrait générer un effet boomerang puisque leurs affirmations reposent sur l’opacité des méthodes utilisées pour les tests qu’ils brandissent subitement après des mois de silence sur le sujet. Leur campagne publicitaire donne l’occasion à BLOOM et Foodwatch d’exiger des industriels et de la grande distribution une transparence totale sur les tests effectués, le protocole d’échantillonnage retenu et les méthodes employées, des facteurs déterminants pour présenter des résultats rigoureux et non biaisés.

Face à leurs affirmations dans la presse, BLOOM publie aujourd’hui un « Manuel d’auto-défense contre les mensonges des industriels de la pêche thonière » permettant aux journalistes et aux citoyens de naviguer dans les eaux troubles de l’argumentation des industriels.

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