17 février 2026
Après les révélations explosives de BLOOM sur l’ingérence américaine au Parlement européen et l’extrême proximité de la droite conservatrice européenne (PPE) avec les milieux trumpistes, l’eurodéputé suédois Jörgen Warborn et de hauts responsables du PPE sont dans la tourmente.
Notre enquête, dont la sortie le 5 février a été partagée sous embargo avec les médias Aftonbladet (Suède) et Der Spiegel (Allemagne), a déjà fait couler beaucoup d’encre. En quelques jours seulement, c’est tout l’édifice de la droite conservatrice européenne qui tremble et s’empêtre, entre annulation de conférence de presse, silence face aux questions des journalistes, attaques contre BLOOM, et déclarations déontologiques faites dans la précipitation sur le site du Parlement européen.
BLOOM a touché dans le mille et déclenché une avalanche politique au Parlement européen en montrant comment la droite européenne a obéi au doigt et à l’œil aux injonctions de l’industrie fossile américaine et à l’administration Trump lors des négociations sur l’Omnibus I, qui se sont scellées par une alliance inédite de la droite avec l’extrême droite européenne.
D’une part, le rapporteur du premier Omnibus, Jörgen Warborn est sous le feu des médias et de l’opposition en Suède par rapport à ses manquements éthiques et à la non-déclaration de ses conflits d’intérêts, ce que nous avons signalé dans une plainte co-signée avec Transparency International le 5 février 2025 auprès du Comité consultatif sur la conduite des députés du Parlement européen.
D’autre part, les différents groupes politiques de la gauche écologiste européenne ont très rapidement réagi à notre demande de commission d’enquête pour que le Parlement fasse toute la lumière sur l’ingérence américaine au sein de nos institutions européennes.
BLOOM appelle l’ensemble des parlementaires européens attachés à l’autonomie stratégique de l’UE, à la défense du climat, des démocraties et de l’économie européenne à se prononcer en faveur de l’ouverture d’une commission d’enquête. Ce qui est en jeu dépasse largement les clivages politiques et relève d’une question de souveraineté et de sécurité essentielle pour l’Union européenne.
Notre enquête a révélé les multiples liens et allégeances du parlementaire suédois Jörgen Warborn et du leadership de la droite conservatrice européenne avec les milieux trumpistes et l’extrême droite, et notamment :
À l’issue de cette enquête, nous avons déposé, le 6 février 2026, avec Transparency International, un signalement auprès du Comité consultatif sur la conduite des députés du Parlement européen.
En Suède, les révélations d’Aftonbladet ont suscité une tempête politique, des responsables politiques écologistes et sociaux-démocrates suédois s’interrogeant sur des pratiques qui « semblent presque être de la corruption » et qui ont conduit à placer l’extrême droite au centre de l’échiquier politique européen, aux dépens des intérêts de l’UE.
Mais ce n’est pas tout.
Au terme de notre enquête, nous avons souligné les nombreuses zones d’ombre qui demeurent. Si le PPE et Jörgen Warborn ont refusé de commenter nos révélations dans Politico, la journaliste suédoise Lisa Rostlund a mené l’enquête avec succès sur le financement des voyages du parlementaire suédois à Washington. Le 5 février 2026, Jörgen Warborn a déclaré au quotidien Aftonbladet que « le PPE et le Parlement européen » ont payé les vols, et que « IDU (International Democracy Union) a payé pour le logement en 2025 ».
Les questions qui se posent à ce propos sont multiples :
Ces voyages à Washington, en tant que président d’un lobby, relèvent potentiellement de plusieurs manquements éthiques : une opacité contrevenant aux règles déontologiques du Parlement européen, un mélange des genres entre les casquettes de parlementaire et de président d’un lobby, et un financement trouble, entre fonds publics et fonds privés étrangers.
Des questions qui se posent de manière similaire pour Dolors Montserrat et Manfred Weber, respectivement vice-présidente et président du PPE, concernant leurs déplacements à Washington en décembre 2024 et décembre 2025, aucune information n’ayant été publiée sur leurs registres de transparence au Parlement européen concernant leur participation à ces conférences organisées par des tiers et leurs rencontres avec des fonctionnaires de pays tiers.
Le 10 février 2026, la journaliste suédoise a publié un nouvel article dans Aftonbladet pour revenir sur l’opacité autour de ces déplacements à Washington. La professeure Alina Mungiu-Pippidi, directrice du European Research Centre for Anti-Corruption and State-Building, concluait qu’il « s’agit manifestement d’une violation des règles éthiques », appelant les journalistes à s’emparer du sujet dans des termes sans équivoque : « les médias devraient en parler. Malheureusement, l’influence indue tend à devenir la norme parmi la nouvelle génération de politiciens ».
Confrontés à nos révélations et à l’enquête des journalistes d’Aftonbladet et du Spiegel, le PPE et Jörgen Warborn sont entrés dès le 5 février en régime de gestion de crise. Le 6 février 2026, Jörgen Warborn a annulé sa participation à une conférence de presse organisée par le Parlement européen et qui avait à l’ordre du jour, entre autres, un point sur les relations politiques UE-USA.
Dans les jours suivants, pour ne pas répondre aux éléments soulevés dans notre enquête, le PPE a appliqué une tactique vieille comme le monde : faire diversion et tuer le messager en jetant l’opprobre sur BLOOM, en mettant en question nos financements auprès de journalistes. Une attaque qui a tourné court étant donné que les comptes et les sources de financement de BLOOM sont transparents, indépendants et irréprochables, mais qui en dit long sur les sueurs froides de la droite européenne depuis la sortie de notre enquête.
En parallèle, Jörgen Warborn et Dolors Montserrat ont tenté d’éteindre la polémique et de se prémunir de futures questions gênantes en comblant, avec retard, et de façon très partielle, certains manquements relevés par notre enquête :
Pris en faute, Jörgen Warborn fuit désormais les journalistes et refuse de répondre aux questions d’Aftonbladet, voyant dans ces révélations une « tentative politiquement motivée visant à jeter le discrédit sur (son) travail ».
Un discours qui omet les critiques émanant de certaines des multinationales suédoises parmi les plus influentes.
Dans son article en date du 10 février 2026, la journaliste suédoise Lisa Rostlund a révélé qu’en juin 2025, la branche suédoise du Global Compact, l’initiative onusienne pour que les entreprises mettent en œuvre les objectifs de développement durable (ODD) des Nations Unies, a organisé une conférence réunissant « plusieurs parlementaires européens et représentants de certaines des plus grandes entreprises du monde des affaires suédois pour discuter de l’Omnibus ».
Étaient présents certains des plus grands groupes suédois, dont H&M, Ikea, Vattenfall, Volvo, ou Tetra Pak, qui demandaient de ne pas s’attaquer au devoir de vigilance, considéré « comme une opportunité stratégique plutôt qu’un fardeau ».
Mais, alors que des parlementaires européens écologistes, socialistes et libéraux ont participé à cette rencontre, le réseau suédois du Global Compact explique ne pas avoir « eu des contacts avec le PPE, qui malheureusement a choisi de ne pas participer ». Ainsi, celui qui a multiplié les rendez-vous avec l’industrie fossile et les lobbies industriels américains et pris fait et cause pour la destruction du devoir de vigilance n’a pas souhaité participer à une conférence et présenter sa vision aux multinationales suédoises favorables à une législation ambitieuse sur le devoir de vigilance.
Une décision qui a entretenu l’opacité et qui interroge, Jörgen Warborn ayant auparavant défendu une position sur la vigilance climatique des grandes entreprises aux antipodes de celle qu’il défend désormais.
Selon notre plateforme de suivi des activités parlementaires européennes iPolitics, Jörgen Warborn a voté pour que des plans de transition climatique soient imposés aux grandes entreprises en 2023. Avant de les démolir en 2025 :
Que s’est-il passé entre ces deux dates ?
Les arguments des lobbies européens n’ont pas varié depuis une décennie.
Ce qui a changé, ce sont les rapports de force au Parlement européen, avec la droite et l’extrême droite européenne qui forment désormais une majorité absolue si elles décident de s’allier et, évidemment, le retour au pouvoir de Donald Trump en 2024. Ce dernier a entamé dès le début de son mandat une campagne d’ingérence de grande ampleur auprès de l’UE pour torpiller le devoir de vigilance, avec le dépôt, le 12 mars 2025, d’une proposition de loi au Congrès américain visant à « interdire aux entités qui font partie intégrante des intérêts nationaux des États-Unis de participer à toute réglementation étrangère en matière de durabilité, y compris la directive de l’Union européenne sur le devoir de vigilance ».
Dans un contexte de fortes tensions commerciales, les dirigeants européens ont montré dans les semaines suivantes leur incapacité à résister aux exigences américaines. Le chancelier allemand, Friedrich Merz, s’est prononcé le 9 mai 2025, lors de son premier déplacement à Bruxelles, pour l’abrogation du devoir de vigilance et la signature d’un accord commercial avec les États-Unis. Dix jours plus tard, le Président de la République, Emmanuel Macron, lui a emboîté le pas, annonçant devant un parterre d’investisseurs qu’il fallait « écarter » la directive sur le devoir de vigilance pour « se resynchroniser » avec les États-Unis. En août 2025, Ursula von der Leyen, sous la pression de l’administration Trump s’est engagée, à la suite de sa rencontre avec Donald Trump en Écosse, à exonérer les entreprises américaines du respect du devoir de vigilance…
Tel est le sens du retournement de Warborn entre 2023 et 2025 : une reddition face à l’administration Trump, avec le démantèlement du droit européen pour tenter d’apaiser un dirigeant autoritaire qui, outre-Atlantique, menace l’Union européenne de rétorsions commerciales en tous genres, lorsqu’il n’annonce pas tout simplement vouloir annexer un territoire européen pour y planter le drapeau américain.
Dans un tel contexte, et suite au lancement de notre pétition demandant l’ouverture d’une commission d’enquête au Parlement européen, la délégation écologiste francophone du Parlement européen s’est prononcée dès le dimanche 8 février en faveur d’une commission d’enquête.
Manon Aubry, co-présidente du groupe The Left, a demandé au nom de son groupe “à ce que toute la lumière soit faite sur les liens entre les députés européens et les organisations trumpistes”.
La délégation française du groupe des Socialistes et Démocrates au Parlement européen a appelée le 12 février 2026 à « utiliser tous les moyens politiques, juridiques et institutionnels disponibles au Parlement européen pour lutter contre les ingérences étrangères américaines », et a saisi en parallèle le Comité consultatif sur la conduite des députés « afin de faire la lumière sur de possibles manquements au code de déontologie des membres du Parlement européen ».
BLOOM appelle tous les parlementaires attachés à la défense de la souveraineté démocratique européenne à se joindre à cet appel afin de permettre l’ouverture d’une commission d’enquête qui fasse la lumière sur l’ingérence américaine au Parlement européen.
Il y a urgence, alors que la droite conservatrice vient de nommer Aura Salla, ancienne directrice du lobbying de Meta à Bruxelles, rapporteure de l’Omnibus Tech, avec l’objectif affiché de « couper la réglementation numérique de l’UE ».
15 décembre 2025
Alors que le Parlement européen s’apprête à adopter mardi 16 décembre la directive « Omnibus I », qui torpille le devoir de vigilance, BLOOM porte plainte auprès du Comité consultatif sur la conduite des députés du Parlement européen contre le rapporteur du texte, Jörgen Warborn, pour conflits d’intérêts, compromission avec des puissances étrangères et trahison des intérêts supérieurs de l’Union européenne.
Notre enquête met en lumière de multiples violations du code de conduite du Parlement européen et révèle que M. Warborn a été le véhicule de la campagne d’ingérence menée par les États-Unis contre l’Union européenne, ce dernier ayant œuvré en tant que rapporteur à une alliance inédite entre la droite et l’extrême droite, conformément à la stratégie de la « Competitiveness Roundtable », qui rassemble des multinationales américaines unies par le désir de torpiller la législation européenne sur le devoir de vigilance.
15 décembre 2025
À la veille du vote final de validation par le Parlement européen du premier paquet législatif « Omnibus » inaugurant la grande dérégulation des lois européennes, BLOOM porte plainte pour conflit d’intérêts contre le rapporteur du texte, l’eurodéputé suédois Jörgen Warborn, et dénonce sa compromission avec des puissances étrangères ainsi que sa trahison de l’intérêt supérieur de l’Union européenne.
16 décembre 2025
Politico ne s’était pas trompé en accordant à Donald Trump le statut d’homme le plus influent d’Europe (1). Le vote aujourd’hui du Parlement européen, à Strasbourg, a confirmé ce constat : le premier Omnibus, un paquet législatif détruisant le devoir de vigilance des entreprises et entamant la grande dérégulation du Green Deal ainsi que de toutes les normes environnementales européennes, à la demande explicite de Trump, du Qatar, des lobbies des énergies fossiles et des industries chimiques, vient d’être adopté à 428 voix contre 218, par une majorité de la droite libérale (Renew), la droite conservatrice (PPE) et l’extrême droite (ECR, PfE et ESN).