15 décembre 2025
À la veille du vote final de validation par le Parlement européen du premier paquet législatif « Omnibus » inaugurant la grande dérégulation des lois européennes, BLOOM porte plainte pour conflit d’intérêts contre le rapporteur du texte, l’eurodéputé suédois Jörgen Warborn, et dénonce sa compromission avec des puissances étrangères ainsi que sa trahison de l’intérêt supérieur de l’Union européenne.
BLOOM reproche plusieurs faits à M. Warborn :
D’une part, le rapporteur du premier Omnibus, un élu ultra libéral d’affiliation thatchérienne siégeant au sein du groupe PPE au Parlement européen, a œuvré à l’anéantissement de la législation européenne sur le devoir de vigilance des entreprises, un pilier du Green Deal promulgué en 2024, au profit des multinationales extractives les plus climaticides, notamment américaines, et d’empires de la chimie industrielle. Ces géants industriels ont formé un groupe de pression pour défendre leurs intérêts communs et détricoter les lois protectrices de l’intérêt général pour ne plus avoir de contraintes règlementaires à leurs activités, bien qu’elles soient destructrices du climat, de l’environnement et de la santé humaine. Jörgen Warborn a rencontré très tôt (dès le 14 avril 2025) le cabinet de relations publiques américain Teneo, dont l’ONG SOMO a révélé qu’il était le chef d’orchestre d’une campagne de lobbying intense des industriels américains et européens, au premier rang desquels figurent ExxonMobil, Chevron, Koch, TotalEnergies, JPMorgan Chase, ou Dow Chemical.
L’Omnibus, tel que modifié par une alliance de la droite et de l’extrême droite le 13 novembre, a purement et simplement supprimé l’obligation pour les multinationales de se conformer aux objectifs de neutralité carbone de l’accord de Paris et d’élaborer, ainsi que de mettre en œuvre, des « plans de transition climatique » (article 22). Cette régression pourrait être fatale à la société et conduire à court terme à un suicide économique de nos entreprises européennes, incapables d’être compétitives face à des empires ne se privant d’aucune violation de l’environnement ou des droits humains pour accroître leurs profits.
D’autre part, M. Warborn a également conduit les négociations du premier Omnibus sous l’influence de l’administration Trump qui a explicité sa vision europhobe, hostile à la stabilité de l’espace politique européen, dans sa « Stratégie nationale de sécurité » le 5 décembre dernier : un document de bascule, qui affirme ouvertement sa croisade contre les démocraties européennes, décrites comme étant en cours « d’effacement civilisationnel », au profit de l’extrême droite suprémaciste et identitaire. En plus d’un changement de régime, la stratégie américaine martèle également son programme libertarien de destruction du cadre règlementaire de l’UE.
Pour faire chuter le premier domino d’une série dérégulatrice qui va ébranler l’architecture même de l’ensemble du droit européen, les Etats-Unis se sont alliés au Qatar pour réclamer la destruction du devoir de vigilance des entreprises.
Pour finir, en tant que rapporteur, M. Jörgen Warborn a porté cette législation durant des mois au sein du Parlement européen au mépris d’une situation de conflit d’intérêts manifeste, étant par ailleurs président d’une entité, intitulée « SME Europe », enregistrée comme lobby au registre de transparence de l’Union européenne pour défendre les intérêts des PME.
Désigné comme rapporteur de l’Omnibus I sans déclarer son conflit d’intérêt en tant que président de SME Europe, Jörgen Warborn est intervenu dans des événements publics en alternant entre ses différentes casquettes, comme révélé par dix ONG, dont Transparency International, Corporate Europe Observatory, The Good Lobby, Notre Affaire à Tous dans une plainte déposée ce 15 décembre auprès du Comité consultatif sur cet enjeu spécifique.
À ces divers titres, BLOOM saisit aujourd’hui l’organe de contrôle déontologique du Parlement européen contre M. Jörgen Warborn pour violation du code de conduite des députés et conflit d’intérêts contraire à l’intérêt supérieur de l’Union européenne, au profit de puissances étrangères.
BLOOM attend du Comité consultatif sur la conduite des députés du Parlement européen qu’il conduise une enquête interne exhaustive sur la compatibilité de son rôle de rapporteur et de député européen avec ses autres fonctions au titre du lobbying qu’il aurait lui-même exercé dans le cadre de son activité pour SME Europe.
Le Code de conduite des députés au Parlement européen en matière d’intégrité et de transparence rappelle que dans l’exercice de leurs fonctions, les eurodéputé·es doivent agir dans le respect des principes suivants : « le désintéressement, l’intégrité, la transparence, la diligence, l’honnêteté, la responsabilité » et « uniquement dans l’intérêt général ». Ils « n’obtiennent ou ne tentent d’obtenir aucun avantage direct ou indirect quelconque ni aucune autre gratification. »
Il incombera aussi au Comité de déterminer l’ampleur de l’influence exercée sur M. Jörgen Warborn par des puissances étrangères telles que le Qatar et les Etats-Unis, et des multinationales climaticides telles que TotalEnergies, Chevron, ExxonMobil etc. BLOOM attend du processus d’investigation parlementaire qu’il fasse toute la clarté sur ce conflit d’intérêts et adopte des sanctions en conséquence.
Compte tenu de la gravité des faits constatés, dans un contexte de pressions étrangères inédites et de renversement de l’ordre mondial autour d’une internationale fasciste pilotée ouvertement par l’administration Trump, BLOOM demande également à la Présidente du Parlement, Roberta Metsola, de faire toute la transparence sur ce dossier, notamment en permettant que soient rendus publics l’ensemble des documents et de la correspondance échangés entre M. Warborn et les puissances étrangères, entreprises et lobbies rencontrés en amont et pendant la procédure législative Omnibus I. La transparence permettra d’établir factuellement le degré d’ingérence étrangère qui est intervenu dans le processus législatif européen.
Rappelons que la procédure Omnibus a été estimée illégale et anticonstitutionnelle par plus de 100 professeurs de droit et que la Médiatrice européenne Teresa Anjinho a condamné la « mauvaise administration » de la Commission européenne et constaté des lacunes procédurales dans la manière dont les propositions législatives « Omnibus » avaient été préparées.
Malgré la montagne de critiques émises contre la façon dont le premier Omnibus a été mené puis voté par une alliance inédite entre la droite et l’extrême droite, M. Warborn n’est plus qu’à quelques heures de faire aboutir le premier acte de démolition des règles européennes de protection du climat, des travailleurs et de l’environnement. La semaine dernière, le principal intéressé était tellement sûr de son fait qu’il n’était même pas resté à Bruxelles pour suivre les négociations de « trilogue » de son propre rapport. Il était… à Washington D.C !
L’Europe est arrivée à un point de bascule : le vote de mardi matin clarifiera les lignes entre la droite qui demeure dans l’arc démocratique, qui reste attachée à l’État de droit et à la souveraineté du Vieux Continent, et celle qui assume de gouverner avec l’extrême droite, y compris des partis néo-nazis comme l’AfD en Allemagne, et qui obéit aux ordres des multinationales et des puissances étrangères.
BLOOM espère un sursaut décisif des institutions européennes face au danger inédit de destruction des démocraties et de notre souveraineté européenne. Nous appelons les groupes politiques du Parlement européen à se réaffirmer républicains et à ce titre, le 16 décembre 2025, à rejeter le premier Omnibus de dérégulation ainsi que toute alliance avec les trois groupes d’extrême droite européenne.
Au regard de l’actualité, nous appelons les institutions à ajourner le vote de mardi.
Pour protéger l’État de droit et les démocraties européennes de toute influence étrangère et de tout soupçon de conflit d’intérêt, BLOOM appelle la Présidente du Parlement européen Roberta Metsola à suspendre sans plus attendre la procédure parlementaire de ce premier Omnibus et des suivants alors que cet agenda de régression législatif est placé sous l’emprise de puissances étrangères hostiles à l’Europe et de multinationales aux activités dangereuses pour la stabilité de l’économie, du climat et pour la santé des citoyens européens.
15 décembre 2025
Alors que le Parlement européen s’apprête à adopter mardi 16 décembre la directive « Omnibus I », qui torpille le devoir de vigilance, BLOOM porte plainte auprès du Comité consultatif sur la conduite des députés du Parlement européen contre le rapporteur du texte, Jörgen Warborn, pour conflits d’intérêts, compromission avec des puissances étrangères et trahison des intérêts supérieurs de l’Union européenne.
Notre enquête met en lumière de multiples violations du code de conduite du Parlement européen et révèle que M. Warborn a été le véhicule de la campagne d’ingérence menée par les États-Unis contre l’Union européenne, ce dernier ayant œuvré en tant que rapporteur à une alliance inédite entre la droite et l’extrême droite, conformément à la stratégie de la « Competitiveness Roundtable », qui rassemble des multinationales américaines unies par le désir de torpiller la législation européenne sur le devoir de vigilance.
09 décembre 2025
La date du 9 décembre 2025 est entrée dans l’Histoire.
Dans la nuit du 8 au 9 décembre 2025, les institutions européennes ont accepté, pour la première fois depuis la fin de la seconde guerre mondiale, une législation – en l’occurrence l’Omnibus I, une loi de régression qui ouvre une longue série d’Omnibus de démolition du Green Deal – pensée puis votée par une alliance inédite entre la droite et l’extrême droite.
Le 9 décembre 2025 sera aussi retenu comme la date qui marque le début de la dissolution de la droite dans les partis extrêmes, le moment où la droite européenne, menée par l’Allemand Manfred Weber pour le Parlement européen et Friedrich Merz pour le gouvernement allemand, ne se distingue plus de l’extrême droite et, pensant, comme Franz Von Papen en 1932, que la droite pouvait civiliser le diable en s’associant avec lui, accélère la descente aux enfers de l’Union européenne.
09 décembre 2025
Les représentant·e·s des États membres de l’Union européenne et du Parlement européen ont trouvé cette nuit un accord sur l’Omnibus I, une directive destinée à affaiblir le devoir de vigilance européen (CSDDD). À la suite d’une alliance historique entre droite et extrême droite au Parlement européen, et confrontés à des ingérences étrangères (États-Unis, Qatar (1)…) et industrielles incessantes, les États membres et la Commission ont fait le choix de la capitulation. Le compromis trouvé éloigne fatalement la CSDDD de son objectif : prévenir et réparer les atteintes aux droits humains et à l’environnement commises par les multinationales. L’accord politique doit désormais être formellement voté par le Conseil et le Parlement européen dans les prochains jours.