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05 février 2026

Explosif : l’enquête inédite de BLOOM sur l’ingérence américaine au Parlement européen

Derrière le démantèlement du Green Deal, une droite conservatrice qui trahit les intérêts de l’Union européenne au profit des lobbies climaticides et du projet de changement de régime voulu par Trump pour l’Europe 

Après avoir alerté sans relâche, entre octobre et décembre 2025, sur l’explosion du « cordon sanitaire » à Bruxelles et la destruction de la directive européenne sur le devoir de vigilance des entreprises, BLOOM publie aujourd’hui, en coordination avec les médias Der Spiegel (Allemagne) et Aftonbladet (Suède), une enquête majeure qui remonte aux sources de l’ingérence américaine qui a fait basculer la démocratie parlementaire européenne dans les bras de l’extrême droite et dans la frénésie dérégulatrice exigée par Trump.

En décembre 2025, un domino historique de notre construction européenne tombait : le Parlement européen adoptait le premier acte de démantèlement du Green Deal dans une union inédite des droites conservatrices et des extrêmes droites européennes. Cette reconfiguration dangereuse des équilibres politiques à Bruxelles ne s’est pas faite spontanément : elle est le fruit d’un plan d’action stratégique de l’administration Trump pour faire advenir un ordre du monde suprémaciste blanc et chrétien, adossé aux industries extractives des énergies fossiles et de la pétrochimie. Un homme a joué un rôle crucial dans cette mécanique de déstabilisation politique des démocraties européennes et de régression du droit social et environnemental du Vieux Continent : l’eurodéputé suédois Jörgen Warborn. Dans une stratégie élaborée par les lobbies fossiles et l’administration Trump, ce membre ultralibéral du PPE européen (droite conservatrice), rapporteur du premier Omnibus qui a abouti à la démolition de la directive européenne sur le devoir de vigilance des entreprises, a œuvré à trahir les intérêts supérieurs de l’Union européenne et à faire de nos démocraties les vassales de l’internationale fasciste ouvertement souhaitée par Donald Trump.

Notre enquête inédite plonge dans les réseaux libertariens autoritaires qui pilotent la déstabilisation à grande échelle de l’UE et fait la lumière sur les liens délétères qu’entretient la droite conservatrice européenne avec les milieux trumpistes.

Jörgen Warborn, cible puis complice des lobbies américains

Le 16 janvier 2025, Jörgen Warborn rencontrait la Chambre américaine de commerce en Belgique. Cette réunion marquait le début d’une offensive sans précédent des lobbies industriels nord-américains sur nos institutions européennes. Entre janvier et octobre 2025, l’eurodéputé suédois, rapporteur du premier Omnibus sur le devoir de vigilance des entreprises, allait rencontrer les lobbies américains plus de dix fois. De cible privilégiée, Jörgen Warborn devint leur interlocuteur principal puis leur complice : en moins d’un an, il rencontra la Chambre américaine de commerce en Belgique à quatre reprises, un record pour un député européen.

Dès l’ouverture des débats parlementaires sur le premier Omnibus, Jörgen Warborn agissait en véritable cheval de Troie des intérêts américains : il reprenait à son compte la stratégie de l’administration Trump et de l’industrie fossile (ExxonMobil, Chevron, Koch, TotalEnergies, Dow Chemical, JP Morgan) pour torpiller les mesures du devoir de vigilance qui forçaient les multinationales à être responsables devant les tribunaux des impacts humains et environnementaux de l’ensemble de leur chaîne de valeur et à aligner leur stratégie sur les objectifs de l’Accord de Paris via la mise en oeuvre de « plans de transition climatique ».

Le plan d’attaque pensé par le cabinet de lobbying américain Teneo pour le compte de cette coalition industrielle climaticide était d’obtenir le détricotage de la directive sur le devoir de vigilance, une victoire phare du Green Deal adoptée au printemps 2024, en poussant une alliance sans précédent de la droite et de l’extrême droite européennes contre le reste du Parlement européen.

Le PPE, cheville ouvrière de l’union des droites et extrêmes droites européennes

En plus des rencontres qu’il a faites à Bruxelles avec les lobbies américains en tant qu’eurodéputé, Jörgen Warborn a changé de casquette et endossé son rôle de président de deux lobbies promouvant les intérêts d’entreprises pour se rendre, quatre fois en un an (entre décembre 2024 et décembre 2025), aux sommets internationaux orchestrés par l’« International Democracy Union » – IDU, une organisation créé en 1983 par Margaret Thatcher et George Bush, entre autres, pour pousser un agenda conservateur et néolibéral.

Aujourd’hui, la plateforme IDU se présente comme « une alliance globale des droites centristes » mais elle œuvre en réalité au rapprochement des droites conservatrices, trumpistes et néo-fascistes du monde entier.

La présidence de ces lobbies place Jörgen Warborn en situation de conflit d’intérêts, le premier d’entre eux, SME Europe, figurant même au registre de transparence de l’UE, tandis que le second, SME Global qui revendique compter « des représentants du monde des affaires venus du monde entier », est la branche « entreprises » de l’IDU.

Si les voyages de Jörgen Warborn témoignent de conflits d’intérêts et d’une confusion manifestes entre son rôle de lobbyiste et d’élu européen, ils illustrent surtout l’inanité des règles dont s’est doté le Parlement européen à la suite du Qatargate, un scandale de corruption et d’ingérence étrangère qui avait ébranlé le Parlement européen à partir de décembre 2022.

Pour opérer cette bascule du Parlement européen vers l’extrême droite et accomplir ce premier acte de régression normative sans précédent dans l’histoire de l’UE, Jörgen Warborn n’a pas agi seul. Plusieurs hauts responsables politiques de la droite européenne ont également œuvré au rapprochement avec la nébuleuse trumpiste et se sont rendus en personne aux Etats-Unis pour rencontrer l’administration Trump, plusieurs élus républicains ainsi que ceux qui avaient œuvré à la réélection de Donald Trump : en premier lieu, la puissante Heritage Foundation.

C’est ainsi que :

  • L’Allemand Manfred Weber, président du PPE, rencontrait en décembre 2024, avec Jörgen Warborn, la « Heritage Foundation », influent think tank américain converti au trumpisme ;
  • La vice-présidente du PPE, l’Espagnole Dolors Montserrat, accompagnait Jörgen Warborn à Washington en décembre 2025 et se réjouissait d’être « félicitée par l’administration américaine » pour la destruction du devoir de vigilance.
  • La présidente PPE du Parlement européen, la Maltaise Roberta Metsola, multipliait les voyages aux États-Unis et assumait devant la Chambre américaine de commerce vouloir torpiller la directive européenne sur le devoir de vigilance pour contenter les milieux d’affaires américains et l’administration Trump.

La droite européenne radicalisée : un danger systémique pour la souveraineté de l’Union europeénne

La droite européenne avait déjà pulvérisé le « cordon éthique » de l’intérêt général en acceptant des financements de multinationales et en participant à des forums internationaux financés par l’industrie fossile nord-américaine et le Danube Institute, une fondation liée au régime de Viktor Orbán, aux côtés de parlementaires trumpistes ou de députés du parti néofasciste de Fratelli d’Italia.

Avoir fait exploser le « cordon sanitaire » en vigueur depuis des décennies à Bruxelles vis-à-vis des partis opposés à l’Etat de droit, et servir les intérêts du trumpisme et de son projet fasciste suprémaciste, décrit sans ambages dans la National Security Strategy[1] des Etats-Unis, représente un danger majeur pour la souveraineté de l’Union européenne, sa sécurité, sa paix, la stabilité de son économie et son avenir climatique.

En opérant un tel rapprochement avec les extrêmes droites européennes et transatlantiques, la droite conservatrice se radicalise et fait courir un risque systémique à l’Union européenne, qui se précise de jour en jour : le PPE et Jörgen Warborn appellent désormais de façon répétée à relancer dans les plus brefs délais le processus parlementaire autour de l’accord commercial US-UE, mis en stand-by après les menaces d’annexion du Groenland de Donald Trump en ce début d’année 2026.

Contre les ingérences étrangères : une plainte, une demande de commission d’enquête et des recommandations urgentes

Afin de faire toute la lumière sur l’ingérence américaine et protéger la souveraineté démocratique européenne, BLOOM appelle le Parlement européen à ouvrir de toute urgence une commission d’enquête. Avec Transparency International, nous transmettons aujourd’hui même notre investigation au Comité consultatif sur la conduite des députés du Parlement européen, de façon à compléter les plaintes déposées dès décembre 2025 contre le député Jörgen Warborn.

Pour protéger nos démocraties, les acquis de décennies de construction du droit européen, et un avenir compatible avec le respect du climat et de la biodiversité, BLOOM demande, entre autres :

  • La création d’un organe unique et indépendant chargé du respect de l’ensemble des règles liées à l’intégrité des responsables publics européens, doté d’un pouvoir d’initiative en matière d’enquête et de pouvoirs de sanction ;
  • L’interdiction des réunions à huis clos entre parlementaires et représentants d’intérêts afin que toutes ces rencontres fassent l’objet d’auditions publiques ;
  • L’interdiction pour les majors pétrolières et gazières d’influencer les politiques européennes, sur le modèle de la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac ;
  • L’interdiction pour les rapporteurs et shadow rapporteurs du Parlement européen de voyager hors de l’UE pour participer à des rencontres à caractère institutionnel, diplomatique ou politique en dehors d’une délégation transpartisane ;
  • L’extension de la compétence du Parquet européen aux infractions pénales portant atteinte aux intérêts démocratiques de l’Union européenne.

[1] https://www.whitehouse.gov/wp-content/uploads/2025/12/2025-National-Security-Strategy.pdf


Les enquêtes parues dans la presse à la suite de nos révélations :

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Notre enquête met en lumière de multiples violations du code de conduite du Parlement européen et révèle que M. Warborn a été le véhicule de la campagne d’ingérence menée par les États-Unis contre l’Union européenne, ce dernier ayant œuvré en tant que rapporteur à une alliance inédite entre la droite et l’extrême droite, conformément à la stratégie de la « Competitiveness Roundtable », qui rassemble des multinationales américaines unies par le désir de torpiller la législation européenne sur le devoir de vigilance.

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