16 décembre 2025
Politico ne s’était pas trompé en accordant à Donald Trump le statut d’homme le plus influent d’Europe (1). Le vote aujourd’hui du Parlement européen, à Strasbourg, a confirmé ce constat : le premier Omnibus, un paquet législatif détruisant le devoir de vigilance des entreprises et entamant la grande dérégulation du Green Deal ainsi que de toutes les normes environnementales européennes, à la demande explicite de Trump, du Qatar, des lobbies des énergies fossiles et des industries chimiques, vient d’être adopté à 428 voix contre 218, par une majorité de la droite libérale (Renew), la droite conservatrice (PPE) et l’extrême droite (ECR, PfE et ESN).
L’Omnibus I devient donc officiellement la première législation européenne issue d’une alliance stratégique formelle entre les droites et l’extrême droite. Car contrairement à ce que certains commentateurs ont écrit, il ne s’agit pas d’un vote « de circonstance » mais bien d’une stratégie pensée à l’avance par le cabinet de lobbying américain Teneo (2), mandaté par les lobbies les plus climaticides et rétrogrades pour faire advenir la fusion entre droite et extrême droite à leur profit.
C’est ainsi que sous la baguette de Trump et de l’internationale fasciste qu’il défend ouvertement dans sa « Stratégie Nationale de Sécurité » (3), l’Europe entre dans la nuit démocratique.
La directive Omnibus procède à la destruction du devoir de vigilance, une législation historique pensée pour défendre les droits humains, l’environnement et le climat face aux multinationales qui fondent leurs profits sur l’exploitation de la détresse humaine et la destruction des écosystèmes.
« Aujourd’hui, c’est un processus de dérégulation des normes de protection de la santé humaine, des droits humains et sociaux, de l’environnement et du climat qui est validé par un arc anti-démocratique œuvrant au profit de puissances étrangères et de lobbies industriels sans foi ni loi. C’est du jamais vu depuis la seconde guerre mondiale » commente Claire Nouvian, fondatrice de l’ONG BLOOM. « Nous entrons dans une phase de régression de la protection des humains et de la démocratie au profit des prédateurs et des destructeurs du monde. Les industriels et les régimes autoritaires comme les Etats-Unis de Donald Trump et le Qatar, qui ont piloté l’Omnibus I, ont déjà montré qu’ils étaient prêts à tout, y compris à sacrifier notre santé et à écraser les plus vulnérables, pour accroître leurs profits et leur pouvoir. Ils veulent le chaos, ils l’auront. Notre crainte, à l’ère du fascisme numérique, c’est qu’on ne revienne pas de cette bascule. Tout cela ne se serait pas produit si la droite avait tenu le cordon sanitaire. Son choix de s’allier à l’extrême droite lui sera fatal, puisque la droite est en cours d’absorption par les extrêmes. Mais les victimes collatérales seront les citoyens et la paix. Nous sommes déjà passés par là, mais dans les années 1930, le changement climatique ne menaçait pas la stabilité de nos sociétés. Nous étions au bord du précipice, nous venons d’y sauter. Et la droite libérale, qui a fait semblant de s’opposer à l’alliance DED (droite-extrême droite) a finalement voté comme un seul homme pour faire advenir le règne des lobbies contre l’intérêt général. »

À Strasbourg, ce mardi 16 décembre, les digues ont sauté : alors que l’internationale fasciste tisse sa toile, de la Hongrie de Viktor Orban au Chili de José Antonio Kast, en passant par les États-Unis de Donald Trump, la droite libérale d’Emmanuel Macron et la droite conservatrice européenne de François-Xavier Bellamy vient de voter avec l’extrême droite de Marion Maréchal Le Pen, Jordan Bardella et Sarah Knafo.
Après avoir œuvré durant cinq années en faveur du Green Deal, Ursula von der Leyen a ouvert son second mandat de présidente de la Commission européenne en promettant de porter un agenda de « simplification ». Mais, sous la pression des lobbies industriels, confrontée à une percée inédite de la droite conservatrice et de l’extrême droite, Ursula von der Leyen porte désormais un agenda de « dérégulation » qui risque de tout emporter sur son passage.
Ce sont déjà treize Omnibus qui sont sur les rails, et qui menacent de s’attaquer aux législations européennes dans le secteur de l’agriculture, de l’alimentation, de la chimie, de la tech, de l’environnement, de l’automobile, des pesticides, de la taxation.
Ce premier Omnibus, qui s’attaquait à la loi sur le devoir de vigilance, avait valeur de test. Et, un an après l’entrée en fonction de la Commission Ursula von der Leyen 2, ce test constitue une déflagration, ayant franchi toutes les lignes rouges, une à une.
La procédure Omnibus I a été :
– Considérée illégale par plus de 100 professeurs de droit,
– Jugée comme un cas de mauvaise administration de la part de la Commission européenne par la médiatrice européenne,
– Le résultat d’une campagne d’ingérence hors-normes de la part de Donald Trump,
– Adoptée par le Parlement européen dans une alliance inédite, une première dans l’histoire parlementaire européenne, entre la droite et l’extrême droite,
– Portée par un député suédois issu de la droite conservatrice en situation de conflit d’intérêts, de compromission avec des puissances étrangères et de trahison des intérêts supérieurs de l’Union européenne (voir notre communiqué)
– Le fruit d’un lobbying inédit par son ampleur d’une alliance d’industries américaines, au premier rang desquelles figurent ExxonMobil, Chevron, Dow Chemical, JPMorgan, ou Koch.
« Tout au long de la procédure Omnibus, M. Warborn a montré qu’il méprisait les processus démocratiques. Non seulement il a suivi les instructions explicites des entreprises américaines et de l’administration Trump, mais il a également forgé une alliance avec l’extrême droite qu’il a utilisée pour exercer un chantage odieux auprès des autres groupes politiques du Parlement » explique Swann Bommier, directeur du plaidoyer de BLOOM. « M. Warborn s’est révélé être un politicien trumpiste prêt à sacrifier la stabilité de nos démocraties européennes pour augmenter les profits de multinationales impitoyables qui accélèrent le dérèglement climatique et exploitent la misère humaine à travers le monde. Nous espérons que les institutions européennes mettront rapidement un terme à cette débâcle politique. Nous attendons une enquête rapide et approfondie sur le conflit d’intérêts de M. Warborn et sur son statut, alors qu’il agit comme agent de liaison avec l’administration Trump ».
Le vote d’aujourd’hui constituait un moment de vérité pour les droites. Le parti Les Républicains de François-Xavier Bellamy et les libéraux d’Emmanuel Macron ont fait leur choix : légiférer avec l’extrême droite. L’enjeu dépassait largement la menace de déréglementation. Il s’agissait de préserver l’intégrité politique et territoriale de l’Union européenne. Il s’agissait de notre souveraineté face à des puissances étrangères suprémacistes. En s’aplatissant devant Trump, l’Europe entre dans la tempête.
15 décembre 2025
À la veille du vote final de validation par le Parlement européen du premier paquet législatif « Omnibus » inaugurant la grande dérégulation des lois européennes, BLOOM porte plainte pour conflit d’intérêts contre le rapporteur du texte, l’eurodéputé suédois Jörgen Warborn, et dénonce sa compromission avec des puissances étrangères ainsi que sa trahison de l’intérêt supérieur de l’Union européenne.
15 décembre 2025
Alors que le Parlement européen s’apprête à adopter mardi 16 décembre la directive « Omnibus I », qui torpille le devoir de vigilance, BLOOM porte plainte auprès du Comité consultatif sur la conduite des députés du Parlement européen contre le rapporteur du texte, Jörgen Warborn, pour conflits d’intérêts, compromission avec des puissances étrangères et trahison des intérêts supérieurs de l’Union européenne.
Notre enquête met en lumière de multiples violations du code de conduite du Parlement européen et révèle que M. Warborn a été le véhicule de la campagne d’ingérence menée par les États-Unis contre l’Union européenne, ce dernier ayant œuvré en tant que rapporteur à une alliance inédite entre la droite et l’extrême droite, conformément à la stratégie de la « Competitiveness Roundtable », qui rassemble des multinationales américaines unies par le désir de torpiller la législation européenne sur le devoir de vigilance.
09 décembre 2025
La date du 9 décembre 2025 est entrée dans l’Histoire.
Dans la nuit du 8 au 9 décembre 2025, les institutions européennes ont accepté, pour la première fois depuis la fin de la seconde guerre mondiale, une législation – en l’occurrence l’Omnibus I, une loi de régression qui ouvre une longue série d’Omnibus de démolition du Green Deal – pensée puis votée par une alliance inédite entre la droite et l’extrême droite.
Le 9 décembre 2025 sera aussi retenu comme la date qui marque le début de la dissolution de la droite dans les partis extrêmes, le moment où la droite européenne, menée par l’Allemand Manfred Weber pour le Parlement européen et Friedrich Merz pour le gouvernement allemand, ne se distingue plus de l’extrême droite et, pensant, comme Franz Von Papen en 1932, que la droite pouvait civiliser le diable en s’associant avec lui, accélère la descente aux enfers de l’Union européenne.