12 janvier 2026
Tandis que démarre cette semaine la démolition hautement symbolique de la criée de Dunkerque, victime des choix successifs du gouvernement français de favoriser les lobbies industriels au détriment de la pêche artisanale, BLOOM révèle un document exclusif sur le choix des autorités de confisquer une fois de plus les quotas de pêche au profit de la pêche industrielle.
Alors que le quota national de maquereau est en baisse de 70% à cause de la surpêche, BLOOM dénonce le choix de l’organisation de producteurs « FROM Nord », chargée d’allouer les quotas entre navires de pêche pour les zones allant du Golfe de Gascogne jusqu’à la Mer de Barents, d’attribuer 50% du quota national de maquereau à deux navires-usines, alors que plus d’un millier de pêcheurs artisans sont empêchés de pêcher en plein cœur de leur saison. Cette décision, prise dans une opacité persistante, illustre la domination des intérêts de la pêche industrielle et la reconduction d’un modèle socialement et écologiquement destructeur. La répartition des quotas de maquereau pour les deux premiers mois de l’année 2026 donne le ton pour la suite des allocations.
Sans rupture immédiate de ce parti-pris en faveur du gigantisme industriel, la nouvelle ministre de la Mer et de la Pêche, Catherine Chabaud, aura reconduit la politique par défaut du gouvernement depuis des décennies : un abandon catégorique de la pêche artisanale et un renoncement à enrayer la destruction inexorable de l’océan.
BLOOM appelle la ministre Catherine Chabaud à mettre en œuvre ses déclarations en faveur de la pêche artisanale et à ne plus attribuer un seul kilo de maquereau aux navires-usines dans l’arrêté définitif attendu dans les prochaines semaines et à mettre en place une nouvelle clef de répartition pour favoriser la pêche durable. C’est l’avenir de la pêche française, de l’emploi littoral et d’un commun surexploité qui se joue.
La situation du maquereau est si critique que les ministres européens de la pêche ont provisoirement acté une réduction de 70 % des captures autorisées pour l’année 2026, au moins pour le premier semestre. Malgré l’urgence écologique, la France continue pourtant de soutenir la surexploitation industrielle de cette espèce. En France, 1300 navires pêchent le maquereau mais tous n’ont pas le même impact écologique et intérêt socio-économique : entre le ligneur de moins de 12 mètres qui capture quelques dizaines de kilos par jour et les navires-usines de plus de 80 mètres capables d’aspirer 150 000 kilos de poissons par jour, il y a un monde. Choisir une répartition de quotas, c’est faire un choix de vie ou de mort économique ; comme d’habitude malheureusement, le gouvernement choisit de sacrifier les petits pêcheurs.
Dans ce contexte d’effondrement, un arrêté provisoire publié le 29 décembre attribue 272 tonnes de maquereau pour les deux premiers mois de l’année, avant l’arrêté définitif attendu dans quelques semaines. Malgré la responsabilité écrasante des navires-usines dans la surpêche, la clef de répartition reste la même avec 60% du quota attribué à l’organisation de producteurs FROM Nord. BLOOM s’est procuré un document interne du FROM Nord, qui devrait être public et transparent puisqu’il concerne une ressource commune, qui atteste de la répartition indécente du quota de maquereaux : deux navires-usines captent à eux seuls la moitié du quota national, alors que cette espèce représente jusqu’à 50% du chiffre d’affaires des pêcheurs artisans. Parmi les 153 adhérents du FROM Nord, seuls 22 navires pourront pêcher du maquereau ces deux premiers mois de l’année : 18 chalutiers et senneurs ont le droit de capturer en prises accessoires 100 kg par semaine, deux autres navires obtiennent quatre tonnes par mois et enfin deux navires-usines congélateurs se taillent la part du lion à hauteur de 4% de leur capture. Si les volumes de ces navires n’est pas clairement indiqué dans le document du FROM Nord, BLOOM a calculé que cela correspond à environ 40 tonnes par semaine, soit 400 fois plus que les volumes octroyés aux 18 chalutiers et senneurs.
Les deux navires-usines de 81 et 88 mètres, le Scombrus et le Prins Bernhard, sont immatriculés en France mais ils appartiennent à Cornelis Vrolijk, l’une des cinq multinationales « Big Five » néerlandaises qui dominent la pêche industrielle européenne. « Attribuer la moitié des quotas à deux navires-usines revient à organiser en toute connaissance de cause la disparition de la pêche artisanale. C’est mettre en concurrence déloyale deux ogres qui représentent quelques dizaines d’emplois face à 1300 bateaux et des milliers de marins. », analyse Laetitia Bisiaux, co-responsable de la campagne sur la pêche industrielle. Leur poisson est débarqué aux Pays-Bas dans les entrepôts de Cornelis Vrolijk, et 100% des captures sont destinées à l’export, principalement pour l’Afrique et l’Asie. Ces navires-usines ne participent donc pas à la souveraineté alimentaire de la France, et ne font pas vivre les territoires.
L’injustice sociale et écologique n’est pas une fatalité : elle résulte uniquement d’un choix politique et d’un système qui privilégie la concentration, la financiarisation et l’extractivisme au détriment de l’intérêt général. Les navires-usines traitent le poisson comme une ressource à extraire toujours plus vite, toujours plus loin. Ce modèle climaticide et destructeur d’emplois est incompatible avec la survie des écosystèmes marins. La détresse sociale et la non-performance économique et écologique du secteur de la pêche mettent en péril l’emploi, le climat, la biodiversité et la souveraineté alimentaire de la France. Ce que le politique a détruit ne peut être réparé que par lui.
Il est donc non seulement possible mais indispensable de changer de cap. La France peut décider d’attribuer les quotas de poissons à la pêche artisanale qui affiche une performance infiniment supérieure à la pêche industrielle sur tous les aspects.
Les lobbies industriels ont fait leur choix : leurs profits contre l’intérêt général. Le problème que nous avons collectivement est que les responsables politiques leur obéissent. Le droit européen offre un levier puissant pour rétablir la justice sociale dans la pêche : l’article 17 de la Politique commune des pêches préconise une répartition des quotas en fonction de l’impact environnemental et socio-économique des navires. « Un navire-usine crée dix fois moins d’emplois qu’un navire de petite pêche par tonne débarquée. Appliquer l’article 17 reviendrait donc à retirer les quotas aux navires-usines. Sans quotas, ces navires-usines ne peuvent pas exister. Ils dépendent entièrement d’un accès privilégié à un bien commun qu’ils épuisent. », conclut Laetitia Bisiaux.
La répartition des quotas n’est pas encore finalisée. La ministre de la Mer Catherine Chabaud est face à un choix : continuer de privilégier deux navires-usines ou les priver de quotas pour sauver les petites entreprises. Ne pas agir, c’est organiser la disparition de centaines de pêcheurs. BLOOM appelle le gouvernement à mettre enfin un terme à l’accaparement des quotas, à appliquer le droit européen et à mettre fin à la prédation de ces machines industrielles de destruction.
14 décembre 2025
Les intérêts privés continuent d’écraser la science et l’intérêt général. C’est la conclusion des négociations sur les quotas de pêche qui se sont achevées à Bruxelles dans la nuit du vendredi 12 au samedi 13 décembre, et ont une fois de plus sacrifié les écosystèmes et les petits pêcheurs au profit des flottes industrielles les moins durables écologiquement et socialement, et les moins performantes économiquement.
10 décembre 2025
Un an après un premier échange de quotas entre la France et la Pologne qui avait permis au plus grand navire-usine du monde de dévaster les eaux européennes, BLOOM révèle aujourd’hui que le gouvernement Bayrou a récidivé en 2025 dans le plus grand secret. BLOOM s’est rendue à IJmuiden aux Pays-Bas, pour documenter l’arrivée de l’Annelies Ilena en Europe et dénoncer sa présence dans nos eaux. Alors que les négociations sur les quotas de pêche entre les Etats membres auront lieu les 11 et 12 décembre, BLOOM demande à la nouvelle ministre Catherine Chabaud de ne plus procéder à de nouveaux échanges en faveur des navires-usines et de faire respecter les avis scientifiques afin de réduire la pression de pêche.
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Pour enrayer l’effondrement des populations de maquereaux en Atlantique Nord-Est, la communauté scientifique recommande une baisse de 70% des quotas pour 2026, ainsi que des baisses importantes sur d’autres espèces. BLOOM appelle l’État à réallouer la ressource vers les pêcheurs artisans et à mettre fin au modèle destructeur des navires-usines.