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10 décembre 2025

La France permet le retour du plus grand chalutier du monde dans les eaux européennes

Un an après un premier échange de quotas entre la France et la Pologne qui avait permis au plus grand navire-usine du monde de dévaster les eaux européennes, BLOOM révèle aujourd’hui que le gouvernement Bayrou a récidivé en 2025 dans le plus grand secret. BLOOM s’est rendue à IJmuiden aux Pays-Bas, pour documenter l’arrivée de l’Annelies Ilena  en Europe et dénoncer sa présence dans nos eaux. Alors que les négociations sur les quotas de pêche entre les Etats membres auront lieu les 11 et 12 décembre, BLOOM demande à la nouvelle ministre Catherine Chabaud de ne plus procéder à de nouveaux échanges en faveur des navires-usines et de faire respecter les avis scientifiques afin de réduire la pression de pêche.

Après avoir dévasté pendant des mois les écosystèmes du Chili et du Pérou, l’Annelies Ilena est de retour en Europe. Symbole du gigantisme industriel, ce navire-usine polonais, long comme deux Boeing 747, capture 45 millions de kilos d’animaux marins chaque année, avant de les transformer en produits industriels, comme le surimi et la farine de poisson. L’Annelies Ilena peut pêcher en une seule journée 400 000 kilos de poisson, l’équivalent des captures d’un pêcheur artisan dans toute sa carrière.

La présence de ce navire de l’enfer dans les eaux européennes n’est pas une fatalité, mais le fruit d’un accord passé en toute discrétion entre la France et la Pologne.

Lorsqu’il est en pêche dans les eaux du nord de l’Europe, l’Annelies Ilena traque le merlan bleu, une espèce pélagique à la base de la chaîne alimentaire de nombreuses espèces marines, et victime de surpêche. Enregistré en Pologne, le navire-usine ne devrait pas pouvoir pêcher cette espèce, car l’Union européenne n’octroie aucun quota de pêche de merlan bleu à la Pologne. L’Annelies Ilena est en fait la propriété de Parlevliet & van der Plas (P&P) et Alda Seafood, deux des “Big Five” néerlandais, les cinq multinationales qui dominent le secteur de la pêche en Europe.  

Devant la puissance de ces deux acteurs, certains pays n’hésitent pas à faire toutes les compromissions et à détruire par des deals inédits, l’avenir de leur pêche artisanale et des populations marines. C’est ce que fait la France depuis 2024. Ainsi, deux anciens ministres, Fabrice Loher et Agnès Pannier-Runacher, ont accepté, dans l’opacité la plus totale, d’octroyer plusieurs dizaines de milliers de tonnes de quotas de merlan bleu français à l’Annelies Ilena : 37 000 tonnes en 2024, et 26 000 tonnes en 2025.

Malgré le scandale déclenché par nos révélations en 2024, la ministre de la Mer Agnès Pannier-Runacher a procédé en 2025 à deux nouveaux échanges très controversés. Un premier échange a eu lieu le 11 mars, octroyant 15 000 tonnes de merlan bleu à l’Annelies Ilena avant même la publication de l’arrêté de répartition des sous-quotas pour distribuer la ressource auprès des pêcheurs français. Un second échange de 11 000 tonnes a eu lieu le 18 septembre, alors que le gouvernement Bayrou était démissionnaire depuis plus d’une semaine, et que la ministre n’était plus censée gérer que les affaires courantes.

Officiellement, cette transaction n’est pas un don, mais un échange avec la Pologne, qui permettrait à la France de récupérer des quotas de pêche sur d’autres espèces. Mais au cours de notre enquête, nous avons épluché les documents officiels de la Commission européenne, et avons constaté que la France est loin de recevoir autant qu’elle ne donne. Pour 26 000 tonnes de merlan bleu échangées en 2025, elle n’a reçu que 1 250 tonnes de cabillaud arctique en quotas polonais.

En choisissant de réaliser un échange au profit d’industriels, la France sacrifie les intérêts des pêcheurs artisans, aux pratiques pourtant bien plus vertueuses d’un point de vue social et écologique. Là encore, rien n’est dû au hasard dans cette stratégie du pire. C’est le fruit de choix politiques allant dans le sens d’une confiscation du monde sauvage par une poignée d’intérêts privés qui agissent dans l’ombre. Le gouvernement pourrait en effet choisir de réaliser des échanges équilibrés pour obtenir des quotas qui profiteraient à la pêche artisanale.  

Plus largement, les pêcheurs dénoncent un système de quotas de pêche verrouillé par les intérêts industriels qui en captent la majeure partie, dérogeant totalement à l’article 17 de la politique commune de la pêche, qui recommande aux États membres de l’UE d’appliquer la distribution des quotas selon des critères environnementaux et sociaux. 

Les 11 et 12 décembre prochain, auront lieu au niveau européen les négociations annuelles portant sur les quotas et leurs répartitions à chaque pays membre. BLOOM demande que la fixation des quotas de pêche soit conforme aux avis scientifiques qui demandent une diminution de capture de 41% sur le merlan bleu, de 70% sur le maquereau et de 30% sur le hareng afin de régénérer les espèces.

BLOOM demande également à la France de ne plus échanger un seul quota au profit des navires responsables des pires destructions marines, en premier lieu pour l’Annelies Ilena. L’ensemble des quotas français doit être redistribué vers les pratiques de pêche qui ont le meilleur impact environnemental et social, comme l’exige l’article 17 de la politique commune de la pêche.

Quand les lobbies de la pêche industrielle pactisent avec les élus, c’est l’intérêt général et notre démocratie qui sont menacés.

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