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17 octobre 2025

Maquereau en péril : les navires-usines doivent être exclus des quotas

Pour enrayer l’effondrement des populations de maquereaux en Atlantique Nord-Est, la communauté scientifique recommande une baisse de 70% des quotas pour 2026, ainsi que des baisses importantes sur d’autres espèces. BLOOM appelle l’État à réallouer la ressource vers les pêcheurs artisans et à mettre fin au modèle destructeur des navires-usines.

Les dernières évaluations du Conseil international pour l’exploration de la mer (CIEM) dressent un constat alarmant : à cause de la surpêche, les populations de maquereaux, de merlans bleus, et de harengs sont en chute libre pour la zone Atlantique Nord-Est et mer Arctique. Pour l’année 2026, les scientifiques recommandent pour ces espèces en danger des réductions drastiques des captures : –70 % pour le maquereau1https://ices-library.figshare.com/articles/report/Mackerel_i_Scomber_scombrus_i_in_subareas_1-8_and_14_and_in_divisions_9_a_12_a_and_12_b_Northeast_Atlantic_and_adjacent_waters_/27202689?file=58481278, -41 % pour le merlan bleu2https://ices-library.figshare.com/articles/report/Blue_whiting_i_Micromesistius_poutassou_i_in_subareas_1_9_12_and_14_Northeast_Atlantic_and_adjacent_waters_/27202938?file=58390219et -30% pour le hareng3https://ices-library.figshare.com/articles/report/Herring_i_Clupea_harengus_i_in_Subarea_4_and_divisions_3_a_and_7_d_autumn_spawners_North_Sea_Skagerrak_and_Kattegat_eastern_English_Channel_/27202626?backTo=%2Fcollections%2FICES_Advice_2025%2F7488219&file=58689352. La situation est critique, car ces espèces dites “fourrages” sont à la base de la chaîne alimentaire : indispensables à la bonne santé des écosystèmes, leur surpêche déstabilise toute la chaine trophique.

Une crise écologique et politique

Sous l’effet du changement climatique, certaines espèces comme le maquereau migrent plus au Nord, en remontant vers les Îles Féroé, l’Islande et la Norvège. Alors que ces pays réclament de plus en plus de quotas en raison des volumes croissants près de leurs côtes, l’Union Européenne conserve sa clé de répartition historique, sans qu’aucun accord international ne soit trouvé. Résultat, les quotas dépassent largement les recommandations scientifiques, et entrainent une surexploitation du stock.

Pendant des années, les multiples alertes des scientifiques concernant l’état du stock de maquereau4https://www.lesechos.fr/industrie-services/conso-distribution/peche-menace-sur-le-maquereau-europeen-961948 ont été ignorées afin de préserver les quotas de pêche des grands armateurs industriels, qui ont investi massivement pour accroître leur effort de pêche.  En 2020, le Scombrus était ainsi baptisé en grande pompe à Concarneau, sous haute sécurité, pendant que des pêcheurs artisans manifestaient pour dénoncer une fuite en avant5https://www.francebleu.fr/infos/agriculture-peche/colere-des-pecheurs-artisans-apres-le-bapteme-du-chalutier-le-scombrus-a-concarneau-1601046836.

Une répartition des quotas injuste et destructrice

La politique d’attribution des quotas de maquereau a mis en lumière un aveuglement manifeste des pouvoirs publics concernant la nécessité de soutenir la pêche côtière et d’engager la transition sociale et écologique du secteur. En dépit de l’opacité qui entoure la répartition des quotas, nous avons pu estimer que les deux navires-usines de l’armement France Pélagique, le Scombrus et le Prins Bernhard captent 90% du quota6Pour obtenir ce chiffre, nous avons pris le volume de maquereaux débarqués en criée de Boulogne par les navires français : 3 164 tonnes. Nous avons fait l’hypothèse que les navires adhérents de la CME et du FROM Nord (hormis les navires-usines Scombrus et Prins Bernhard qui débarquent à IJmuiden dans les entrepôts de Cornelis Vrolijk) ne débarquent pas en criée de Boulogne-sur-Mer. D’après l’arrêté de répartition des quotas en 2024 après échanges avec les États membres, la CME et le FROM Nord disposent de 12 765 tonnes toutes zones confondues (https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000050475064). Ainsi 9601 tonnes de maquereaux ne sont pas débarquées en France. Cette part représente 88% du volume de maquereau attribué au FROM Nord. Si le chiffre se révélait inexact à cause de l’opacité de la répartition des quotas, il reviendrait à la DGAMPA de nous fournir les données exactes afin que nous procédions à leur rectification. de maquereau alloué à l’Organisation de producteurs (OP) FROM Nord en 2024, qui reçoit elle-même 60% du quota national.

Au total, on estime que ces navires auraient disposé de plus de 9 000 tonnes de quotas en 2024. Or, ces navires géants, dont la prédation s’étend dans l’océan mondial, ne font pas vivre les territoires : ils ne débarquent pas en criée en France, mais à IJmuiden, aux Pays-Bas, dans les entrepôts de la multinationale Cornelis Vrolijk, l’un des Big Five7https://bloomassociation.org/big-five-peche-industrielle/ qui détient l’armement France Pélagique. Par ailleurs, en venant chaque hiver exploiter les eaux de la Manche jusque dans la bande côtière des 12 milles nautiques, ces navires industriels opèrent une concurrence déloyale avec les navires côtiers français, qui dépendent de ces écosystèmes pour perpétuer leur activité, et qui se retrouvent ainsi spectateurs impuissants de ce pillage légal.

La France doit choisir : défendre les méga-chalutiers ou les pêcheurs artisans ?

La recommandation du Conseil international pour l’exploration de la mer (CIEM) d’une baisse de 70 % des captures de maquereaux en 2026 ne peut être appliquée à tous les pêcheurs, sans distinction. Dans le cas contraire, les pêcheurs côtiers qui font vivre les ports français seraient les premiers à disparaître, pendant que les grands armements industriels, responsables de la surexploitation, continueraient à prélever des volumes gigantesques.

Les pêcheurs côtiers n’ont pas la capacité d’étendre leurs zones de pêche pour faire face aux diminutions de quotas, ils sont dépendants des espèces accessibles proches du littoral. Ces pêcheurs, aux techniques de pêche socialement et économiquement plus vertueuses, doivent être prioritaires pour l’attribution des quotas, conformément à l’article 17 de la Politique commune des pêches, qui ejoint déjà les États à allouer les quotas en fonction de la performance sociale et environnementale des flotilles. En réallouant les quotas des méga chalutiers aux pêcheurs côtiers, même avec une diminution, ce sont des centaines de navires qui pourraient recevoir quelques tonnes afin d’assurer la viabilité économique de leurs entreprises. Un ligneur dépendant du maquereau à hauteur de 50% de son chiffre d’affaires n’a besoin que de 10 à 15 tonnes de quotas à l’année, alors que ces deux navires bénéficient de 9 000 tonnes.

Il n’y a pas de fatalité au système actuel. Des mesures courageuses peuvent et doivent être prises pour permettre aux populations de poissons de se régénérer afin de garantir un avenir aux pêcheurs artisans.

Il serait profondément injuste que les petits pêcheurs paient le prix d’une mauvaise gestion de la ressource dont ils ne sont pas responsables.

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