Association Bloom

Contre la destruction de l'océan, du climat et des pêcheurs artisans

Une ONG 100% efficace

Vous mobiliser Faire un don

14 décembre 2025

Quotas de pêche : les ministres se suivent, les lobbies restent, la destruction de l’océan s’accélère

Les intérêts privés continuent d’écraser la science et l’intérêt général. C’est la conclusion des négociations sur les quotas de pêche qui se sont achevées à Bruxelles dans la nuit du vendredi 12 au samedi 13 décembre, et ont une fois de plus sacrifié les écosystèmes et les petits pêcheurs au profit des flottes industrielles les moins durables écologiquement et socialement, et les moins performantes économiquement.

L’arrivée de Mme Catherine Chabaud au ministère de la Mer n’aura pas suffi à briser l’emprise des lobbies industriels sur le destin du plus grand bien commun de l’humanité : l’océan. En Méditerranée, comme dans le Golfe de Gascogne, la surpêche se poursuit malgré l’urgence écologique.

Le cas du maquereau est emblématique : alors que l’espèce est au bord de l’effondrement, aucune décision claire n’a été prise, tant la pression des intérêts économiques prime sur l’alerte scientifique. Dans ce système verrouillé, les lobbies continuent à influencer les négociations en toute impunité. Derrière des portes closes, dans l’opacité la plus totale, ils dictent l’agenda politique et neutralisent toute intention de réforme. Cette capture de la décision publique est au cœur du problème.

BLOOM, qui pour la première fois, a pu constater en personne la séquestration de la décision publique par la connivence entre lobbies et politiques, appelle à rompre avec ces pratiques : la transparence et l’inclusivité de l’ensemble des acteurs (ONG, scientifiques et petits pêcheurs) doivent devenir les règles fondamentales et incontournables de la gouvernance du bien commun que sont les ressources marines. Enfin, l’article 17 de la Politique commune de la pêche, garantissant l’allocation des quotas en priorité aux pratiques réellement vertueuses, sur les plans écologique et social, doit être appliqué.

Comme chaque année, les ministres de la pêche de l’UE se sont retrouvés à Bruxelles au Conseil AgriFish pour les traditionnelles négociations sur les quotas de poissons qui pourraient être capturés par leurs flottes pour l’année à venir.

La nouveauté, cette année, dans ce rituel bien rodé, était la présence de BLOOM à l’hôtel Thon situé à proximité du Conseil de l’UE, où un ballet de ministres a lieu nuit et jour pour informer les lobbies de la pêche et prendre leurs consignes avant de retourner dans la salle de négociations. L’équipe de BLOOM était présente dans cet épicentre du lobbying pour documenter et observer les coulisses de ces négociations déterminantes pour la santé des écosystèmes européens.

À la différence de ses prédécesseurs, la nouvelle ministre de la Mer et de la Pêche Catherine Chabaud incarnait l’espoir d’une réelle défense des avis scientifiques pour une gestion durable des populations de poissons. Notre attente citoyenne était qu’elle ne fasse aucune concession face à la surpêche. Mme Chabaud était connue pour ses positions favorables à la protection de l’océan et des petits pêcheurs lorsqu’elle était députée européenne. 

Mais cet espoir a été en partie douché.

La surpêche se poursuivra en 2026 : razzia sur le bar atlantique, désastre en Méditerranée

Si les avis scientifiques ont été respectés pour plusieurs espèces comme l’anchois et le lieu, la ministre n’a pas empêché que la santé des eaux du Golfe de Gascogne et de Méditerranée soit une nouvelle fois sacrifiée face aux injonctions des lobbies. La France, aux côtés de l’Espagne et de l’Italie, a formé une coalition pour s’opposer à la position plus exigeante de la Commission européenne.

Dans le Golfe de Gascogne, la sole et le lieu jaune continueront à être victimes de la surpêche en 2026 : les totaux admissibles de captures accordés par les États membres ne respectent pas les recommandations scientifiques : une baisse de seulement 9% pour la sole au lieu d’une baisse de 28% recommandée par les chercheurs et -13% pour le lieu jaune au lieu de -26% recommandés. Le bar, dont les captures ont été relevées de 48%, s’apprête à être la prochaine cible des chaluts et sennes de fonds : leurs prises maximum seront multipliées par près de trois selon un communiqué de presse du CNPMEM ! La razzia est annoncée.

En Méditerranée, la ministre n’a pas pris acte de l’état de surexploitation catastrophique des populations de poissons. Selon les dernières évaluations de stocks, moins de 1% des captures provenait de populations en bonne santé. La France, l’Italie et l’Espagne se sont liguées  pour freiner toute réduction ambitieuse de l’effort de pêche en Méditerranée en obtenant un statu quo : il n’y aura aucune diminution de l’effort de pêche en 2026, contrairement aux recommandations de la Commission qui demandait même à certains endroits l’arrêt des chaluts jumeaux. Le CNPMEM dans son communiqué de presse se félicite que cette mesure « injuste » n’ait pas été retenue. La science est bafouée, les lobbies exultent.

Finalement, pour le maquereau, dont les populations s’effondrent tragiquement, aucun accord définitif n’a été convenu à ce stade. En effet, depuis 2010, les États échouent à respecter les avis scientifiques. Les négociations stériles où chaque pays, dont la Norvège, campe sur ses positions aboutissent depuis 15 ans à des quotas qui dépassent les recommandations. En 2019, les écarts ont atteint leur apogée avec des quotas dépassant de 180% les avis scientifiques. Même si l’Union européenne ne reçoit qu’une petite partie des quotas, tous les États ont leur part de responsabilité dans cette gestion désastreuse de la ressource.

Cette année, les scientifiques recommandaient une réduction de 70% du quota de maquereau. Faute d’accord entre les États côtiers, le Conseil s’est accordé à appliquer cette diminution de 70%, mais à titre provisoire, uniquement pour les six premiers mois, au lieu de l’ensemble de l’année 2026. Le problème n’est donc pas résolu mais simplement repoussé : rien ne garantit qu’au second semestre 2026, des quotas supplémentaires ne seront pas accordés, au risque d’annuler les bénéfices de cette réduction.

Notre déception est à la hauteur des espoirs que nous avions mis en Catherine Chabaud. Si même les ministres supposément les plus attaché·es à l’océan changent leur discours à partir du moment où ils ou elles arrivent au poste de ministre de la pêche, cela démontre que la gouvernance du secteur doit être entièrement repensée : le système est verrouillé et fait sur mesure pour servir les intérêts des lobbies”, analyse Laetitia Bisiaux, responsable de la campagne pêche industrielle.

La connivence avant la transparence : une ministre prisonnière des lobbies

Comment expliquer que Madame Chabaud n’ait pu obtenir la protection et la restauration des écosystèmes marins ?

Si les négociations se sont tenues dans l’opacité instituée par les règles du Conseil de l’UE, les coulisses auront ont été tout aussi obscures pour la société civile française. Alors que l’Espagne a jugé légitime de réunir, en un lieu ouvert, représentants du secteur et ONG pour les informer des avancées des négociations, la ministre française a cédé aux lobbies français qui ont exclu les ONG et notamment BLOOM, des briefings et points d’étape réguliers faits à propos des négociations. Seuls les industriels du secteur ont eu droit, à deux reprises, à des réunions de debriefing par Madame Chabaud en personne, dans une salle privatisée à l’hôtel Thon. L’équipe de BLOOM, présente sur place, s’est vu refuser l’accès à ces réunions traitant de l’exploitation d’une ressource publique : les poissons.

La mer n’appartient à personne et à tout le monde à la fois. Dans ce contexte, il n’est pas tolérable qu’une poignée de représentants du secteur souffle à l’oreille de la ministre entre deux sessions de négociations pour faire valoir leurs intérêts privés. Le ministère devrait être le garant de l’intérêt général. A ce titre, il devrait tenir le cap du respect inconditionnel des avis scientifiques, seule façon de tendre vers une pêche durable” considérait Léna Fréjaville, responsable de campagne sur la Transition des pêches de BLOOM.

BLOOM : un caillou dans la chaussure des lobbies et des politiques

Par sa présence, BLOOM a dérangé les lobbies et rappelé au ministère qu’il était anormal et inacceptable que l’avenir de l’océan se décide à l’abri du regard des citoyens. Il a fallu plusieurs interpellations de la part des ONG pour obtenir, après 30 heures de négociations, un appel téléphonique d’une dizaine de minutes avec la ministre, qui n’a fait que partager des informations déjà sorties dans la presse. Ces quelques minutes par téléphone avec les représentants désintéressés des citoyens sont à mettre en regard des rencontres en présentiel tenues à plusieurs reprises avec les représentants du secteur.

Rappelons que les principales flottes industrielles « françaises » sont en majorité possédées par des multinationales néerlandaises qui ont accaparé les quotas. Nous sommes très loin de la défense du secteur de la pêche française.

Prochaine étape : une application de l’article 17 de la PCP pour la répartition des quotas au sein des organisations de producteurs (OP)

La ministre Catherine Chabaud doit désormais imposer que :

  • L’article 17 de la Politique commune des pêches soit strictement mis en œuvre pour allouer en priorité les quotas aux pêcheurs artisans utilisant des méthodes sélectives à l’intérieur des OP.
  • Le quota de maquereau soit donné aux pêcheurs artisans. Il n’est plus acceptable que les deux navires-usines Scombrus et Prins Bernhard, sous capitaux néerlandais, accaparent la moitié du quota français de maquereau.

BLOOM appelle Madame Chabaud à rester fidèle à ses engagements et aux valeurs qu’elle défendait jusqu’ici en tant que députée européenne. La ministre de la Mer doit montrer qu’elle sait tenir la barre de l’intérêt général dans un contexte de délitement sans précédent des acquis démocratiques à Bruxelles et d’effondrement de la stabilité de l’environnement et du climat, alors que la 7ème limite planétaire, l’acidification de l’océan, vient d’être franchie, ce qui commence déjà à ébranler dangereusement l’intégrité écologique des écosystèmes marins.

Nous comptons sur Mme Chabaud pour transformer la gouvernance du secteur et tenir à distance les lobbies de la pêche industrielle qui sont la première cause de la destruction de l’océan.

Contenus
associés

10 décembre 2025

La France permet le retour du plus grand chalutier du monde dans les eaux européennes

La France permet le retour du plus grand chalutier du monde dans les eaux européennes

Un an après un premier échange de quotas entre la France et la Pologne qui avait permis au plus grand navire-usine du monde de dévaster les eaux européennes, BLOOM révèle aujourd’hui que le gouvernement Bayrou a récidivé en 2025 dans le plus grand secret. BLOOM s’est rendue à IJmuiden aux Pays-Bas, pour documenter l’arrivée de l’Annelies Ilena  en Europe et dénoncer sa présence dans nos eaux. Alors que les négociations sur les quotas de pêche entre les Etats membres auront lieu les 11 et 12 décembre, BLOOM demande à la nouvelle ministre Catherine Chabaud de ne plus procéder à de nouveaux échanges en faveur des navires-usines et de faire respecter les avis scientifiques afin de réduire la pression de pêche.

17 octobre 2025

Maquereau en péril : les navires-usines doivent être exclus des quotas

Maquereau en péril : les navires-usines doivent être exclus des quotas

Pour enrayer l’effondrement des populations de maquereaux en Atlantique Nord-Est, la communauté scientifique recommande une baisse de 70% des quotas pour 2026, ainsi que des baisses importantes sur d’autres espèces. BLOOM appelle l’État à réallouer la ressource vers les pêcheurs artisans et à mettre fin au modèle destructeur des navires-usines.

28 juin 2025

Le conseil régional de Bretagne trahit une nouvelle fois les pêcheurs artisans et abat ses cartes pour défendre la pêche industrielle

Le conseil régional de Bretagne trahit une nouvelle fois les pêcheurs artisans et abat ses cartes pour défendre la pêche industrielle

Ce vendredi 27 juin, au conseil régional de Bretagne, les élu.es écologistes défendaient un vœu pour l’interdiction des navires industriels de plus de 25 mètres dans la bande côtière des 12 milles nautiques, ces espaces marins clefs soumis à la pêche intensive des méga-chalutiers et à leurs effets dévastateurs sur la biodiversité et les emplois. Ce vœu intervient quelques jours après l’adoption de la même mesure au conseil régional de Normandie. Mais comme à son habitude, la majorité de Loïg Chesnais Girard, Président du conseil régional de Bretagne, et en particulier son vice-président à la mer, Daniel Cueff, un élu auto-proclamé « écologiste » qui a trahi sa propre liste et provoqué l’ire citoyenne en rejoignant le groupe socialiste majoritaire, ont montré jusqu’où ils étaient prêts à aller pour défendre les intérêts des armements industriels : ils ont rejeté le vœu qui aurait permis de mettre à l’abri d’une concurrence déloyale 97% des unités de pêche française qui font moins de 25 mètres et se voient piller les ressources par 3% des navires faisant plus de 25 mètres. Loïg Chesnais-Girard et Daniel Cueff, suivis par les élu.es de la majorité, n’ont pas seulement trahi les pêcheurs français, ils en ont profité pour franchir une nouvelle étape dans leur chasse aux sorcières contre les élu.es écologistes : Daniel Cueff a attaqué ad-hominem, de façon insultante et diffamatoire, l’élue écologiste Claire Desmares, accusée de « nuire » à la Bretagne. Le trumpisme breton a trouvé son incarnation, faisant des dégâts considérables sur le débat public et la qualité de la vie politique régionale.

Vous aussi, agissez pour l'Océan !

Faire un don
Réservation en ligne
Je réserve un hôtel solidaire

Je réserve un hôtel solidaire

Achat solidaire
Je fais un achat solidaire

Je fais un achat solidaire

Mobilisation
Je défends les combats de BLOOM

Je défends les combats de BLOOM

Contre-pouvoir citoyen
J’alerte les décideurs

J’alerte les décideurs