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01 juin 2026

Comment Petit Navire tente de mettre le mercure sous le tapis

Un an et demi après les révélations de BLOOM et Foodwatch France sur la contamination généralisée du thon au mercure, et plutôt que d’agir pour protéger la santé publique, les industriels de la pêche s’emploient à regagner la confiance de consommateurs qui s’étaient légitimement détournés de leurs boîtes préférées. Petit Navire, en tête de cette offensive, fait fi des recommandations des agences sanitaires sur ce dangereux métal neurotoxique et multiplie les initiatives de communication mensongères, alternant une opération de « transparence » inédite et une campagne publicitaire de grande ampleur. Son seul argument ? Le thon vendu respecte le seuil réglementaire de mercure.

Comble de l’ironie, Petit Navire cible désormais les sportifs et les adeptes d’une alimentation saine à travers une vaste campagne de communication vantant les qualités nutritionnelles du thon, tout en passant soigneusement sous silence les risques toxicologiques associés à sa consommation.

Ces efforts pour restaurer son image masquent mal l’opacité organisée de cette opération et révèlent la priorité donnée par la marque à la préservation de ses ventes, quitte à continuer d’exposer durablement les consommateurs au mercure.

Une tentative éhontée de détourner l’attention du vrai scandale

Le 24 mars 2026, Petit Navire annonçait en grande pompe le lancement de son opération « Faites le test ». Encore ébranlée par les révélations de BLOOM et Foodwatch France en octobre 2024 sur la contamination généralisée des boîtes de thon au mercure, la marque a ainsi souhaité frapper les esprits en proposant une opération sans précédent : permettre à 1000 consommateurs de thon Petit Navire de faire tester leurs boîtes, et en connaître la teneur en mercure. Les participants avaient jusqu’au 5 mai 2026 pour participer. 

À première vue, cette opération aurait pu sembler vertueuse, dans la mesure où elle sensibilisait les consommateurs à cet enjeu de santé publique majeur. (Voir « BLOOM rétablit la vérité sur la FAQ de Petit Navire »)

Bien au contraire. Loin d’être préoccupée par la santé de ses consommateurs, l’enseigne Petit Navire a cherché ici à relativiser la gravité de la présence de mercure dans le thon, décrédibiliser le fruit de notre enquête, et conserver le statu quo réglementaire lui permettant de poursuivre ses ventes sans entraves. 

Des propos mensongers et trompeurs… non assumés ?

Pour promouvoir son opération de transparence sur son site internet, Petit Navire avait publié une interview d’un nutritionniste, Arnaud Cocaul, accompagnée d’une FAQ, toutes deux parsemées d’allégations trompeuses et de mensonges.  

Si la page a depuis été retirée du site de Petit Navire, vraisemblablement en raison du manque de discernement scientifique de son contenu, BLOOM se propose d’apporter un meilleur éclairage dans un dossier dédié. (Voir « BLOOM rétablit la vérité sur la FAQ de Petit Navire ») 

Le plus gros mensonge véhiculé par la marque ? Que les normes nous protègent. 

C’est l’argument massue que Petit Navire n’a cessé de brandir dans ses communications et qui apparait toujours sur la page du Syndicat Français Des Conserveries de Poissons dont fait partie Petit Navire : 

« Cette réglementation exigeante, basée sur des critères scientifiques de doses maximales journalières admissibles et de seuils définis par les experts de l’agence européenne de sécurité sanitaire (EFSA, European Food Safety Authority), a pour objectif de protéger la santé des consommateurs français et européens.» 

Cette affirmation est mensongère. C’est bien tout l’objet de nos alertes depuis près de deux ans. Les normes n’ont pas été fixées sur la base de critères sanitaires établis par l’agence sanitaire européenne. Ce sont les États membres et la Commission européenne qui ont fixé ces normes sur la base de critères économiques au sein d’un comité opaque (Voir notre actualité BLOOM découvre l’origine des scandales sanitaires). 

Rien ne garantit donc au consommateur que le risque est écarté si la réglementation est respectée. 

Seconde aberration scientifique : par le biais de la parole du médecin nutritionniste, la marque s’est rabattue sur l’argument phare martelé depuis des décennies par l’industrie : « le poisson est riche en oméga-3 », tout en évitant de préciser que le thon est l’un des poissons qui en contient le moins  

Le thon en boîte contient par exemple près de 10 fois moins d’oméga-3 que la sardine et d’autres petits poissons (voir le portail Ciqual de l’Anses). Si le thon n’est pas un aliment central dans nos apports en oméga-3, il constitue cependant l’une de nos principales sources d’exposition au mercure. 

Une campagne publicitaire déconnectée des enjeux sanitaires et environnementaux

En parallèle de cette opération d’esbroufe, Petit Navire poursuit intensément sa campagne publicitaire pour séduire les consommateurs, notamment sur les réseaux sociaux. La marque poursuit une double stratégie : plaire au plus grand nombre à coup de cadeaux reluisants d’une part, et développer une nouvelle clientèle auprès des sportifs cherchant à adopter un régime sain et équilibré d’autre part. 

Jeux concours, nouveaux produits, recettes en tous genres, mise en avant des avantages nutritionnels : tous les moyens sont bons pour racheter son public. Inspirée par le ticket d’or de Charlie et la Chocolaterie, la marque est même allée jusqu’à cacher un bon d’achat pour un voyage d’une valeur de 10 000 euros dans ses produits. 

Poursuivant sur sa lancée mensongère, la marque utilise l’argument de l’apport protéique du thon pour s’associer indirectement à un régime sain et durable. À rebours de toute considération écologique qui impliquerait plutôt la nécessité de végétaliser nos assiettes pour lutter contre l’effondrement de la biodiversité, Petit Navire propose de substituer le thon aux pois chiches en comparant leurs apports protéiques respectifs ! Tout comme l’a fait Intermarché cet hiver avec sa publicité du Loup de Noël, végétarien mais mangeant du poisson, Petit Navire contribue ici à associer le poisson aux aliments clés d’un régime végétarien et durable, alors que la marque appartient au plus grand groupe industriel thonier mondial, qui est l’un des principaux contributeurs au déclin des populations de thon et de l’écosystème pélagique marin à l’échelle globale. (Voir notre rapport « La boîte noire du thon »)

Face à cette tromperie de grande ampleur, BLOOM demande à Petit Navire : 

  • L’arrêt immédiat de toute communication rassurante s’appuyant sur les normes sanitaires en vigueur, et la publication d’une communication visant à rétablir la vérité auprès de ses consommateurs vis-à-vis de la construction de la norme ; 
  • L’abaissement de la limite maximale de mercure dans les thons commercialisés par Petit Navire à 0,3 mg de mercure par kilogramme (la norme la plus stricte existant aujourd’hui à l’échelle européenne) ; 
  • L’ajout systématique d’une phrase préventive à destination des consommateurs dans ses communications « le thon est contaminé au mercure, un puissant neurotoxique dangereux pour la santé ». 

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