Association Bloom

Contre la destruction de l'océan, du climat et des pêcheurs artisans

Une ONG 100% efficace

Vous mobiliser Faire un don

27 février 2026

Victoire pour la santé : l’Anses redouble de précaution sur la contamination au mercure

En octobre 2024, BLOOM et Foodwatch France alertaient sur les risques posés par la consommation de thon contenant du mercure, un métal neurotoxique classé par l’Organisation Mondiale de la Santé (1) (OMS) comme l’une des dix substances les plus préoccupantes pour la santé publique. Depuis notre signal d’alarme, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a revu son appréciation du risque de contamination au mercure (2): la Dose Hebdomadaire Tolérable (DHT) de la substance a été divisée par deux depuis la dernière publication Anses sur le sujet, établissant dorénavant à près de 890 000 le nombre d’enfants exposés à des risques graves pour leur santé. Au total, ce sont un enfant sur quinze et un adulte sur vingt qui dépassent la DHT. Cette mise à jour constitue une victoire d’étape pour notre campagne et rappelle au gouvernement et à la grande distribution l’inacceptabilité de leur inaction.   

Une division par deux de la Dose Hebdomadaire Tolérable pour le mercure

Ce jeudi 12 février 2026, l’Anses publiait une nouvelle étude nationale (EAT3, 2026) utilisant les connaissances scientifiques les plus récentes pour évaluer le risque que pose le mercure pour les Français·ses. Dans cette étude, elle évalue notamment la part de la population qui est exposée au mercure au-delà de ce qui est sûr pour la santé. Pour cela, l’Anses utilise une Dose Hebdomadaire Tolérable (DHT) – seuil à partir duquel l’ingestion régulière de mercure est nocive pour la santé. La nouveauté est que l’Anses a utilisé une DHT deux fois plus protectrice que lors de ses précédentes études ! Concrètement, cela signifie que l’Anses considère que la dose de mercure à partir de laquelle on s’expose à un risque est désormais deux fois plus faible. Une véritable victoire d’étape pour BLOOM, qui dénonçait déjà, en octobre 2024, une influence au long cours des industriels du thon sur l’évaluation du risque sanitaire posé par l’ingestion de mercure.  

Une meilleure estimation de l’exposition de la population française

Ce changement de Dose Hebdomadaire Tolérable (DHT) modifie significativement l‘évaluation de la contamination de la population au mercure. Ce sont aujourd’hui 890 000 enfants (7,3%) et près de 1 975 000 d’adultes (4%), contre 133 000 (1,11%) et 395 000 (0,84%) estimés dans EAT2, qui sont susceptibles de s’exposer à de graves effets sur leur santé1L’ingestion de mercure est associée à de nombreux effets sanitaires : le risque cardiaque (Yaginuma-Sakurai et al., 2010), les effets sanitaires sur les systèmes immunitaire, reproductif et rénal (Yang et al., 2020), l’augmentation du risque de baisse de QI (Jacobson et al., 2015) et altération des performances psychomotrices (Carta et al., 2003).. 

L’Anses conclut que “les expositions […] au méthylmercure restent trop élevées pour tout ou partie de la population” en rappelant que cette substance “provoque des troubles comportementaux ou des retards de développement chez les enfants exposés in utero ou après la naissance, même en l’absence de signe de toxicité chez la mère.” (EAT3, 2026). 

Un outil imparfait qui nécessite une approche précautionneuse

Il est d’autant plus important de choisir la DHT la plus protectrice possible que la méthodologie pour fixer cette valeur s’appuie sur une science en construction et chargée d’incertitudes. Le concept de DHT se fonde sur le suivi d’un seul effet sanitaire -l’altération des capacités neurologiques dans le cas du mercure- , alors qu’il existe une diversité d’effets délétères liés son ingestion, potentiellement amplifiés par la présence d’autres polluants via l’effet cocktail2Le mercure se trouve rarement seul dans les aliments et sa combinaison avec d’autres contaminants tels que le plomb ou le cadmium, pourrait avoir des conséquences graves et difficiles à évaluer sur la santé. Les effets de deux polluants peuvent ne pas seulement s’additionner mais le multiplier : c’est ce que l’on appelle l’ “effet cocktail”. (Schubert, 1978) . Plus encore, les facteurs d’incertitudes utilisés dans le calcul de la DHT sont choisis de manière arbitraires, faisant varier du simple au double des calculs de DHT pourtant fondées sur les mêmes études scientifiques !  

L’urgence à agir pour protéger la santé de la population

Sur l’exemple de l’Anses qui a su reconsidérer la gravité du risque de contamination au mercure et faire passer sa DHT de 1,6 à 0,7 microgramme par kilogramme de poids corporel par semaine, nous invitons l’agence sanitaire européenne à réviser sa propre DHT qui s’élève toujours à 1,3 µg/kg pc/semaine (EFSA 2012).  

Ce nouveau rapport de l’Anses reconfirme ce que BLOOM et Foodwatch France ont démontré l’an dernier : les consommateurs s’intoxiquent en mercure exclusivement via leur consommation de poisson, et en particulier via les poissons prédateurs tel que le thon, espèce la plus consommée en France et en Europe. 

“ Il est inadmissible que les consommateurs, et en particulier les enfants, s’exposent à de tels risques en consommant du thon. La Commission européenne doit tenir compte de ces évolutions de la DHT et réviser les normes qui encadrent la vente de thon contaminé au mercure.” explique Camille Schuster, chargée de campagne Mercure au sein de l’association BLOOM.  


 Pour aller plus loin :

Tableau récapitulatif des données clés : Évolution de la Dose Hebdomadaire Tolérable (DHT) pour le mercure entre les deux études de l’Anses EAT2 (2011) et EAT3 (2026) et du nombre de personnes considérées comme étant à risque 

 

Études de l’Anses  EAT2, 2011  EAT 3, 2026 
Dose hebdomadaire tolérable (DHT) du mercure  1,6 microgramme par kilogramme de poids corporel  0,7 microgramme par kilogramme de poids corporel 
Source de la DHT utilisée par l’Anses  (JECFA, 2007)  Agences sanitaires états-uniennes (EPA, 2001) puis réévalué  

(ATSDR, 2024 

% // nombre d’enfants (3-17ans) dépassant la DHT  1,11% // 133 000 

(estimé, données INSEE 2011) 

7,3% // 890 000 (estimé, données INSEE 2022) 
% // nombre d’adultes (18-69 ans) dépassant la DHT  0,84% // 395 000 

(estimé, données INSEE 2011) 

4% // 1 975 000 (estimé, données INSEE 2022) 

 


Notes

(1) OMS

(2)  Par souci de simplification nous parlons de « mercure » en général ici, mais il s’agit plus précisément de méthylmercure, la forme sous laquelle on retrouve en grande majorité le mercure dans les produits de la mer.

Contenus
associés

12 février 2026

Un enfant sur quinze contaminé au mercure : l’État doit agir

Un enfant sur quinze contaminé au mercure : l’État doit agir

Jeudi 12 février 2026, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) publiait un avis alarmant (1) : un enfant sur quinze dépasse les seuils de sûreté sanitaire en mercure (2) en raison de sa consommation de poisson. Les impacts sur la santé impliquent notamment des troubles du comportement ou des retards de développement cérébral (3). Alors que le gouvernement refuse d’agir depuis les alertes de BLOOM et Foodwatch fin 2024 sur la contamination au mercure du thon en boîte, l’Anses réaffirme aujourd’hui que l’exposition des Français au mercure est un enjeu de santé publique majeur. Ces conclusions rappellent le gouvernement à sa mission : celle de faire de la protection des citoyens une priorité. À la lumière des résultats de l’Anses et des révélations de l’enquête de BLOOM (4), les associations BLOOM, Foodwatch, et l’adjoint au maire de Mouans-Sartoux Gilles Pérole, demandent aujourd’hui à l’État d’abaisser la limite maximale de mercure autorisé dans le thon au seuil le plus protecteur qui existe actuellement pour d’autres poissons, c’est-à-dire 0,3 mg/kg.

24 novembre 2025

Poisson contaminé au mercure : le ministère de l’Agriculture pourrait freiner l’adoption de normes plus strictes en Europe

Poisson contaminé au mercure : le ministère de l’Agriculture pourrait freiner l’adoption de normes plus strictes en Europe

Demain, le 25 novembre 2025, un an après la publication de notre enquête « Du poison dans le poisson » (1) qui dévoilait le simulacre de normes sanitaires concernant la large contamination du thon au mercure, le groupe de travail européen (WG Envicont) du très opaque ‘SCoPAFF’ (Comité permanent des Plantes, des Animaux, de l’Alimentation humaine et Animale), satellite de la Commission européenne qui élabore les normes pour les denrées alimentaires avec les États membres, se réunira pour rouvrir le dossier des limites maximales de mercure dans le thon. BLOOM s’est procuré des documents confidentiels révélant la position de plusieurs États membres sur ce dossier. Si certains d’entre eux, dont l’Italie, l’Allemagne, le Luxembourg et la Norvège, semblent se positionner en faveur d’une meilleure protection de la santé des citoyens européens, le ministère de l’Agriculture français garde confidentielles les informations concernant la position de la France à ces réunions. Il avait, par ailleurs, historiquement refusé d’abaisser la limite maximale française au seuil le plus bas existant pour les produits de la mer, à savoir 0,3 milligramme de mercure par kilo de poisson. À l’heure où les scandales sanitaires liés au ministère de l’Agriculture se multiplient (2), BLOOM demande à la ministre Annie Genevard de rendre publique la position de la France à ces réunions européennes, et de soutenir une norme qui protège réellement la santé des consommateurs.

29 août 2025

Exposition au mercure : huit mairies retirent le thon des cantines

Exposition au mercure : huit mairies retirent le thon des cantines

Dans les pas de la mobilisation des ONG BLOOM, Foodwatch et Banlieues Climat dénonçant le simulacre des normes sanitaires concernant la contamination du thon au mercure, huit mairies s’engagent à protéger ce qui devrait l’être en priorité : la santé des enfants. Dans un communiqué de presse collectif, les villes de Bègles, Grenoble, Lille, Lyon, Montpellier, Mouans-Sartoux, Paris et Rennes annoncent le retrait du thon des cantines scolaires jusqu’à ce que la norme sanitaire soit suffisamment protectrice de la santé humaine. Les communes enjoignent le gouvernement et les parlementaires français à réviser la limite maximale de mercure autorisée dans le thon, en l’alignant sur le seuil le plus protecteur existant pour le poisson. Cette action est d’autant plus importante que cet été, le leader français Petit Navire a entrepris une vaste campagne de publicité, sans appliquer un seuil de mercure plus protecteur de la santé humaine dans ses produits.

Vous aussi, agissez pour l'Océan !

Faire un don
Réservation en ligne
Je réserve un hôtel solidaire

Je réserve un hôtel solidaire

Achat solidaire
Je fais un achat solidaire

Je fais un achat solidaire

Mobilisation
Je défends les combats de BLOOM

Je défends les combats de BLOOM

Contre-pouvoir citoyen
J’alerte les décideurs

J’alerte les décideurs