Association Bloom

Contre la destruction de l'océan, du climat et des pêcheurs artisans

Une ONG 100% efficace

Vous mobiliser Faire un don

12 février 2026

Un enfant sur quinze contaminé au mercure : l’État doit agir

Jeudi 12 février 2026, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) publiait un avis alarmant (1) : un enfant sur quinze dépasse les seuils de sûreté sanitaire en mercure (2) en raison de sa consommation de poisson. Les impacts sur la santé impliquent notamment des troubles du comportement ou des retards de développement cérébral (3). Alors que le gouvernement refuse d’agir depuis les alertes de BLOOM et Foodwatch fin 2024 sur la contamination au mercure du thon en boîte, l’Anses réaffirme aujourd’hui que l’exposition des Français au mercure est un enjeu de santé publique majeur. Ces conclusions rappellent le gouvernement à sa mission : celle de faire de la protection des citoyens une priorité. À la lumière des résultats de l’Anses et des révélations de l’enquête de BLOOM (4), les associations BLOOM, Foodwatch, et l’adjoint au maire de Mouans-Sartoux Gilles Pérole, demandent aujourd’hui à l’État d’abaisser la limite maximale de mercure autorisé dans le thon au seuil le plus protecteur qui existe actuellement pour d’autres poissons, c’est-à-dire 0,3 mg/kg.

Ce matin, l’Anses a publié le tome 1 de sa dernière Étude de l’alimentation totale française (EAT3), une étude nationale dont l’objectif est d’évaluer les risques sanitaires liés à l’exposition chronique de la population française à des substances chimiques, notamment le mercure. Ses conclusions confirment l’urgence d’agir pour protéger la population française des impacts nocifs de la contamination au mercure, comme l’ont demandé BLOOM et Foodwatch dans une campagne lancée en octobre 2024 et soutenue depuis par Banlieues Climat et une trentaine de mairies en France. Les résultats du rapport de l’Anses confirment l’incohérence des politiques de santé publique françaises et l’immobilisme inacceptable du gouvernement sur le sujet : celui-ci refuse d’abaisser la limite maximale, c’est-à-dire le seuil régulant la quantité de mercure autorisée dans les produits à base de thon commercialisés sur le marché européen.

L’Anses reconnaît la gravité du risque de contamination : elle divise par deux la Dose Hebdomadaire Tolérable (DHT)

Bonne nouvelle : l’Anses a fait évoluer sa position sur le mercure au regard des dernières études scientifiques et en tenant compte de la gravité de cette contamination. Pour son étude EAT3, elle a ainsi utilisé une dose hebdomadaire tolérable – aussi appelée DHT ou VTR en toxicologie -, deux fois plus protectrice pour établir ses analyses (5). En d’autres termes, l’Anses considère que la dose à partir de laquelle on s’expose à un risque est désormais deux fois plus faible. 

Une exposition inacceptable de la population, et en particulier des enfants

Les résultats d’EAT3 sont sans appel : 7% des enfants et 4% des adultes dépassent la dose hebdomadaire tolérable en mercure. Autrement dit, plus d’un enfant sur quinze et près d’un adulte sur vingt sont contaminés au mercure au-delà des seuils de sûreté et leur santé est probablement impactée.

Ces résultats sont particulièrement alarmants concernant les enfants et les foetus qui sont les plus à risque, car le méthylmercure s’attaque à leur développement cérébral. L’Anses rappelle ainsi que ce neurotoxique “provoque des troubles comportementaux ou des retards de développement chez les enfants exposés in utero ou après la naissance, même en l’absence de signe de toxicité chez la mère.”

Elle conclut : “les expositions […] au méthylmercure restent trop élevées pour tout ou partie de la population”.

Le besoin urgent d’abaisser les teneurs de mercure dans le thon

Cette exposition pourrait aisément être largement diminuée. L’Anses explique que la quasi-totalité de notre exposition au mercure est due à notre consommation de poisson, et particulièrement le thon et les autres poissons prédateurs (espadon, saumonette, julienne etc.). Le thon étant le poisson le plus consommé en France (6), il est urgent que les limites maximales réglementaires soient revues pour protéger efficacement notre santé. En attendant, la réduction de notre consommation de thon est le levier le plus efficace pour se protéger de la contamination au mercure.

À rebours de toute précaution, le gouvernement a refusé jusqu’ici de faire évoluer la norme sanitaire encadrant la teneur en mercure dans le thon afin de mieux protéger la population. Celle-ci a en effet été fixée selon des considérations économiques et ne tient absolument pas compte des risques sanitaires sur lesquels l’Anses alerte aujourd’hui. En décembre 2024 le ministère de l’Agriculture expliquait ainsi que cette limite, couplée aux recommandations de consommation nationales concernant le poisson (7), suffisaient à protéger la population. Force est de constater que cette politique est inefficace, car des milliers d’enfants dépassent aujourd’hui les seuils de sûreté sanitaire.

« Le gouvernement ne peut plus nier la gravité de l’exposition des Français au mercure. Il a les moyens d’agir pour protéger la population efficacement : abaisser la limite maximale pour le thon au seuil le plus protecteur qui existe actuellement pour d’autres espèces de poissons, à savoir 0,3 mg/kg. Il y a urgence à agir. » Camille Schuster, chargée de campagne mercure chez BLOOM.

« Le gouvernement ne peut pas laisser aux consommateurs la responsabilité de devenir un expert des contaminants pour protéger leur santé et celle de leurs enfants. Il serait inacceptable qu’aucune action ne soit prise pour limiter la contamination de la population à la suite de ces résultats. La protection de la santé des consommateurs n’est pas un choix mais une responsabilité qui incombe à l’État et aux entreprises. » Camille Dorioz, Directeur des campagnes chez Foodwatch France.

« Cette étude confirme la nécessité d’une politique publique de protection des enfants et donc l’arrêt de la dérogation du seuil de 1 mg de mercure pour le thon. En attendant, j’encourage tous les maires de France à retirer le thon des menus scolaires, seule solution pour protéger les enfants rapidement.« , Gilles Pérole, adjoint au maire de Mouans-Sartoux.

NOTES DE BAS DE PAGE

(1) https://www.anses.fr/system/files/ERCA2019-SA-0010-RA-2.pdf

(2) Par souci de simplification nous parlons de « mercure » en général ici, mais il s’agit plus précisément de méthylmercure, la forme sous laquelle on retrouve en grande majorité le mercure dans les produits de la mer.

(3) Augmentation du risque de baisse de QI (Jacobson et al., 2015), et altération des performances psychomotrices (Carta et al., 2003)

(4) https://bloomassociation.org/wp-content/uploads/2024/12/rapport-Mercure-FR.pdf

(5) En effet, dans son rapport, l’Anses utilise la DHT de l’agence sanitaire des États-Unis (ATSDR) à 0,7 µg/kg pc/semaine alors qu’elle se référait jusqu’ici à la DHT de l’Agence européenne de la santé des aliments (EFSA), 1,3 µg/kg pc/semaine.

(6) à hauteur de 4,7 kilos par an et par personne selon FranceAgriMer 2025.

(7)  à savoir deux portions de poisson par semaine, dont un poisson gras, selon le PNNS 4.

Contenus
associés

24 novembre 2025

Poisson contaminé au mercure : le ministère de l’Agriculture pourrait freiner l’adoption de normes plus strictes en Europe

Poisson contaminé au mercure : le ministère de l’Agriculture pourrait freiner l’adoption de normes plus strictes en Europe

Demain, le 25 novembre 2025, un an après la publication de notre enquête « Du poison dans le poisson » (1) qui dévoilait le simulacre de normes sanitaires concernant la large contamination du thon au mercure, le groupe de travail européen (WG Envicont) du très opaque ‘SCoPAFF’ (Comité permanent des Plantes, des Animaux, de l’Alimentation humaine et Animale), satellite de la Commission européenne qui élabore les normes pour les denrées alimentaires avec les États membres, se réunira pour rouvrir le dossier des limites maximales de mercure dans le thon. BLOOM s’est procuré des documents confidentiels révélant la position de plusieurs États membres sur ce dossier. Si certains d’entre eux, dont l’Italie, l’Allemagne, le Luxembourg et la Norvège, semblent se positionner en faveur d’une meilleure protection de la santé des citoyens européens, le ministère de l’Agriculture français garde confidentielles les informations concernant la position de la France à ces réunions. Il avait, par ailleurs, historiquement refusé d’abaisser la limite maximale française au seuil le plus bas existant pour les produits de la mer, à savoir 0,3 milligramme de mercure par kilo de poisson. À l’heure où les scandales sanitaires liés au ministère de l’Agriculture se multiplient (2), BLOOM demande à la ministre Annie Genevard de rendre publique la position de la France à ces réunions européennes, et de soutenir une norme qui protège réellement la santé des consommateurs.

29 août 2025

Exposition au mercure : huit mairies retirent le thon des cantines

Exposition au mercure : huit mairies retirent le thon des cantines

Dans les pas de la mobilisation des ONG BLOOM, Foodwatch et Banlieues Climat dénonçant le simulacre des normes sanitaires concernant la contamination du thon au mercure, huit mairies s’engagent à protéger ce qui devrait l’être en priorité : la santé des enfants. Dans un communiqué de presse collectif, les villes de Bègles, Grenoble, Lille, Lyon, Montpellier, Mouans-Sartoux, Paris et Rennes annoncent le retrait du thon des cantines scolaires jusqu’à ce que la norme sanitaire soit suffisamment protectrice de la santé humaine. Les communes enjoignent le gouvernement et les parlementaires français à réviser la limite maximale de mercure autorisée dans le thon, en l’alignant sur le seuil le plus protecteur existant pour le poisson. Cette action est d’autant plus importante que cet été, le leader français Petit Navire a entrepris une vaste campagne de publicité, sans appliquer un seuil de mercure plus protecteur de la santé humaine dans ses produits.

29 octobre 2024

Contamination au mercure : BLOOM révèle un scandale de santé publique d’une ampleur inédite

Contamination au mercure : BLOOM révèle un scandale de santé publique d’une ampleur inédite

Du mercure dans chaque boîte de thon : c’est la découverte alarmante qu’a faite BLOOM en analysant près de 150 conserves prélevées dans cinq pays européens. Considéré par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) comme l’une des dix substances chimiques les plus préoccupantes pour la santé publique mondiale, au même titre que l’amiante ou l’arsenic, ce neurotoxique présente des risques graves pour l’organisme humain (1).

Vous aussi, agissez pour l'Océan !

Faire un don
Réservation en ligne
Je réserve un hôtel solidaire

Je réserve un hôtel solidaire

Achat solidaire
Je fais un achat solidaire

Je fais un achat solidaire

Mobilisation
Je défends les combats de BLOOM

Je défends les combats de BLOOM

Contre-pouvoir citoyen
J’alerte les décideurs

J’alerte les décideurs