Association Bloom

Contre la destruction de l'océan, du climat et des pêcheurs artisans

Une ONG 100% efficace

Vous mobiliser Faire un don

17 avril 2026

Le Jury de Déontologie Publicitaire valide la stratégie de matraquage émotionnel d’Intermarché

Si Monsanto fabrique un joli conte de Noël en dessin animé pour vanter la « nourriture saine » alors qu’il empoisonne les écosystèmes et les humains avec ses produits écocides, le jury de déontologie publicitaire (JDP) n’y trouvera rien à redire. C’est en somme ce que dit l’avis qu’il vient de rendre sur la plainte que BLOOM avait déposée contre le clip de Noël au succès planétaire d’Intermarché, décrit comme celui du « loup végétarien ».

En décembre 2025, la plainte de BLOOM contre la publicité du loup « mal aimé » visait à lever le voile sur les pratiques réelles d’Intermarché et à questionner tant la cohérence de son discours publicitaire que la stratégie de markéting émotionnel consistant à construire une image de sa marque dans l’imaginaire collectif masquant ses vraies responsabilités en matière de mauvaise alimentation. En substance une seule question se posait : en tant qu’acteur majeur du secteur de la grande distribution – dont le système économique repose sur la valorisation par le prix des produits ultra-transformés – Intermarché peut-elle légitimement se prévaloir d’être actrice du « mieux manger », sans avoir à mettre en cohérence ses pratiques avec son discours ?

En écartant cette question dans son avis rendu le 16 avril 2026 rejetant les arguments de BLOOM, le JDP a montré les limites du cadre déontologique de l’autorégulation (les professionnels de la publicité « s’auto-régulent » de fait) et a manqué une occasion de traiter en responsabilité un enjeu central de santé publique.

Les mensonges cyniques de la grande distribution reconnus par les aveux des dirigeants d’Intermarché

Le 23 décembre 2025, BLOOM saisissait d’une plainte le Jury de déontologie publicitaire (« JDP ») car le conte publicitaire d’Intermarché, en dépit de qualités de fabrication certaines, soulevait des questions de fond. L’accueil chaleureux réservé par le public à cette publicité qui ne disait pas son nom est la preuve que la stratégie détournée de la marque pour redorer son blason et masquer ses pratiques sordides (pêche destructrice, promotion de la malbouffe, politique commerciale pénalisant les produits frais, marges indécentes sur les produits bio etc.) a fonctionné au-delà de toute espérance.

Peu de temps après notre plainte, le mercredi 14 janvier, le président du groupement Mousquetaires qui possède Intermarché, M. Thierry Cotillard, était auditionné par la Commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale. Les questions des parlementaires ont forcé le président des Mousquetaires à reconnaître que les pratiques de ses supermarchés étaient à l’opposé de ce que la « belle histoire de Noël » faisait croire.

Pour les citoyens, le mensonge. Pour les institutions, la vérité. Et la vérité d’Intermarché, c’est que ses publicités, et notamment celle du « loup mal aimé » sont un outil de communication cynique. 

Des critiques interrogeant les fondements du système de la grande distribution et le modèle de la « péréquation des marges »

En tant qu’ONG, BLOOM agit en qualité de vigie et se mobilise pour questionner l’acceptabilité sociale, politique, économique et/ou environnementale de situations, de pratiques ou de systèmes organisés, car l’habitude est souvent un piège : elle installe une normalité qui conduit à confondre l’habituel avec l’acceptable.  

La publicité vise, par nature, à détourner nos systèmes d’alerte pour rendre familière une marque, un produit, une pratique en créant autour d’elle un « capital de sympathie » (1). Cette réalité bien connue a légitimement conduit à son encadrement légal (2) et en parallèle à une « autorégulation » déontologique du secteur sous la supervision de l’autorité de régulation professionnelle de la publicité (« ARPP »).

Ces règles ont précisément été instaurées pour protéger les consommateurs face à des pratiques publicitaires trompeuses susceptibles de les induire, directement ou indirectement, en erreur. 

Or contrairement à ce qui a pu être soutenu, les principaux manquements invoqués ne se limitaient pas aux plans de poissons mais concernaient les règles issues de la « Recommandation développement durable » (RDD) selon laquelle le développement durable consiste à concilier trois piliers : environnemental, social/sociétal (dont la santé publique) et économique. Cette RDD doit s’appliquer à toute publicité utilisant « un argument faisant référence au développement durable ; un argument écologique, en renvoyant ou non au concept du développement durable ; un argument social, sociétal ou économique présenté comme lié au développement durable« .

Il a été constaté qu’Intermarché dans sa publicité du loup se plaçait sur le terrain d’une promotion du mieux manger via la valorisation d’une alimentation « (pesco)-végétarienne ». Cette publicité a ainsi souvent été perçue et décrite comme celle du « loup végétarien » (3). Or, le régime végétarien renvoie à un double impératif mélioratif : respect du vivant et réduction de l’impact environnemental de notre alimentation. Il répond par ailleurs à un enjeu de santé publique en permettant de revaloriser la place des fruits et légumes dans notre alimentation.

Cette démarche ne peut donc a priori qu’être saluée. Elle devient pourtant problématique de la part d’un acteur qui communique sous le prisme de la santé publique afin d’augmenter son  »capital sympathie » dès lors qu’elle s’apparente à du « healthwashing« . Ce qui apparait être le cas lorsque que ce même acteur revendique en parallèle établir ses marges au détriment de notre santé sous prétexte que « nous vivons dans un monde de péréquation [des marges] » (4). Dans ce monde, les règles suivies en disent long sur les priorités : il s’agit d’attirer les consommateurs en renonçant aux marges sur les produits les plus nocifs (5)  qualifiés de « produits d’appel » (les produits de marque connus par les consommateurs) et récupérer ces pertes en sur-margeant sur les produits sains (les produits frais, type fruits et légumes). Ces méthodes sont largement documentées (6), critiquées et actuellement questionnées dans le cadre d’une commission d’enquête devant le Sénat portant sur les marges de la grande distribution.

Intermarché en tant qu’acteur central de la grande distribution assume donc pleinement appliquer ces règles. Monsieur Cotillard s’en tient pour s’expliquer à l’état de « guerre [entre distributeurs] sur les grandes marques » (7). En d’autres termes, la fin justifie les moyens, surtout lorsque c’est aux consommateurs d’en payer le prix.

Or, la RDD prévoit que « La publicité ne doit pas induire le public en erreur sur la réalité des actions de l’annonceur » (Point 2) et que « Le message publicitaire doit exprimer avec justesse l’action de l’annonceur » (Point 3).

Dans cette perspective, se pose bien la question de la conformité de la publicité du Loup avec les points 2 et 3 de la RDD. En synthèse : la promotion du « mieux manger » par Intermarché n’induit-elle pas en erreur le consommateur sur « la réalité des actions » de l’enseigne ; peut-elle exprimer « avec justesse » ses actions pour le « mieux-manger » ? 

Un avis de rejet actant des limites de l’autorégulation du secteur publicitaire et du cadre déontologique

Si le JDP a rejeté la plainte de BLOOM, il n’a en revanche nullement répondu à ces questions, estimant que cela ne relevait pas de son champ d’analyse.  Il a en effet considéré que la RDD ne trouvait tout simplement pas à s’appliquer à la publicité en cause. Ce faisant, le JDP a pu écarter les arguments fondés sur cette recommandation sans même les examiner. 

Le JDP a ainsi considéré, refusant d’apprécier la portée indirecte des messages véhiculés par la publicité, qu’Intermarché ne s’appuyait pas sur la valorisation d’un régime alimentaire végétarien/pesco-végétarien auquel est attachée une dimension symbolique forte.

Surtout, il a nié la pertinence d’analyser la publicité soumise à son contrôle pour en questionner ses messages indirects, pourtant systématiquement au cœur des opérations publicitaires !

Par cette prise de position, le JDP a adopté une approche particulièrement restrictive du champ de son contrôle et de sa compétence, alors même qu’il prend régulièrement en considération l’impact des messages indirects et des doubles discours dans la construction des imaginaires collectifs. Le Jury condamne par exemple la représentation d’un véhicule à moteur dans un espace naturel ; la mise en scène d’enfants faisant une bataille d’eau en ce que cette représentation peut conduire à une banalisation du gaspillage d’eau ; la mise en avant de désagréments des transports publics dès lors que cela est de nature à discréditer les incitations des autorités publiques ; etc.

En limitant son appréciation des messages indirects et de leur portée dans la publicité du Loup, le JDP a écarté l’application de la RDD et des règles tenant à l’obligation de véracité et de proportionnalité des messages.

Outre le fait que ces obligations devraient être générales (et pas uniquement s’appliquer en matière de développement durable), cette lecture donne à voir une naïveté feinte du JDP quant à la distinction à opérer entre l’indispensable promotion de l’alimentation saine et son instrumentalisation par les acteurs responsables de sa non-accessibilité. 

Dénoncer cette instrumentalisation, c’est donc aussi attirer l’attention des consommateurs ciblés et rappeler la grande distribution à ses responsabilités : promouvoir le « mieux manger » dans les actes et non seulement dans les publicités.

NOTES

(1) Le concept de capital de sympathie appliqué à une marque ou à une organisation fait généralement référence au fait que les consommateurs ou les clients puissent avoir un penchant naturel ou une prédisposition favorable à l’égard de cette marque ou organisation sous forme d’un véritable sentiment de sympathie.

(2) Par exemple, la loi climat et résilience (2017) a renforcé la lutte contre le « greenwashing » ou « éco-blanchiment » dans les publicités utilisant les termes « neutre en carbone » en obligeant les entreprises à appuyer leurs affirmations d’arguments chiffrés et documentés. Plus récemment, en Angleterre, les publicités pour les produits ultra-transformés ont été encadrées pour en limiter la diffusion.

(3) https://www.leparisien.fr/societe/le-loup-vegetarien-de-la-pub-dintermarche-ne-devrait-pas-manger-de-poisson-une-association-de-defense-des-oceans-depose-une-plainte-24-12-2025-XFKSE7CP5JBQVAIGQ4IJICGBHM.php ; https://www.youtube.com/watch?v=EpOa0fExAzA ; https://www.novethic.fr/environnement/biodiversite/publicite-le-loup-vegetarien-dintermarche-incarne-la-puissance-des-nouveaux-recits

(4) M. Cotillard lors de son audition à l’Assemblée nationale, 14 janvier 2026. Pour un verbatim plus complet : M. Cotillard résumait la question par la formule « des produits sains plus chers » et déclarait : « la stratégie de tous [les acteurs de la grande distribution] c’est d’avoir un très bon prix sur ce que les gens vont pouvoir comparer. Et comme t’as un très bon prix sur ces produits, c’est ce qu’on appelle les « produits psychologiques » eh ben, t’as pas de marge. Et un Intermarché, il faut 20 % de marge [pour fonctionner]. Donc on est dans un monde de péréquation. C’est-à-dire que parce que c’est la guerre sur les grandes marques […] on a malheureusement l’obligation de faire de la marge sur la viande parfois, sur les fruits et légumes […] ». Et de poursuivre en reconnaissant qu’Intermarché avait des « petits pas à faire » en la matière (-10 % sur les fruits et légumes le week-end ; tester « probablement » des devants de caisse « où on va arrêter de mettre que de la confiserie »). Pour conclure « donc on sait qu’on peut faire mieux » (Audition AN, verbatim : 1h55min. > 1h56min49s.)

(5) https://www.lemonde.fr/planete/article/2025/11/19/la-nocivite-des-aliments-ultratransformes-confirmee-dans-the-lancet-par-une-serie-d-etudes-qui-appellent-a-en-detourner-les-consommateurs_6653949_3244.html : « le commerce d’AUT [Aliments Ultra-Transformés] est plus rentable que les autres filières de production alimentaire et que des mesures correctives pourraient être mises en place – par exemple par des mécanismes redistributifs, en faveur des producteurs d’aliments plus sains. (…) les chercheurs explorent les barrages dressés par les industriels pour freiner ou entraver l’action politique, influencer les perceptions du public et des décideurs, voire peser sur la production de connaissance. La diversité des moyens d’action de l’industrie agroalimentaire est considérable », détaille Mélissa Mialon (Inserm), coautrice de la troisième synthèse : « Financement de groupes-écrans, de partis ou de personnalités politiques, soutien massif à des recherches de diversion, lancement d’actions en justice pour s’opposer à des réglementations, intimidation de chercheurs ou de journalistes ou encore marketing qui fait passer [ces industriels] pour des firmes soucieuses de la santé publique, par exemple grâce à la promotion des valeurs liées au sport. »

(6) V. par exemple : Rapport Secours catholique et autres, « L’injuste prix de notre alimentation« , 2024 (accessible en ligne).

(7) M. Cotillard (président du Groupement Mousquetaires incluant l’enseigne Intermarché) lors de son audition à l’Assemblée nationale, 14 janvier 2026. Pour un verbatim plus complet : M. Cotillard résumait la question par la formule « des produits sains plus chers » et déclarait : « la stratégie de tous [les acteurs de la grande distribution] c’est d’avoir un très bon prix sur ce que les gens vont pouvoir comparer. Et comme t’as un très bon prix sur ces produits, c’est ce qu’on appelle les « produits psychologiques » eh ben, t’as pas de marge. Et un Intermarché, il faut 20 % de marge [pour fonctionner]. Donc on est dans un monde de péréquation. C’est-à-dire que parce que c’est la guerre sur les grandes marques […] on a malheureusement l’obligation de faire de la marge sur la viande parfois, sur les fruits et légumes […] ». Et de poursuivre en reconnaissant qu’Intermarché avait des « petits pas à faire » en la matière (-10 % sur les fruits et légumes le week-end ; tester « probablement » des devants de caisse « où on va arrêter de mettre que de la confiserie »). Pour conclure « donc on sait qu’on peut faire mieux » (Audition AN, verbatim : 1h55min. > 1h56min49s.)

Contenus
associés

19 janvier 2026

À l’Assemblée nationale, Intermarché assume sa stratégie du manger pire

À l’Assemblée nationale, Intermarché assume sa stratégie du manger pire

En décembre dernier, Intermarché nous faisait miroiter le « mieux manger » avec sa publicité du « loup mal aimé », dans laquelle le loup renonce à manger des animaux au profit de fruits et légumes, sans toutefois exclure le poisson. Un message vertueux en totale contradiction avec l’offre des produits alimentaires et les orientations stratégiques de l’enseigne. Face à cette publicité mensongère, problématique à bien des égards, et loin d’être la première tentative d’induire les consommateurs en erreur (1), BLOOM décidait de saisir le Jury de déontologie publicitaire (2) de l’Autorité de régulation professionnelle de la publicité. 

29 décembre 2025

Le loup mal aimé d’Intermarché, fact-checking

Le loup mal aimé d’Intermarché, fact-checking

Notre plainte auprès du Jury de déontologie de la publicité contre la publicité d’Intermarché du « loup mal aimé » a fait couler beaucoup d’encre. Beaucoup nous ont remerciés d’avoir rappelé que ce dessin animé, très réussi au demeurant, était bel et bien un objet commercial destiné à nous attacher à la marque Intermarché et à susciter du trafic vers ses magasins pour consommer. D’autres auraient préféré « profiter de la féerie de Noël » sans avoir à se rappeler que oui, malheureusement, le mal est partout venant des immenses puissances de destruction de nos vies et de notre santé que sont les enseignes de la grande distribution.  

Puis subitement, le ton a changé. Les encouragements ou les reproches se sont transformés en un flot d’insultes et de menaces. Cette vague de haine a été déclenchée par une fake news créée de toutes pièces par le « journaliste » Hugo Clément, qui avait manifestement oublié de vérifier ses propos avant de nous accuser « d’encombrer les tribunaux » avec une « procédure judiciaire », alors que notre plainte n’est pas une action en justice mais un signalement devant les organes professionnels de régulation déontologique de la publicité : une procédure gratuite, facile, rapide et ouverte à toutes et tous. C’est sur la base de ce mensonge, extrêmement problématique venant d’un journaliste du service public, et des raids haineux de trolls d’extrême droite que ces assertions ont enflammés, que nous avons jugé important de clarifier les objectifs des stratégies de communication mises en place par Intermarché et la réalité des pratiques sordides de la grande distribution.  

23 décembre 2025

BLOOM porte plainte contre la publicité mensongère d’Intermarché dite du « loup mal aimé »

BLOOM porte plainte contre la publicité mensongère d’Intermarché dite du « loup mal aimé »

Aujourd’hui, BLOOM porte plainte auprès du Jury de déontologie publicitaire (JDP) de l’Autorité de régulation professionnelle de la publicité (ARPP) contre le « conte de Noël » publicitaire d’Intermarché mettant en scène un loup « mal aimé » présenté comme végétarien, mais consommant pourtant du poisson. La publicité alimente une confusion profondément ancrée, bien qu’erronée, entre végétarisme et consommation de poisson, et contribue à la renforcer, en véhiculant un message implicite mais limpide : si vous êtes végétarien·ne, vous pouvez manger du poisson. La publicité normalise cette idée fausse et l’ancre dans l’imaginaire collectif, au bénéfice direct de la promotion de produits issus de la pêche d’Intermarché, puisque l’enseigne possède sa propre flotte de pêche, la Scapêche, qui pratique notamment le chalutage, la méthode de pêche la plus destructrice d’entre toutes, à échelle industrielle.

Par ailleurs, la publicité comporte un message induit mensonger sur l’abondance des poissons, qui est en totale contradiction avec l’état de santé de leurs populations. La publicité banalise en outre la pratique de la pêche tout en minimisant ses impacts environnementaux, or Intermarché ne pratique pas la pêche sélective à la ligne montrée dans le dessin animé mais au contraire le chalutage industriel.

Vous aussi, agissez pour l'Océan !

Faire un don
Réservation en ligne
Je réserve un hôtel solidaire

Je réserve un hôtel solidaire

Achat solidaire
Je fais un achat solidaire

Je fais un achat solidaire

Mobilisation
Je défends les combats de BLOOM

Je défends les combats de BLOOM

Contre-pouvoir citoyen
J’alerte les décideurs

J’alerte les décideurs