19 janvier 2026
En décembre dernier, Intermarché nous faisait miroiter le « mieux manger » avec sa publicité du « loup mal aimé », dans laquelle le loup renonce à manger des animaux au profit de fruits et légumes, sans toutefois exclure le poisson. Un message vertueux en totale contradiction avec l’offre des produits alimentaires et les orientations stratégiques de l’enseigne. Face à cette publicité mensongère, problématique à bien des égards, et loin d’être la première tentative d’induire les consommateurs en erreur (1), BLOOM décidait de saisir le Jury de déontologie publicitaire (2) de l’Autorité de régulation professionnelle de la publicité.
Quelques semaines plus tard, mercredi 14 janvier, Intermarché a avoué. Auditionné par la Commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale, le président du groupement Mousquetaires a reconnu que cette « belle histoire de Noël » n’était rien d’autre qu’un outil de communication cynique. Un vernis marketing destiné à masquer une politique commerciale délétère pour la santé publique. Intermarché décide sciemment de faire des marges infimes sur la malbouffe (produits transformés et ultra-transformés de type Nutella®, le plus souvent trop gras, trop salés, et trop sucrés) pour afficher des prix attractifs, et compense les pertes financières en faisant des marges énormes sur les produits frais, non transformés, gonflant artificiellement leur prix, alors qu’ils sont indispensables à une alimentation saine. Voilà la réalité du manger pire. Le loup est sorti du bois. Et il a montré les crocs.
Depuis des années, Intermarché revendique de lutter « contre la vie chère », un engagement réaffirmé par Thierry Cotillard, président du groupement Mousquetaires, qui a déclaré vouloir « répondre évidemment à la première préoccupation de nos consommateurs, qui nous le rappelle tous les jours, c’est le prix », lors de son audition par la Commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale le 14 janvier. Dans le même temps, Intermarché, l’enseigne la plus importante du groupe dans le secteur alimentaire, fait la promotion du « mieux manger », comme en témoigne sa récente publicité mensongère et malhonnête du loup « mal aimé » qui décide de renoncer à manger des animaux, tout en continuant de pêcher du poisson. La publicité conclut en affichant « nous avons tous une raison de commencer à mieux manger ».
Interrogé par le député écologiste Boris Tavernier sur la proposition de Foodwatch, Familles rurales et le Secours catholique visant à rendre accessible à prix coûtant 100 produits bons pour la santé, le président des Mousquetaires reconnaît nous vendre à vil prix ce que l’enseigne appelle des « produits psychologiques » : des produits de grandes marques, transformés ou ultra-transformés, sous prétexte qu’ils serviraient de repères aux consommateurs pour comparer et choisir leur lieu d’achats.
Alors que les cinq plus grands distributeurs, dont Intermarché, contrôlent 82% du marché de la grande distribution et que plus de 76% des achats alimentaires sont réalisés en grande surface, Thierry Cotillard renvoie cyniquement la responsabilité vers les consommateurs dont les choix alimentaires sont pourtant largement conditionnés par la publicité et les prix des grands distributeurs. Or, toute la stratégie marketing d’Intermarché est précisément orientée vers la promotion de la malbouffe.
En 2025, un collectif d’associations, dont Foodwatch, France Assos Santé et la Fédération françaises des diabétiques, révélait que 64% des offres promotionnelles dans les catalogues d’Intermarché concernaient des produits « à réduire » selon le Plan National Nutrition Santé (PNNS), comme des produits ultra-transformés, les boissons sucrées, la viande rouge ou la charcuterie.
La nocivité des produits ultra-transformés est aujourd’hui scientifiquement avérée. Il y a quelques mois, une quarantaine de chercheurs internationaux alertaient sur les multiples maladies associées à la consommation de ces produits : obésité, diabète, maladies cardiovasculaires, hypertension, maladie de Crohn, maladie rénale, etc. Depuis novembre dernier, en France comme dans le reste de l’Europe, l’obésité a dépassé la sous-nutrition chez les enfants et les adolescents dans le monde. En cause : la surabondance de produits trop gras, trop salés et trop sucrés et l’omniprésence de leur publicité.
Face aux députés, le président d’Intermarché s’est dit « un peu navré », mais le « monde de péréquation » dans lequel nous vivons ne lui permet pas de se « déconnecter des prix qu’ont Carrefour, Leclerc sur ces produits-là », expliquant qu’ « on a malheureusement l’obligation de faire de la marge, donc on le fait sur la viande des fois, sur les fruits et les légumes. »
L’équation du président d’Intermarché est limpide : des marges infimes sur la malbouffe pour rester « compétitif », et des marges exorbitantes sur les produits frais et non transformés, rendus artificiellement chers. Intermarché revendique donc le droit de nuire à notre santé pour préserver sa compétitivité et ses profits. Voilà la réalité du manger pire.
Chez Intermarché, « nous avons tous une raison de commencer à mieux manger », à condition d’en avoir les moyens.
En 2025, Foodwatch a rappelé que les produits les moins chers en supermarché étaient les plus sucrés, notamment les produits à marque distributeur Intermarché. Les petits pois de la marque premier prix d’Intermarché Top Budget, par exemple, contenaient plus de sucre que ceux de sa marque distributeur Saint-Éloi, la gamme juste au-dessus. Malgré les demandes répétées, depuis de nombreuses années, de la part de scientifiques et d’organisations de la société civile, l’enseigne n’a pas revu ses recettes ni rendu les produits de qualité plus accessibles.
Le constat est encore plus accablant pour le bio. En 2019, une étude d’UFC-Que Choisir a révélé des marges brutes en moyenne 75% plus élevées que sur les productions issues de l’agriculture conventionnelle, jusqu’à +150% sur les pommes bio, +83% sur les pommes de terre bio, +110% sur les tomates bio.
En plus de faire des marges exorbitantes sur les produits bio, la Fondation pour la Nature et l’Homme a montré en avril 2025 que la grande distribution n’encourage le plus souvent ni l’accès, ni l’achat des produits biologiques, contribuant activement à la réduction de consommation de produits biologiques dans ses enseignes.
Désarmé face aux parlementaires, le président des Mousquetaires patauge lorsqu’il s’agit de proposer des solutions pour réellement permettre aux consommateurs de mieux manger : « On a des petits pas à faire, on fait 10% de remise sur les fruits et les légumes le week-end pour rendre accessibles les fruits et les légumes qui sont des produits sains, on va tester probablement, si on avance, Gwen tu me le confirmes, des devants de caisses, où on va arrêter de mettre que de la confiserie, donc on sait qu’on peut faire mieux. »
Cette audition a permis de clarifier, si cela était encore nécessaire, l’hypocrisie de ce représentant de la grande distribution.
Avec sa propre flottille de pêche, la Scapêche, Intermarché est aussi un acteur majeur du secteur de la pêche et de la vente de produits de la mer. Les allégations de « pêche responsable » de l’enseigne, dénoncées par BLOOM dès 2012, ont longtemps caché une tout autre réalité. La Scapêche, alors leader de la pêche en eau profonde en Europe, a exploité de nombreux chalutiers pêchant au-delà de 800 mètres, détruisant des écosystèmes marins extrêmement vulnérables. Unanimement reconnu par la communauté scientifique comme une aberration écologique, BLOOM a travaillé d’arrache-pied pendant huit ans pour faire interdire le chalutage profond, contre la croisade des lobbies français de la pêche industrielle, en première ligne desquels Intermarché. En 2014, suite à la publication de la BD de Pénélope Bagieu explorant avec humour toutes les facettes de la pêche profonde et de ses acteurs et à une mobilisation citoyenne d’une ampleur alors sans précédent, la flotte d’Intermarché a accepté de ne plus pêcher au chalut au-delà de 800 mètres de profondeur et de ne plus vendre des produits de la mer issus de cette pêche destructrice. Deux ans plus tard, l’Union européenne a interdit le chalutage profond dans toutes les eaux européennes au-dessus de 800 mètres de profondeur.
Dans sa publicité du « loup mal aimé », Intermarché montre que le loup végétarien pêche du poisson, avec une fragile canne à pêche, et qu’avec la bonne méthode (celle de l’oiseau se situant à ses côtés et son grand bec), il est possible d’en pêcher de grandes quantités en un temps record. Or, Intermarché ne pratique pas la pêche sélective à la ligne, et le poisson vendu dans ses étals est majoritairement issu de la pêche industrielle à fort impact. En effet, la Scapêche exploite encore de nombreux navires aux impacts environnementaux extrêmement délétères, notamment des chalutiers de fond. De plus, un de ses chalutiers, le JEAN-CLAUDE COULON II (46 mètres de longueur) a été identifié comme pêchant au-delà de 800 mètres de profondeurs entre novembre 2021 et octobre 2023, en violation du règlement européen.
Depuis l’interdiction du chalutage en eau profonde, BLOOM continue de se mobiliser pour dénoncer les manquements d’Intermarché et de la grande distribution : pratiques de pêche destructrice, pêche illégale dans des zones protégées, approvisionnement en thon auprès de fournisseurs liés à de graves violations de droits humains tout au long de la chaîne de valeur, commercialisation de conserves de thon contaminé au mercure. Malgré les demandes de BLOOM, de la société civile et des citoyens pour que la grande distribution prenne ses responsabilités et garantisse l’accès à des produits véritablement durables et sains aux consommateurs, Intermarché continue, comme les autres enseignes, de se murer dans son inaction.
(1) https://bloomassociation.org/la-plainte-de-bloom-contre-intermarche/
29 décembre 2025
Notre plainte auprès du Jury de déontologie de la publicité contre la publicité d’Intermarché du « loup mal aimé » a fait couler beaucoup d’encre. Beaucoup nous ont remerciés d’avoir rappelé que ce dessin animé, très réussi au demeurant, était bel et bien un objet commercial destiné à nous attacher à la marque Intermarché et à susciter du trafic vers ses magasins pour consommer. D’autres auraient préféré « profiter de la féerie de Noël » sans avoir à se rappeler que oui, malheureusement, le mal est partout venant des immenses puissances de destruction de nos vies et de notre santé que sont les enseignes de la grande distribution.
Puis subitement, le ton a changé. Les encouragements ou les reproches se sont transformés en un flot d’insultes et de menaces. Cette vague de haine a été déclenchée par une fake news créée de toutes pièces par le « journaliste » Hugo Clément, qui avait manifestement oublié de vérifier ses propos avant de nous accuser « d’encombrer les tribunaux » avec une « procédure judiciaire », alors que notre plainte n’est pas une action en justice mais un signalement devant les organes professionnels de régulation déontologique de la publicité : une procédure gratuite, facile, rapide et ouverte à toutes et tous. C’est sur la base de ce mensonge, extrêmement problématique venant d’un journaliste du service public, et des raids haineux de trolls d’extrême droite que ces assertions ont enflammés, que nous avons jugé important de clarifier les objectifs des stratégies de communication mises en place par Intermarché et la réalité des pratiques sordides de la grande distribution.
23 décembre 2025
Aujourd’hui, BLOOM porte plainte auprès du Jury de déontologie publicitaire (JDP) de l’Autorité de régulation professionnelle de la publicité (ARPP) contre le « conte de Noël » publicitaire d’Intermarché mettant en scène un loup « mal aimé » présenté comme végétarien, mais consommant pourtant du poisson. La publicité alimente une confusion profondément ancrée, bien qu’erronée, entre végétarisme et consommation de poisson, et contribue à la renforcer, en véhiculant un message implicite mais limpide : si vous êtes végétarien·ne, vous pouvez manger du poisson. La publicité normalise cette idée fausse et l’ancre dans l’imaginaire collectif, au bénéfice direct de la promotion de produits issus de la pêche d’Intermarché, puisque l’enseigne possède sa propre flotte de pêche, la Scapêche, qui pratique notamment le chalutage, la méthode de pêche la plus destructrice d’entre toutes, à échelle industrielle.
Par ailleurs, la publicité comporte un message induit mensonger sur l’abondance des poissons, qui est en totale contradiction avec l’état de santé de leurs populations. La publicité banalise en outre la pratique de la pêche tout en minimisant ses impacts environnementaux, or Intermarché ne pratique pas la pêche sélective à la ligne montrée dans le dessin animé mais au contraire le chalutage industriel.
08 novembre 2023
Aujourd’hui, BLOOM dévoile dans le rapport « Délibérément ignorants » comment la grande distribution est complice d’un massacre de la vie marine et de violations graves des droits humains. L’objet du crime ? Les boîtes de thon vendues dans les rayons des supermarchés en Europe.
Le rapport établit un classement inédit des plus grandes enseignes européennes en fonction de leurs pratiques d’approvisionnement en thon tropical. Les résultats sont sans appel : la grande distribution vend aux consommateurs européens des produits à base de thon associés à des drames humains et écologiques. Pour faire cesser cette brutalité intolérable, BLOOM s’appuie d’une part sur la justice en mettant Carrefour en demeure pour manquement à son devoir de vigilance, et d’autre part sur la puissance citoyenne en lançant une pétition.