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19 février 2026

Maquereau : 400 tonnes de quotas rendues aux artisans

Après des semaines de mobilisation citoyenne, la ministre de la Mer, Catherine Chabaud, a annoncé que 400 tonnes de quotas de maquereau seraient retirées aux navires-usines pour être redistribuées à la pêche artisanale. Cette décision est la preuve qu’un choix politique courageux peut fissurer un système verrouillé. Mais cette victoire, encore fragile, expose désormais la ministre à un risque réel : celui de payer politiquement cette décision lors du prochain remaniement. BLOOM a pu avoir accès à des documents internes au Comité National des Pêches et des Elevages Marins (CNPMEM) qui révèlent l’ampleur des pressions qu’elle subit.

Des négociations tendues autour d’une ressource en crise

L’acteur chez qui on est allé chercher la ressource nous a fait lui-même une proposition. On est allé bien au-delà, on lui a un peu tordu la main”, a déclaré Catherine Chabaud, auditionnée par la commission développement durable de l’Assemblée nationale mercredi 11 février 2026. Ses propos mettent en lumière des négociations tendues autour de la répartition des quotas de maquereau. Cette espèce, dont les populations sont au bord de l’effondrement, a vu son quota baisser de 70% (provisoirement jusqu’en juin 2026). Dans ce contexte de raréfaction de la ressource, l’enjeu autour de sa répartition est donc devenu un enjeu crucial d’équité.

Un système de quotas historiquement verrouillé par l’industrie

Les quotas de pêche déterminent qui a le droit de pêcher et orientent les pratiques. Depuis des années, la répartition des quotas de pêche en France repose sur un mécanisme opaque qui concentre l’accès à la ressource entre les mains de quelques acteurs industriels au détriment des navires les plus vertueux : 3% de la flotte réalisent à eux seuls 50% des captures.

En janvier 2026, BLOOM avait révélé grâce à un document confidentiel que 50% du quota de maquereau était accaparé par deux navires-usines français, le Prins Bernhard et le Scombrus, appartenant à France Pélagique, filiale du géant Cornelis Vrolijk, l’un des Big Five de la pêche néerlandaise. Ce choix politique n’avait jamais été remis en cause, jusqu’à l’arrivée de Catherine Chabaud au ministère de la Mer. Le 11 février 2026, la ministre a annoncé la redistribution de 400 des 1 200 tonnes de quotas de maquereau initialement destinées à l’industriel France Pélagique au profit des pêcheurs artisans.

Pêche artisanale : un enjeu économique, social et écologique

Les pêcheurs artisans n’ont pas à être sacrifiés au profit des navires-usines dont les captures sont 100% destinées à l’exportation. « Les navires-usines concernés ne contribuent pas à l’économie des territoires côtiers. Leurs captures sont débarquées aux Pays-Bas. Ils ne font pas vivre les criées, ne dynamisent pas les ports, ne soutiennent pas l’emploi local. Ils concentrent la ressource au bénéfice d’intérêts industriels et financiers néerlandais », explique Laetitia Bisiaux, co-responsable de la campagne pêche industrielle chez BLOOM. À l’inverse, des chercheurs de l’institut Agro ont démontré que la pêche artisanale crée jusqu’à 10 fois plus d’emplois par tonne pêchée, génère davantage de valeur ajoutée tout en ayant un moindre impact écologique. Redistribuer les quotas n’est donc pas seulement une question d’équité. C’est une politique publique structurante pour l’économie littorale, l’emploi et la biodiversité.

Une application de l’article 17 de la politique commune de la pêche

Cette décision de la ministre n’est pourtant que la simple application de l’article 17 de la Politique commune de la pêche, qui donne toute latitude aux États membres pour définir une répartition des quotas en fonction de critères environnementaux, sociaux, et économiques. Resté largement inappliqué depuis 2013, ce dispositif démontre que la clé de répartition n’est pas immuable. Mais cette remise en cause de l’ordre établi suscite aujourd’hui une forte réaction des représentants de la pêche industrielle.

Le lobby des pêches industrielles contre-attaque

Face à cette mesure de redistribution inédite, Olivier Le Nézet, président du Comité national des pêches et grand défenseur de la pêche industrielle, a engagé un rapport de force avec l’administration. Pour faire renoncer la ministre, le lobbyiste tente désormais de l’isoler et d’obtenir son départ du gouvernement, comme le révèlent des documents confidentiels que BLOOM a pu se procurer :

« La réglementation sur les quotas existe et un simple arbitrage ministériel ne devrait pas remettre en cause tant les dispositions du code rural et de la pêche maritime que la répartition des compétences établie à ce sujet. (…) Qu’aucun membre ne prenne contact avec la ministre jusqu’à nouvel ordre. »

Le Président du CNPMEM a introduit son propos en revenant sur les très récents échanges tendus qui ont eu lieu avec la Ministre chargée de la mer et de la pêche. Suite aux désaccords avec la Ministre sur plusieurs sujets essentiels, il a indiqué souhaiter rencontrer au plus tôt le Premier Ministre”.

En affirmant qu’un « simple arbitrage ministériel » ne devait pas remettre en cause l’ordre établi sur la répartition des quotas de pêche, le président du CNPMEM conteste la légitimité de sa ministre de tutelle, et remet en cause sa fonction alors qu’un remaniement est attendu d’ici au 22 février. « Remplacer la ministre serait un terrible aveu de faiblesse, et enverrait le signal que les coups de force des lobbies l’emportent sur la co-construction. Céder maintenant, ce serait aussi conforter les pêcheurs artisans, désespérés, dans l’idée que toute réforme en faveur de la justice sociale est impossible », explique Fabien Randrianarisoa, co-responsable de la campagne pêche industrielle chez BLOOM.

Parallèlement à ces pressions politiques, les industriels tentent désormais d’imposer leur propre récit.

La fable de la solidarité des industriels

À peine le transfert des quotas annoncé dans la presse ce lundi 16 février, certains acteurs industriels affirment désormais que cette redistribution serait le fruit de leur « responsabilité » et de leur « solidarité ». Cette version est notamment relayée par Florian Soisson, dirigeant de la Compagnie des pêches Saint-Malo, vice-président du CNPMEM, et représentant d’intérêts liés au groupe néerlandais Parlevliet & van der Plas.

Vers une abolition des privilèges ?

Rien n’est encore définitivement acquis. L’arrêté officiel de répartition des quotas n’est pas publié. Les pressions de la part du lobby de la pêche industrielle sur la ministre Catherine Chabaud vont continuer, les tentatives de retour en arrière aussi. Mais une certitude s’impose désormais : la clé de répartition des quotas peut évoluer, même face à des lobbies puissants et des décennies d’inertie. La ministre a ébranlé l’ordre établi en remettant en cause les privilèges dont bénéficie une poignée d’industriels, ce qu’aucun ministre n’avait osé auparavant.

Maintenant, il faut aller plus loin  : aucun quota ne doit revenir aux navires-usines. La ressource doit aller à ceux qui pêchent avec le plus faible impact et le plus grand bénéfice collectif : les pêcheurs artisans. Une demande soutenue par les citoyens : plus de 7000 d’entre eux ont déjà signé la pétition pour exiger l’application de l’article 17 bien au-delà de la seule question du maquereau et sauver la pêche artisanale avant qu’il ne soit trop tard.

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