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11 mai 2026

Un nouvel ogre de la pêche industrielle baptisé sous haute sécurité

Le 8 mai 2026, la démesure industrielle s’est donnée en spectacle. Au port industriel d’IJmuiden aux Pays-Bas, Parlevliet & van der Plas (P&P), l’un des Big Five néerlandais de la pêche industrielle, a inauguré son nouveau navire-usine : l’ANNIE HILLINA. Avec ses 112 mètres de long, ce mastodonte fait partie des plus grands chalutiers industriels au monde, capable de capturer et de transformer 400 000 kilos de poissons par jour, ce qui équivaut à ce qu’un petit pêcheur peut capturer au cours d’une vie entière.

Face à cet ogre conçu pour piller l’océan à travers le globe, BLOOM et des citoyens ont manifesté sur le port d’IJmuiden, dans un contexte tendu sous haute sécurité, pour braquer les projecteurs sur ce navire destructeur.

Une cérémonie sous très haute sécurité 

Présente à IJmuiden avec quinze bénévoles qui ont fait le trajet depuis Lille, BLOOM a pu documenter et dénoncer ce baptême. Dès notre arrivée sur le port, l’association BLOOM a été confrontée à un dispositif de sécurité privée massif déployé par P&P pour célébrer au champagne l’arrivée de cette machine de destruction.   

Avant même le début de la mobilisation citoyenne, plusieurs berlines aux vitres teintées ont multiplié les passages, dans une tentative évidente de pression psychologique. Cette stratégie d’intimidation a franchi un seuil particulièrement grave lorsqu’un journaliste français venu couvrir le baptême du navire a été agressé par des agents de sécurité de P&P. Son téléphone lui a été arraché des mains et jeté par terre. Il a également été embarqué de force dans une voiture pour être escorté hors du port par plusieurs vigiles. 

La police néerlandaise est restée présente jusqu’à la fin pour assurer la protection de BLOOM et des manifestants. « Cette démonstration de force en dit long sur la peur qu’inspire désormais la contestation citoyenne à ces groupes industriels. P&P se comporte en empire : régner, dominer, écraser et mépriser. Mais face à la contestation croissante autour de son modèle, le groupe voit son emprise menacée.», explique Fabien Randrianarisoa, co-responsable de la campagne pêche industrielle.   

Dans ce contexte particulièrement tendu, BLOOM remercie très sincèrement les courageux citoyens mobilisés qui ont effectué le déplacement depuis Lille pour être présents à IJmuiden pour dénoncer, pacifiquement et avec détermination, cette fuite en avant industrielle. Leur engagement démontre que, malgré les moyens colossaux déployés pour protéger ces intérêts industriels, des citoyens continuent de se lever pour défendre l’océan, la transparence et l’intérêt général. 

Un navire-usine destiné à ravager les mers 

Ciblant des espèces en surpêche et à la base de la chaîne alimentaire comme le maquereau, la sardine ou le hareng, l’Annie Hillina, ce gigantesque navire-usine, viendra exploiter les eaux françaises de la Manche, jusqu’à 6 milles (environ 11 km) de la côte française, autrement dit au nez et à la barbe des pêcheurs artisans. « Sa puissance industrielle est démesurée, ces navires-usines écrasent les modèles de pêche côtière durables et détruisent l’économie du littoral. La France pourrait décider d’un trait de plume d’interdire l’accès de nos eaux à ce navire. Elle peut l’imposer aux Pays-Bas, mais elle ne le fait pas. », explique Laetitia Bisaux, co-responsable de la campagne pêche industrielle. 

Les pêcheurs se mobilisent contre ces industriels avides de profits. Le Comité régional des pêches de Normandie a pris une décision historique en décembre dernier : interdire les navires de plus de 25 mètres dans la bande côtière des 12 milles (environ 22 km). La riposte de l’industrie a été immédiate en attaquant la mesure en justice pour entrave à la libre concurrence. L’Union des armateurs de la pêche française (un syndicat patronal de la pêche industrielle) et France Pélagique (propriétaire de deux navires usines de 81 et 88 mètres pêchant régulièrement proches des côtes) ont décidé de contester l’arrêté normand devant les tribunaux. Le Comité des pêches des Hauts-de-France a apporté son soutien au Comité normand et déclaré qu’il souhaitait mettre la même mesure en place. Les mastodontes industriels, en s’en prenant à une décision soutenue à 98% par les pêcheurs sondés par le Comité des pêches de Normandie, ont montré leur vrai visage, celui de prédateurs prêts à sacrifier les communautés côtières pour préserver leurs profits. 

Une industrie maintenue sous perfusion d’argent public 

La pêche industrielle n’existerait pas sans un soutien public massif. Ces navires-usines bénéficient de la détaxe sur le carburant et d’accords de pêche financés par l’Union européenne pour accéder aux eaux africaines. Autrement dit : nos impôts financent la destruction des océans, l’effondrement des communautés de pêche artisanale et la concentration industrielle des ressources marines.  

Les demandes de BLOOM 

Le gigantisme est incompatible avec une pêche durable. BLOOM demande : 

  • l’exclusion immédiate des méga-chalutiers industriels des eaux côtières ;  
  • le démantèlement des navires-usines géants en Europe.

Pour aller plus loin

 

   

Photos de David Mulnard

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