27 avril 2026
Maquereau de l’Atlantique ? Effondré (1). Merlan bleu ? Surpêché (2). Chinchard ? Un stock sur deux effondré, l’autre à son plus bas niveau historique (3). C’est dans ce contexte cataclysmique pour les écosystèmes marins européens que la multinationale néerlandaise Parlevliet & van der Plas a choisi de s’offrir un nouveau navire-usine pour fêter ses 75 ans d’existence. L’Annie Hillina — 112 mètres de long et une capacité de pêche et de transformation de 400 tonnes de poissons par jour (4) — est arrivé le 15 avril à IJmuiden, aux Pays-Bas, pour son inauguration en grande pompe qui aura lieu le 8 mai. Ce nouveau navire de l’enfer — doté des mêmes capacités de pêche que le plus grand navire de pêche au monde, l’Annelies Ilena — bénéficie d’ores et déjà d’autorisations de pêche pour toutes les espèces précédemment citées. Dès le mois de mai, il pourra donc pleinement participer à l’effondrement en cours, avant de rejoindre dès l’automne la horde de méga-chalutiers sous capitaux néerlandais venus piller les eaux côtières françaises chaque année.
Baptisé le 8 mai prochain à IJmuiden aux Pays-Bas, l’Annie Hillina incarne une fuite en avant technologique mise au service de la destruction de l’océan et de la pêche artisanale, devenue insupportable au regard de l’effondrement du monde vivant et de la profonde crise que connaît le secteur de la pêche européenne depuis des années.
D’une longueur de 112 mètres sur 21 mètres de large (plus long qu’un terrain de football et plus large qu’une autoroute à six voies), l’Annie Hillina, nouveau « joyau » de la flotte européenne, sera donc capable de capturer 400 tonnes de poisson par jour, l’équivalent des captures d’une vie pour de nombreux pêcheurs artisans. Ce nouveau navire de l’enfer s’est déjà vu octroyer des autorisations de pêche pour toute une batterie d’espèces déjà surexploitées, notamment le hareng, le maquereau, le merlan bleu et le chinchard. Au-delà de ses activités dans les eaux de l’Atlantique Nord-Est, plus ou moins proche des côtes françaises, l’Annie Hillina opérera à une échelle mondiale, notamment en Afrique de l’Ouest via l’accord de pêche établi entre l’Union européenne et la Mauritanie, mais aussi dans l’océan Pacifique au large du Chili.
L’inauguration de ce nouveau monstre intervient alors que les avis scientifiques sont formels : de nombreuses espèces de poissons dits « pélagiques », vivant dans la colonne d’eau et souvent en bas de la chaîne alimentaire marine (on parle de poissons « fourrages », notamment consommés par les mammifères marins et de très nombreux oiseaux), sont victimes de la surpêche. Cette situation alarmante a conduit à des réductions importantes de captures pour 2026 : -70 % pour le maquereau, -41 % pour le merlan bleu et -30 % pour le hareng.
« Qu’importe, l’Annie Hillina pourra participer au massacre, au risque d’accélérer l’effondrement des populations de poissons, entraînant à sa suite tous les pêcheurs européens, en très grande majorité côtiers », prédit Laetitia Bisiaux, co-responsable de la campagne pêches industrielles chez BLOOM.
Cet impact sur les pêcheurs côtiers risque de se faire sentir très vivement en France dès cet hiver, puisqu’en raison de son immatriculation aux Pays-Bas, l’Annie Hillina bénéficie de droits historiques lui permettant d’opérer légalement jusqu’à 6 milles nautiques (environ 11 km) du littoral français, dans les eaux normandes et du Nord de la France. Ce nouveau navire usine exercera donc une concurrence déloyale directe sur les pêcheurs français, dont l’activité dépend de ces mêmes espèces et de ces mêmes eaux. Là où les pêcheurs côtiers, ancrés à un territoire, opèrent toute l’année sur un périmètre restreint, les navires usines font de véritables razzias avant de rejoindre une nouvelle zone à dévaster.
Dans un monde en plein effondrement du vivant, et alors que les guerres en Ukraine et en Iran imposent une sobriété énergétique et donc un changement radical de modèle, un tel navire n’a sa place nulle part. Ni dans la bande côtière française en conflit avec les artisans, ni au large de l’Écosse à affamer les fous de Bassan, ni en Afrique de l’Ouest à piller les communautés côtières parmi les plus vulnérables au monde. À l’opposé du monde dystopique proposé par Parlevliet & van der Plas et validé par les décideurs politiques européens, nous demandons :
1. L’interdiction des navires de plus de 25 mètres dans la bande côtière, afin de protéger les pêcheurs artisans et les écosystèmes dont ils dépendent.
2. De ne procéder à aucun échange de quotas qui pourrait bénéficier à de tels navires-usines.
3. Un plan de démantèlement des navires-usines opérant dans les eaux européennes, pour mettre fin à un modèle de pêche incompatible avec la régénération des écosystèmes.
17 avril 2026
En août 2024 (1) et décembre 2024 (2), BLOOM saisissait le juge administratif pour faire annuler deux décisions du Conseil régional de Bretagne en faveur d’une feuille de route halieutique bretonne et d’un fonds « Breizh up pêche » visant à favoriser le renouveau d’une pêche industrielle. Nous dénoncions deux décisions en contradiction manifeste avec la Politique commune de la pêche et la nécessité d’une transition en faveur d’une pêche durable, artisanale et à faible impact écologique.
Le 10 avril, la cour administrative d’appel de Nantes a confirmé la position du tribunal administratif qui, sans débat, avait rejeté nos recours pour des motifs de recevabilité. Ce faisant, les deux juridictions ont évacué le débat au fond et ont adopté une lecture restrictive des effets de la politique bretonne de la pêche, bien que celle-ci représente plus de 30% de l’effectif national des navires de pêche et que les impacts de ces navires dépassent le seul ressort territorial de la région Bretagne.
03 avril 2026
Réunis lundi 30 mars à Bruxelles, les ministres européens de la pêche ont une nouvelle fois fait le choix d’ignorer la science en augmentant les quotas de maquereau – l’une des espèces les plus emblématiques de la pêche française et au cœur d’importantes tensions entre armements industriels et pêche côtière – de 30 000 tonnes par rapport à ce qu’ils avaient acté en décembre 2025. Pourtant, la population de ce poisson est désormais considérée par les scientifiques comme “effondrée” à l’échelle de l’Atlantique Nord-Est en raison d’années de surpêche, car le poids total (la biomasse) des individus reproducteurs est inférieure au seuil en-deçà duquel le renouvellement du stock n’est plus assuré. Nous sommes donc rentrés dans une zone de turbulence dont il est urgent de sortir par le haut.
24 mars 2026
Alors que le navire-usine Joseph Roty II va entamer son dernier voyage, ce vendredi 27 mars 2026, vers le chantier naval belge où il sera démantelé, il restera dans les mémoires comme le symbole des méga-prédateurs de l’océan, capables d’anéantir des écosystèmes entiers, et de précipiter la disparition des espèces marines (1). Pour BLOOM, il est urgent d’en finir définitivement avec ces usines flottantes, et de redistribuer les quotas vers les navires aux pratiques vertueuses, qui créent de l’emploi et font vivre nos littoraux en débarquant en criée.