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24 mars 2026

Démantèlement du Joseph Roty II: la fin d’un monument de la pêche destructrice

Alors que le navire-usine Joseph Roty II va entamer son dernier voyage, ce vendredi 27 mars 2026, vers le chantier naval belge où il sera démantelé, il restera dans les mémoires comme le symbole des méga-prédateurs de l’océan, capables d’anéantir des écosystèmes entiers, et de précipiter la disparition des espèces marines (1). Pour BLOOM, il est urgent d’en finir définitivement avec ces usines flottantes, et de redistribuer les quotas vers les navires aux pratiques vertueuses, qui créent de l’emploi et font vivre nos littoraux en débarquant en criée.

Pendant 50 ans, le Joseph Roty II aura participé au pillage de l’océan, en faisant notamment partie des navires qui ont anéanti la morue de Terre-Neuve, symbole mondial de l’effondrement d’une ressource réputée inépuisable. L’histoire est connue : en quelques décennies seulement, la flotte de chalutiers Terre-Neuvas a raflé les populations de morues, provoquant un effondrement écologique et social dont les conséquences se font encore sentir aujourd’hui : plus de 30 ans après, les populations ne se sont pas reconstituées.

À la suite du moratoire sur la pêche à la morue en 1992, le Joseph Roty II est reconverti pour produire du surimi, un produit inspiré du Japon et alors inconnu des Européens. Il devient le premier navire-usine européen à fabriquer ce produit imitation crabe à partir de merlan bleu. Espèce à la base de la chaîne alimentaire de nombreuses espèces marines, le merlan bleu est raflé par dizaines de milliers de tonnes, broyé, et transformé en un produit industriel suremballé qui ne contribue en rien à la souveraineté alimentaire. Un modèle absurde créé de toutes pièces par les industriels pour poursuivre leurs activités après l’interdiction de la pêche à la morue.

Malgré cet historique impressionnant au service de la destruction de l’océan et des poissons qu’il contient, l’annonce du démantèlement du Joseph Roty II a généré une vague de témoignages où la nostalgie transparaît dans de nombreux articles relayés par la presse.

Pour Fabien Randrianarisoa, co-responsable de la campagne pêches industrielles chez BLOOM, “C’est un contre-sens absolu que la destruction d’un navire-usine monstrueux suscite plus d’émotions que les populations de poissons qu’il a contribué à décimer. Le Joseph Roty a toute sa place sur le banc des accusés, les vraies victimes sont les poissons qui ont disparu de l’océan.

Dans l’Atlantique Nord, 90% des espèces marines de prédateurs ont disparu depuis 1900. BLOOM rappelle que la pêche industrielle est la première cause de destruction de la biodiversité selon l’IPBES. 

Le plus tragique dans la démolition du Joseph Roty II reste encore le choix de son funeste héritier par la Compagnie des Pêches de Saint-Malo. Depuis 2024, l’Annelies Ilena – surnommé à juste titre le navire de l’enfer en Mauritanie d’où il avait été chassé – ravage chaque année les eaux européennes à la recherche de merlan bleu, dont il est capable de pêcher 400 000 kg par jour. Un méga-prédateur, tellement gros, qu’il ne peut même pas rentrer au port et occuper la place symbolique de son prédécesseur, quai de Terre-Neuve. Le poisson est déchargé aux Pays-Bas, puis acheminé à Saint-Malo.

Tant que de tels navires continueront d’opérer en mer, la tragédie de la morue de Terre-Neuve continuera de se répéter. Le maquereau suit désormais le même destin. Dans son bilan 2025, l’IFREMER classe désormais le maquereau d’Atlantique Nord-Est comme « effondré ». Cela n’a pas empêché la France d’accorder cette année encore la moitié du quota national à seulement deux navires-usines. Le démantèlement du Joseph Roty II doit être le premier d’une longue série, pour préserver la vie dans les océans, et les emplois sur nos côtes. 

(1) BLOOM rappelle que la pêche industrielle est la première cause de destruction de la biodiversité marine selon l’IPBES (Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques, un équivalent du GIEC).

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