27 mars 2025
Afin de lutter contre la mise en péril des océans, les scientifiques recommandent d’interdire la pêche industrielle sur 30 % des surfaces maritimes planétaires, et non pas de définir la protection marine au « cas par cas », rappelle, dans une tribune au « Monde », et à quelques jours du sommet SOS Océan qui se tiendra à Paris les 30 et 31 mars, un collectif de personnalités politiques réuni par la militante écologiste Claire Nouvian.
La France s’apprête, par la voix de sa ministre de la transition écologique, Agnès Pannier-Runacher, à plaider auprès de la communauté internationale pour une protection des aires marines au « cas par cas », une position qui va à la rencontre de toutes les recommandations scientifiques internationales. La protection au « cas par cas » est celle qui est voulue par les lobbys de la pêche au chalut, c’est-à-dire la méthode la plus destructrice entre toutes, qui consiste à traîner des filets à travers l’eau ou sur le fond. Au lieu de soutenir la définition internationale de la protection marine, qui exige une interdiction des méthodes de pêche à fort impact dans les zones protégées, le gouvernement a choisi une approche qui consiste à maintenir un statu quo destructeur et des aires marines faussement protégées qui ne génèrent aucun bénéfice écologique ou économique pour le secteur lui-même. A l’heure de l’accélération du désastre climatique, c’est parfaitement inacceptable.
Accélération exponentielle de la vitesse de réchauffement des eaux du globe et des canicules marines, surexploitation massive des stocks de poissons par la pêche industrielle, effondrement de plus de 90 % des biomasses de grands poissons, élévation du niveau des mers, acidification, désoxygénation, affaiblissement des courants marins… tous les voyants scientifiques sont au rouge pour l’océan et la biodiversité.
L’océan capte jusqu’à 30 % de nos émissions de CO2 et a déjà absorbé plus de 90 % des excédents de chaleur générés par nos activités, mais sa capacité à réguler le climat mondial et à nourrir l’humanité est mise en péril par des pratiques destructrices. En premier lieu par la pêche industrielle, première cause de destruction de l’océan.
Mais il n’y a aucune fatalité. Nous disposons d’une arme pacifique puissante, facile et gratuite à mettre en œuvre pour protéger l’océan et freiner notre course vers l’abîme : les aires marines protégées. Les spécialistes du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) et de la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité s’accordent sur l’urgence à développer des aires marines protégées pour faire face au dérèglement climatique et à l’effondrement de la biodiversité.
Dans son dernier rapport, le GIEC souligne que le deuxième levier le plus efficace pour atténuer le réchauffement climatique réside dans la protection et la restauration des écosystèmes naturels. Les scientifiques sont catégoriques : ils recommandent d’interdire la pêche industrielle dans 30 % de l’océan et d’établir une « protection stricte » dans 10 % de nos eaux. Ces deux objectifs ont été repris par l’Union européenne (UE) dans la « Stratégie de l’UE en faveur de la biodiversité à l’horizon 2030 ».
L’Union internationale pour la conservation de la nature fournit un cadre sans équivoque en la matière : le chalutage et l’ensemble des infrastructures et activités industrielles doivent être interdits pour qu’une aire marine puisse être désignée comme « protégée » et présenter des bénéfices pour la séquestration de carbone, la biodiversité marine et la pêche artisanale, victime collatérale depuis des décennies des pêches industrielles.
Cependant, aujourd’hui en France, les aires marines dites « protégées » ne le sont pas du tout, subissant le passage quotidien de redoutables engins de pêche qui raclent les fonds et détruisent les écosystèmes. Alors que nous clamons avoir « dépassé » l’objectif international de 30 % de protection de l’océan, les aires marines protégées selon les critères scientifiques internationaux représentent… moins de 0,1 % de nos eaux métropolitaines. Les rares zones sans activités à fort impact se situent dans les eaux très peu fréquentées de l’océan Austral.
Le « cas par cas » n’est pas une option. Conformément au consensus scientifique et aux recommandations internationales, il est urgent de mettre fin à cette hypocrisie, dénoncée jusque dans les colonnes de la revue scientifique Nature, et de créer un réseau cohérent et efficace d’aires marines protégées en France et en Europe pour stabiliser le climat, assurer la conservation de la biodiversité et des écosystèmes marins ainsi qu’un avenir aux pêcheries françaises et européennes. La crise dans laquelle s’enfonce le secteur de la pêche depuis des années n’est pas liée à un « trop » de protection, puisqu’il n’y en a aucune, mais à un « pas assez » de protection. Régénérer la santé des écosystèmes marins bénéficie aussi aux activités humaines. C’est du simple bon sens. Les premiers bénéficiaires en ligne directe d’aires marines réellement protégées sont même les pêcheurs, notamment les petits pêcheurs artisans qui auraient ainsi, pour la première fois, des zones de pêche sans concurrence avec les pêcheurs industriels.
Alors que nous représentons la deuxième puissance maritime mondiale, quasiment à égalité avec les Etats-Unis, et que nous accueillerons dans quelques semaines la conférence des Nations unies sur l’océan, il est urgent que la France interdise les techniques de pêche destructrices telles que le chalutage de fond et le chalutage pélagique, ainsi que l’ensemble des activités et infrastructures industrielles, dans nos aires marines dites « protégées ».
Les lobbys de la pêche industrielle ont suffisamment régné sur les décisions publiques au détriment du climat, de la biodiversité, de la santé publique et de l’intérêt général. Aujourd’hui, les citoyennes et citoyens attendent des dirigeants politiques des arbitrages forts qui défendent notre avenir. Il y va de notre sécurité et de la stabilité de la société.
12 mars 2025
À l’issue des Journées européennes de l’océan, les principales organisations de défense des océans, BLOOM, Blue Marine Foundation, Défense des Milieux Aquatiques, National Geographic Pristine Seas, Oceana, Only One, et Seas At Risk, en collaboration avec des pêcheurs et scientifiques, demandent en urgence au commissaire Kadis d’appeler à l’interdiction des pratiques de pêche destructrices telles que le chalutage de fond dans les aires marines protégées (AMP). Ceci intervient en réaction aux commentaires du Commissaire européen Costas Kadis, qui, interrogé cette semaine sur la pertinence d’une interdiction du chalutage de fond dans les aires marines protégées (AMP), a déclaré : « Ma réponse est : cela dépend ». Notre message est clair : les pratiques de pêche telles que le chalutage de fond ont non seulement un impact négatif sur les écosystèmes marins, mais elles compromettent également la pérennité économique de la pêche durable, épuisent les stocks de poissons et compromettent la capacité des océans à atténuer le changement climatique.
08 janvier 2025
À cinq mois jour pour jour du lancement de la Conférence des Nations Unies sur l’océan accueillie par la France, BLOOM lance le radar du chalutage dans les aires marines françaises supposément « protégées ». Cet outil rend visible la destruction massive occasionnée par le chalutage de fond sur des écosystèmes vulnérables et précieux. Cette technique de pêche destructrice pour la biodiversité, le climat et la justice sociale se déroule aujourd’hui avec la bénédiction de l’État, qui autorise le chalutage dans les aires marines dites « protégées ».
12 septembre 2022
Communiqué de presse – Paris – Bruxelles, le 12 septembre 2022