21 mai 2026
Les associations Générations Futures, Notre Affaire à Tous et BLOOM ainsi que des riverains de territoires hot spots contaminés, représentés par Me Antoine Clerc, attaquent l’État devant le tribunal administratif de Paris pour faire reconnaître sa responsabilité dans le scandale des PFAS.
Nos recherches montrent que l’État a connaissance des risques associés aux PFAS ainsi que de la contamination du territoire français depuis plus de quinze ans. Si la toxicité des PFAS est connue des industriels qui les produisent depuis les années 1960, le grand public n’en prend connaissance qu’à partir de la fin des années 1990 aux États-Unis. Dès les années 2000, des institutions internationales et européennes se saisissent du sujet en réglementant de premières molécules et en conduisant de premières études. D’après nos recherches, en France, c’est en 2008 que les institutions commencent à prendre conscience du sujet : de premiers rapports du Parlement ou d’agences publiques alertent sur les risques associés aux PFAS et sur la contamination du territoire national. Les premiers hot spots comme la Vallée de la chimie à Lyon y sont expressément identifiés, or ce n’est que dix ans plus tard que les citoyens de ces territoires commenceront à prendre connaissance du scandale.
Nos associations et les riverains impactés, au travers de cette action en justice, dénoncent le fait que depuis plus de quinze ans, les représentants de l’État sont au courant de cette contamination et n’ont pas mis en place de dispositifs suffisants pour la prévenir. Ils sont ainsi en partie responsables du drame de la contamination généralisée du territoire français et de nos corps. L’État a en effet faillit à sa mission première de protection de ses citoyens. Il a choisi de ne pas réglementer les activités émettrices de PFAS sur le territoire, et n’a informé la population qu’après l’éclatement du scandale des PFAS en mai 2022, révélé par l’enquête journalistique de Vert de Rage. Même depuis lors, ses actions restent bien en deçà de ce qu’il serait nécessaire de mettre en œuvre pour nous protéger : organiser la cessation des émissions de ces polluants toxiques, ainsi que la dépollution de notre environnement et par conséquent celle de nos corps déjà trop imprégnés. À l’échelle nationale comme territoriale : la surveillance des milieux, de l’alimentation et de l’eau potable reste insuffisante, les émissions industrielles sont toujours possibles et peu contrôlées, les études épidémiologiques pour les populations les plus impactées inexistantes. Tout cela constitue une carence fautive grave d’un point de vue légal, en manquement par rapport à de nombreuses obligations légales qui incombent à l’État, visant notamment à préserver l’intégrité écologique de l’environnement et la santé des citoyens, et pouvant ainsi engager sa responsabilité. L’État est pourtant le seul acteur en capacité de nous protéger face à la pollution croissante générée par les industriels de la chimie.
La conséquence de cette carence : une contamination généralisée des écosystèmes engendrant un préjudice écologique national, la dégradation – parfois critique – de la santé des Français et la violation de nombreux droits humains des plus exposés (1), ainsi que des coûts environnementaux et sanitaires colossaux, chiffrés en centaines de milliards d’euros étalés sur plusieurs décennies.
Ainsi, nous demandons au tribunal administratif de Paris qu’il enjoigne à l’État de faire cesser le plus rapidement possible tous les rejets de PFAS dans l’environnement et qu’il mette dès aujourd’hui en place les dispositifs pollueur-payeur pour couvrir les coûts environnementaux et sanitaires titanesques de cette pollution. Nos associations ont officiellement saisi l’ANSES et Santé Publique France afin de demander la réalisation d’une étude institutionnelle établissant les coûts environnementaux et sanitaires des PFAS pour la France. Nous demandons également à ce que les nombreux impacts – dont le préjudice d’anxiété – que subissent les riverains les plus impactés par la pollution, dont font partie les six requérants individuels portant l’action aux côtés de nos associations, soient reconnus.
Pour Aymeric Thillaye du Boullay, Responsable Juridique chez BLOOM Association : « De l’inaction fautive de la puissance publique résulte un préjudice généralisé qu’il importe de nommer, faire cesser et réparer. Tandis que nous constatons un accroissement significatif des menaces environnementales et sanitaires, l’État doit assumer ses responsabilités premières en matière de protection de la santé pour que la question des PFAS soit traitée en cohérence avec l’urgence qu’elle impose ».
Pour Pauline Cervan, toxicologue et responsable scientifique chez Générations Futures : « L’inaction de l’État sur les PFAS est d’autant plus grave que les connaissances scientifiques sur l’omniprésence des PFAS dans l’environnement et leur toxicité sont disponibles depuis de nombreuses années, et depuis avant 2010 sur le PFOS et PFOA. Avec cette action, nous souhaitons faire entendre la nécessité de mieux intégrer les données scientifiques, notamment académiques, dans la décision publique ».
Pour Jérémie Suissa, délégué général de Notre Affaire à Tous : « Si les industriels ont été les premiers acteurs visés par les actions en justice liées aux PFAS, les pouvoirs publics ont le devoir et le pouvoir de réguler ces activités économiques et leurs impacts afin de protéger la population. Cette action doit permettre un vrai débat public sur le rôle de l’État face aux pollutions : l’État peut-il continuer à privilégier systématiquement les intérêts économiques au détriment de la protection de la santé publique et environnementale ? »
(1) Telle que reconnue par plusieurs experts des Nations Unies : https://notreaffaireatous.org/pfas-les-experts-de-lonu-epinglent-letat-francais-ainsi-que-deux-entrepriseschimiques-pour-les-violations-des-droits-humains-des-habitant%c2%b7es-de-la-vallee-de-la-chimie/
17 avril 2026
Si Monsanto fabrique un joli conte de Noël en dessin animé pour vanter la « nourriture saine » alors qu’il empoisonne les écosystèmes et les humains avec ses produits écocides, le jury de déontologie publicitaire (JDP) n’y trouvera rien à redire. C’est en somme ce que dit l’avis qu’il vient de rendre sur la plainte que BLOOM avait déposée contre le clip de Noël au succès planétaire d’Intermarché, décrit comme celui du « loup végétarien ».
En décembre 2025, la plainte de BLOOM contre la publicité du loup « mal aimé » visait à lever le voile sur les pratiques réelles d’Intermarché et à questionner tant la cohérence de son discours publicitaire que la stratégie de markéting émotionnel consistant à construire une image de sa marque dans l’imaginaire collectif masquant ses vraies responsabilités en matière de mauvaise alimentation. En substance une seule question se posait : en tant qu’acteur majeur du secteur de la grande distribution – dont le système économique repose sur la valorisation par le prix des produits ultra-transformés – Intermarché peut-elle légitimement se prévaloir d’être actrice du « mieux manger », sans avoir à mettre en cohérence ses pratiques avec son discours ?
En écartant cette question dans son avis rendu le 16 avril 2026 rejetant les arguments de BLOOM, le JDP a montré les limites du cadre déontologique de l’autorégulation (les professionnels de la publicité « s’auto-régulent » de fait) et a manqué une occasion de traiter en responsabilité un enjeu central de santé publique.
17 avril 2026
A la suite d’une décision politique désastreuse des ministres européens de la pêche concernant l’avenir de la population de maquereau d’Atlantique Nord Est – un stock désormais considéré comme effondré par les scientifiques de l’Ifremer – et à l’aune de l’engagement exemplaire de plusieurs distributeurs britanniques, BLOOM, Blue Marine Foundation, Oceana Europe et The North Sea Foundation ont interpellé, ce vendredi 17 avril, 24 enseignes de distribution dans cinq pays européens. Les organisations leur demandent de rehausser leurs standards de pêche durable et, en particulier, de suspendre leurs achats de maquereau de l’Atlantique Nord-Est.
27 février 2026
En octobre 2024, BLOOM et Foodwatch France alertaient sur les risques posés par la consommation de thon contenant du mercure, un métal neurotoxique classé par l’Organisation Mondiale de la Santé (1) (OMS) comme l’une des dix substances les plus préoccupantes pour la santé publique. Depuis notre signal d’alarme, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a revu son appréciation du risque de contamination au mercure (2): la Dose Hebdomadaire Tolérable (DHT) de la substance a été divisée par deux depuis la dernière publication Anses sur le sujet, établissant dorénavant à près de 890 000 le nombre d’enfants exposés à des risques graves pour leur santé. Au total, ce sont un enfant sur quinze et un adulte sur vingt qui dépassent la DHT. Cette mise à jour constitue une victoire d’étape pour notre campagne et rappelle au gouvernement et à la grande distribution l’inacceptabilité de leur inaction.