08 septembre 2026
Après près d’un an de consultations du secteur de la pêche, des ONG, des scientifiques et des élus, la ministre de la Mer, Catherine Chabaud, tient entre ses mains les conclusions d’un rapport explosif sur les conflits d’usage dans les eaux de la Manche, qui soumettent les pêcheurs côtiers français et les écosystèmes marins au pillage incessant de navires méga-industriels, principalement sous capitaux néerlandais, pouvant capturer jusqu’à 400 000 kilos de poissons par jour et atteindre 140 mètres de long. Le rapport reflète la position unanime des pêcheurs vis-à-vis de la présence de ces navires démesurés dans les eaux côtières françaises : ce rapport de l’administration est un véritable plébiscite en faveur de l’exclusion des navires de plus de 25 mètres de la bande côtière des 12 milles nautiques (environ 22 km).
Pourtant hier, 7 septembre, lors du vote finalement favorable à cette mesure du Comité national des pêches, les lobbies industriels, qui contrôlent habituellement l’organe principal de représentation des pêcheurs français, ont déployé de grandes manœuvres pour éviter de perdre le vote. Ils ont heureusement échoué : les pêcheurs français ne se sont pas laissé dicter leur destin par des oligopoles appartenant aux »Big Five » néerlandais.1https://bloomassociation.org/big-five-peche-industrielle/
Il ne reste plus qu’à la ministre de la Mer et de la Pêche, Catherine Chabaud, de notifier cette mesure d’exclusion à la Commission européenne et aux États membres, de façon à pouvoir la décréter et mettre en application dans deux mois. Catherine Chabaud s’y était engagée lors des Assises de la pêche en juin dernier 2Lors des Assises de la pêche, la ministre Catherine Chabaud a déclaré : « La Manche-Est est un véritable défi pour la cohabitation des activités, j’ai lancé une mission de concertation dont les conclusions seront remises en juillet. A ce stade, elles mettent en évidence une demande assez largement portée d’exclure de la bande côtière les navires de plus de 25m. Je ne veux pas interrompre ce processus. A l’issue de cette concertation je lancerai une consultation auprès des États membres concernés, et je les informerai de notre volonté possible d’exclure les navires de plus de 25m de la bande côtière. ». Voir notre actu du 18 juin : https://bloomassociation.org/interdiction-des-navires-industriels-dans-les-eaux-cotieres-la-ministre-de-la-mer-annonce-une-consultation-des-etats-membres/ . Si la procédure européenne est officiellement enclenchée aujourd’hui, les pêcheurs côtiers seront protégés des assauts des navires-usines dès le 9 novembre prochain. Enfin.
BLOOM réclame depuis des années cette mesure d’urgence sociale et écologique : en juillet 2023, notre campagne au Parlement européen avait décidé Stéphane Séjourné, alors président du groupe RENEW, à se prononcer en faveur de l’exclusion des navires de plus de 25 mètres des eaux françaises3Voir notre actu de juillet 2023 : https://bloomassociation.org/renew-loi-restauration-nature/. Malheureusement, lors du vote final de la Loi sur la Restauration de la Nature, les élus européens avaient, comme trop souvent, abandonné le secteur de la pêche pour ne favoriser que son segment méga-industriel, qui contrôle les organes de représentation des pêcheurs à travers l’Europe et déploie un lobbying forcené pour influencer les politiques publiques.
Si la France, en la personne de Catherine Chabaud, a le courage d’exclure les navires de plus de 25 mètres de ses eaux, cela sauvera non seulement les pêcheurs côtiers français de la disparition, mais cela changera aussi radicalement les débats européens sur les réformes à venir concernant le secteur de la pêche, notamment le « Ocean Pact » du Commissaire européen chargé de la pêche et des océans Kóstas Kadis, actuellement en préparation et attendu pour le début du mois d’octobre.
BLOOM appelle la ministre Catherine Chabaud et l’ensemble du gouvernement à engager ce processus dès aujourd’hui, avant le retour des navires-usines sur les côtes françaises.
Ils ont tenté toutes les méthodes traditionnelles de politique « sale », mais les lobbies industriels du Comité national des pêches (CNPMEM) n’ont pas réussi à empêcher l’adoption d’une position historique pour l’avenir du secteur de la pêche en France le 7 septembre. Dans une publication sur les réseaux sociaux, le président du Comité régional des pêches de Normandie, Dimitri Rogoff, présent lors du vote, fustige les manœuvres déployées : « les représentants de la pêche industrielle, directement concernés, étaient bien plus nombreux qu’à l’habitude. Un vote à bulletin secret a même été demandé ». Il indique également que 99% des pêcheurs sondés sur la façade allant de la Normandie aux Hauts-de-France sont favorables à cette interdiction. Les pêcheurs expriment clairement leur besoin de protection par l’État. Ne pas agir et œuvrer en faveur des consortiums méga-industriels néerlandais qui contrôlent les flottes du Nord de l’Europe serait une trahison impensable pour eux. La ministre Catherine Chabaud ne peut plus reculer : elle ne doit pas tenter de contenter les lobbies qui font pression sur elle. Elle dispose du soutien massif des pêcheurs, du vote favorable officiel du Comité national des pêches (CNPMEM) et des conclusions d’un rapport commandé par son ministère.
Reste maintenant l’essentiel : que la ministre tienne l’engagement donné aux pêcheurs lors des Assises de la pêche, en juin dernier. Pour protéger la bande côtière, elle doit désormais consulter la Commission européenne et les États membres, un processus incompressible de deux mois. Chaque jour perdu est un jour de trop. Les navires-usines reviennent dès la mi-novembre. Si la consultation n’est pas lancée avant le 10 septembre, la mesure ne sera pas prête à temps pour protéger les pêcheurs et les milieux marins de la Manche.
« Cette mesure est vitale pour les pêcheurs et l’océan. La ministre a une occasion unique d’entrer dans l’Histoire et de faire ce que personne avant elle n’aura eu le courage de faire : tenir tête aux prédateurs méga-industriels qui menacent l’ensemble du secteur de la pêche en Europe. Elle n’a plus aucune raison de tergiverser. Nous sommes parfaitement alignés avec les demandes des pêcheurs et les avons même portées au niveau européen avant eux. Désormais, une voie royale est ouverte pour transformer l’histoire du secteur au niveau européen. Catherine Chabaud peut être celle qui permet cela. On n’a pas tous les jours l’occasion de faire quelque chose d’aussi important pour son pays, pour les travailleurs de la mer et l’environnement. Nous plaçons tous nos espoirs en elle » déclare Laetitia Bisiaux co-responsable de la campagne Pêches industrielles de BLOOM.
Au nom de prétendus « droits historiques », la Manche est pillée toute l’année par des navires méga-industriels déployant des techniques de pêche intrusives comme le chalutage de fond, le chalutage pélagique (en pleine eau) ou la senne démersale. Le pic d’intensité de ces ravages a lieu en hiver, lorsqu’arrive une dizaine de chalutiers géants exclusivement sous capitaux néerlandais pour capturer du hareng.
Une étude publiée le 1er juin par des chercheurs de l’Institut Agro a permis de mesurer pour la première fois l’ampleur de leur activité dans la bande côtière française : ces navires capturent jusqu’à 45% des volumes pêchés dans la bande côtière des Hauts-de-France et 13% en Normandie. Pourtant, ces prises représentent moins de 1% de leurs captures totales, là où la petite pêche côtière dépend de cette zone où elle réalise l’intégralité de ses captures. L’exclusion des navires industriels de la côte serait totalement indolore pour eux alors qu’elle est de nature à sauver l’activité des pêcheurs côtiers, et à préserver enfin les écosystèmes marins fragiles de ces zones surexploitées.
Si le bilan est net et la solution simple, pourquoi cette prédation méga-industrielle se poursuit-elle ? Parce qu’aucun État européen, à ce jour, n’a eu le courage d’utiliser l’outil juridique qui existe pourtant depuis 2013. L’article 20 de la Politique commune de la pêche autorise chaque État à prendre des mesures de conservation dans ses eaux territoriales, à condition qu’elles s’appliquent sans discrimination à tous les pavillons. La France peut être la première à s’en saisir pour exclure les navires industriels de ses 12 milles et envoyer un signal fort à toute l’Europe1« Evidence from the supporting study also indicates that no cases were found where parts of the 12-nm zone are formally reserved for SSCF (see Addendum 3, Annex VI). » Evaluation of the European Parliament and of the Council on the Common Fisheries Policy .
« Dans deux mois, la France peut avoir réglé un problème qui épuise depuis des années les communautés de pêcheurs de la Manche : le gouvernement peut réduire par deux la pression de pêche dans les Hauts-de-France et protéger les écosystèmes côtiers fragiles contre des navires ogresques. Cette mesure relève d’une urgence vitale : les pêcheurs artisans n’ont plus la capacité économique de patienter une saison de plus. Quasiment anéantis par la pêche électrique, il est minuit moins une pour sauver ce qu’il reste d’eux » analyse Fabien Randrianarisoa co-responsable de la campagne Pêches industrielles de BLOOM.
BLOOM appelle le gouvernement à agir dès maintenant. La France est désormais lancée dans une course contre la montre pour mettre en place cette mesure historique avant le retour des navires usines à l’automne.
BLOOM restera mobilisée aux côtés des pêcheurs quant au bon déroulement du processus de consultation et à la mise en œuvre rapide et effective de cette mesure. Son efficacité dépendra notamment de l’absence de dérogations injustifiées, de contrôles rigoureux et d’un calendrier d’application ambitieux pour une mise en œuvre dès cet hiver. Une politique qui protège l’océan tout en soutenant celles et ceux qui en vivent durablement est à portée de main.
18 juin 2026
C’est une étape majeure vers une victoire qui serait historique pour les pêcheurs et l’environnement : à l’occasion des Assises de la pêche, la ministre de la Mer et de la Pêche, Catherine Chabaud, a annoncé lancer une consultation des États membres dès le mois de juillet en vue d’interdire les navires de plus de 25 mètres dans les eaux côtières françaises (la bande des 12 milles nautiques, c’est-à-dire environ 22 km). En annonçant entamer un processus de consultation européenne, une étape obligatoire dans le cadre de la Politique commune de la pêche, Catherine Chabaud marque un tournant majeur pour les pêcheurs artisans, les citoyens et BLOOM qui défendent depuis des années un partage plus juste des ressources marines et une restauration de la santé des écosystèmes marins.
17 juin 2026
A quelques jours des Assises de la pêche et des produits de la mer à Cherbourg, BLOOM interpelle la ministre de la Mer et de la Pêche, Catherine Chabaud, pour obtenir l’exclusion des navires industriels de la bande côtière des douze milles nautiques, mesure réclamée de longue date par les pêcheurs artisans.
08 juin 2026
Alors que la préfecture de Normandie vient de ré-autoriser les navires industriels à pêcher le long de nos côtes, en dépit du vote du Comité régional des pêches et du soutien massif de 98 % des pêcheurs locaux à leur exclusion, des chercheurs de l’Institut Agro apportent un éclairage nouveau au débat. Dans une note scientifique publiée en ligne le 1er juin, ils mettent la lumière sur la bataille qui fait rage dans la “bande côtière” française, les premiers 12 milles marins. Chaque année, 10% des volumes pêchés dans l’ensemble de la bande côtière française sont accaparés par des navires industriels. Dans les Hauts de France ce sont même 46% des volumes côtiers qui sont accaparés par la pêche industrielle. Ce pillage fragilise les plus petits navires, qui dépendent quasi-exclusivement des ressources côtières, et met la pression sur des écosystèmes vulnérables. Exclure les navires industriels de nos côtes s’impose comme une véritable mesure d’équité sociale et économique, indispensable à la survie et à la préservation de nos littoraux.