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08 juin 2026

Exclure la pêche industrielle des côtes françaises : une note scientifique objective la concurrence déloyale de la pêche industrielle en bande côtière

Alors que la préfecture de Normandie vient de ré-autoriser les navires industriels à pêcher le long de nos côtes, en dépit du vote du Comité régional des pêches et du soutien massif de 98 % des pêcheurs locaux à leur exclusion, des chercheurs de l’Institut Agro apportent un éclairage nouveau au débat. Dans une note scientifique publiée en ligne le 1er juin, ils mettent la lumière sur la bataille qui fait rage dans la “bande côtière” française, les premiers 12 milles marins. Chaque année, 10% des volumes pêchés dans l’ensemble de la bande côtière française sont accaparés par des navires industriels. Dans les Hauts de France ce sont même 46% des volumes côtiers qui sont accaparés par la pêche industrielle. Ce pillage fragilise les plus petits navires, qui dépendent quasi-exclusivement des ressources côtières, et met la pression sur des écosystèmes vulnérables. Exclure les navires industriels de nos côtes s’impose comme une véritable mesure d’équité sociale et économique, indispensable à la survie et à la préservation de nos littoraux.

Une pêche à taille humaine exposée à la concurrence déloyale des industriels

La science a ce pouvoir de rétablir les faits : lorsque d’énormes chalutiers et senneurs industriels s’approprient chaque année 10% des volumes de la bande côtière française, c’est toute la pêche locale qui s’expose à la concurrence déloyale de navires pourtant conçus pour opérer au large. Les écosystèmes côtiers qui hébergent herbiers, nourriceries et autres trésors de biodiversité subissent, eux, la pression immense d’engins de pêche destructeurs.  

Les chiffres publiés par les chercheurs de l’Institut-Agro Rennes-Angers, dans le cadre d’un programme sur la transition des pêches mené en collaboration avec BLOOM, ne pourraient être plus clairs : alors que les volumes pêchés en bande côtière représentent moins de 1% des volumes des navires industriels, la dépendance des flottilles françaises de moins de 24 mètres à la bande côtière française est forte. Les navires d’une longueur inférieure à 12 mètres et les 12-18 mètres y font respectivement 95% et 43% de leurs volumes.

La bande côtière au cœur d’un conflit entre lobbies industriels et pêcheurs normands

Malgré l’évidence, c’est bien au nom de la “concurrence déloyale” que l’Union des Armateurs à la Pêche Française (UAPF) et l’armement industriel France Pélagique ont attaqué fin avril l’arrêté excluant les navires de plus de 25 mètres des eaux côtières, pris par la préfecture de Normandie en décembre 2025 (1). Cet arrêté faisait suite à une délibération du Comité régional des pêches soutenue par la majorité des pêcheurs locaux face à la menace des navires usines venant se servir au plus près des côtes normandes. Abdiquant devant les industriels, la préfecture de Normandie a fait volte-face de manière soudaine le 7 mai en abrogeant son propre arrêté, au mépris de l’avis des pêcheurs normands.

En Normandie, selon les chercheurs, 13 % des captures du littoral sont accaparées par la pêche industrielle française et étrangère. Un chiffre qui met toute la lumière sur la menace pointée par le Comité régional et que l’état a refusé d’écouter.

Dans les Hauts de France, la pêche industrielle à l’assaut de quelques espèces clés

Dans les Hauts de France, 46% des volumes de la bande côtière se retrouvent dans les filets d’énormes navires français, belges et néerlandais mesurant parfois jusqu’à 144 mètres de long.

En ligne de mire, quelques espèces clés comme le hareng, la sardine mais aussi le maquereau de l’Atlantique, au cœur des préoccupations cet hiver et désormais classé par l’IFREMER comme effondré.

Ces chiffres viennent confirmer les observations que BLOOM fait depuis des années dans le nord de la France. Après les ravages de la pêche électrique, les petits pêcheurs font désormais face au pillage de la Manche et de la Mer du Nord par une poignée de senneurs mais aussi de navires usines français et étrangers. Un match au résultat connu d’avance.

Trajectoires et activités de pêche de 5 chalutiers-usines français et étrangers mesurant entre 81 et 126 mètres dans le banc des Flandres, zone Natura 2000 dans la bande côtière des Hauts de France. 

Exclure la pêche industrielle de la bande côtière, une mesure de justice sociale permise par les textes européens

La France a tous les outils en main pour protéger réellement la bande côtière : la Politique Commune des Pêches (PCP) permet bien la prise de mesures spécifiques pour les 12 milles et ce tant au titre de son article 5, qui prévoit que les États membres peuvent limiter la pêche aux navires opérant traditionnellement dans cette zone, qu’au titre de l’article 20, qui prévoit quant à lui la possibilité d’adopter des mesures pour la conservation et la gestion des stocks halieutiques ainsi que pour la conservation des écosystèmes marins. Malheureusement et alors qu’ils en ont la prérogative, l’évaluation de la PCP publiée en avril 2026 indique qu’aucun État membre ne s’est saisi des possibilités offertes par ce texte (2).

Tandis que la science, la rationalité économique et le droit convergent pour appuyer une telle mesure, un verrou subsiste : l’entêtement de nos décideurs à vouloir complaire aux lobbies industriels.

BLOOM a publié une pétition pour interdire les plus de 25 mètres des 12 milles français. Il est temps que cette compromission cesse. 

NOTES

(1) R28-2025-12-23-00009 – AR 242-2025 – Rendant obligatoire la délibération du Comité Régional des Pêches Maritimes et des Élevages Marins de Normandie n°2025/ E-S-42 Relative à l’interdiction de l’utilisation de la senne dans les 12 milles au large de la Normandie (5 pages) Page 149 et R28-2025-12-23-00008 – AR 243-2025 – Rendant obligatoire la délibération du Comité Régional des Pêches Maritimes et des Élevages Marins de Normandie n°2025/ E-43 Relative à l’interdiction des navires de plus de 25 mètres dans la bande des 12 milles au large de la Normandie (4 pages)

(2) Les données issues de l’étude complémentaire indiquent qu’aucun cas n’a été recensé où des parties de la zone des 12 milles marins seraient officiellement réservées à la petite pêche côtière. (traduit de l’anglais)

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