07 janvier 2026
À l’occasion de la publication de deux articles scientifiques dans la revue npj Ocean Sustainability du prestigieux journal Nature, BLOOM revient sur 45 ans d’accord de pêche entre l’Europe et l’Afrique. Le premier article (1) retrace 45 années d’accords de pêche entre l’Union européenne et une vingtaine de pays d’Afrique, accords ayant permis aux industriels opérant certains des navires de pêche parmi les plus puissants de l’armada européenne d’exploiter les eaux très poissonneuses de l’Afrique à moindre coût, grâce à d’importantes subventions publiques. Le second article (2) focalise sur l’une des composantes majeures de ces accords de pêche et l’un des lobbies européens les plus puissants : la pêche thonière tropicale, conduite par une douzaine d’entreprises françaises et espagnoles. Nous en avons analysé les résultats économiques « officiels », pour ensuite estimer ce que seraient ces résultats si les entreprises avaient eu à payer 100% du coût des accords de pêche et surtout 100% du carburant qu’elles consomment — très fortement détaxé.
Depuis 1979, l’UE a tissé un réseau d’accords de pêche avec une vingtaine de pays d’Afrique, dans le but de soutenir la pêche industrielle européenne et un marché très loin d’être auto-suffisant. Ces accords ont eu un coût important pour les contribuables européens, à hauteur de 4,8 milliards d’euros au cours de leurs 45 années d’existence, alors qu’ils ne concernent qu’une partie infime de la flotte de pêche européenne…mais surtout les navires les plus imposants et les plus contestés.
On peut par exemple citer :
▪ Les méga-chalutiers capturant les sardinelles et autres « poissons bleus » au large de l’Afrique de l’Ouest, dont l’ANNELIES ILENA (145 mètres de long) et le MARGIRIS (136 m), deux des plus grands navires de pêche au monde ;
▪ Ou encore les thoniers français et espagnols actifs tout autour de l’Afrique, dont l’ALBATUN DOS (116 m) et l’ALBATUN TRES (115 m), du puissant armement espagnol Albacora.
Au cours des deux dernières décennies, ces accords ont connu une importante contraction et ne concernent essentiellement plus aujourd’hui que ces thoniers, en dehors de l’accord avec la Mauritanie (le plus important actuellement en termes de coût pour les contribuables européens), car il autorise les méga-chalutiers à opérer dans ses eaux.
Notre seconde étude démontre que la pêche thonière européenne, réalisée par des navires appelés senneurs — qui représente 25% des captures annuelles combinées de la France et de l’Espagne, c’est-à-dire les deux puissances majeures de la pêche européenne et incontournables des accords de pêche — est économiquement, socialement et écologiquement non viable :
Socialement, car elle repose sur une logique d’exploitation ancrée dans les anciennes colonies européennes : délocalisation des risques, précarisation des marins du Sud et instrumentalisation des accords de pêche pour maintenir l’accès à une main-d’œuvre bon marché et corvéable ;
Écologiquement, car elle alimente une destruction inacceptable de la biodiversité marine. Les flottes thonières industrielles participent activement à la destruction des écosystèmes tropicaux et d’espèces menacées, notamment via les « DCP ».
(1) Le Manach et al. (2025) A 45-year retrospective of the European Union’s fishing access agreements with coastal States of the Global South. Disponible à : https://doi.org/10.1038/s44183-025-00149-y.
(2) Froment et al. (2025) Hidden costs and propped-up profits: unraveling the economics of Europe’s purse-seine tuna fishing industry. Disponible à : https://doi.org/10.1038/s44183-025-00149-y.
06 mai 2024
BLOOM révèle dans deux études des aspects inédits de la pêche thonière européenne, principalement dans l’océan Indien : un système opaque et très intensif en carbone créé par et pour les industriels de la pêche ainsi que la grande distribution autour du paradis fiscal des Seychelles.
La chaîne de production du thon fait l’objet de pratiques obscures et mensongères, tant sur son impact carbone que sur la traçabilité de cette filière, un exemple d’opacité totale, depuis la capture des thons jusqu’à leur commercialisation dans les rayons des supermarchés européens.
Dans deux rapports publiés aujourd’hui, « Du paradis à l’abîme » et « La boîte noire du thon », BLOOM révèle des aspects inexplorés concernant la filière industrielle du thon tropical en boîte, qui jouit de passe-droits douaniers injustifiés et d’une complicité des autorités, tant locales aux Seychelles qu’à Bruxelles, Paris et Madrid.
15 novembre 2023
Alors que notre classement de la politique d’approvisionnement en thon des grandes chaînes de supermarchés européens démontre une ignorance délibérée généralisée, BLOOM a spécifiquement choisi de mettre en demeure Carrefour le 8 novembre 2023 pour manquement à son devoir de vigilance. Sa position de leader de la grande distribution en France et dans le monde lui confère en effet une responsabilité toute particulière, ainsi que le pouvoir de tirer vers le haut tout le secteur en établissant de nouvelles normes globales et ambitieuses.
08 novembre 2023
Aujourd’hui, BLOOM dévoile dans le rapport « Délibérément ignorants » comment la grande distribution est complice d’un massacre de la vie marine et de violations graves des droits humains. L’objet du crime ? Les boîtes de thon vendues dans les rayons des supermarchés en Europe.
Le rapport établit un classement inédit des plus grandes enseignes européennes en fonction de leurs pratiques d’approvisionnement en thon tropical. Les résultats sont sans appel : la grande distribution vend aux consommateurs européens des produits à base de thon associés à des drames humains et écologiques. Pour faire cesser cette brutalité intolérable, BLOOM s’appuie d’une part sur la justice en mettant Carrefour en demeure pour manquement à son devoir de vigilance, et d’autre part sur la puissance citoyenne en lançant une pétition.