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13 février 2025

La France prête à reconduire la recette du désastre dans le Parc naturel marin d’Iroise

Atterrant. Alors que tous les yeux sont rivés sur la France en amont de l’accueil de la conférence des Nations unies sur l’océan, le gouvernement est toujours incapable de s’extraire de l’emprise du lobby du chalut. Le 17 janvier 2025, la préfecture de Bretagne annonçait la publication prochaine d’un arrêté approuvant une délibération du Comité régional des pêches de Bretagne qui reconduira la recette du désastre en pérennisant le chalutage de fond dans le Parc naturel marin d’Iroise. C’est donc l’une des techniques de pêche les plus destructrices qui pourra se poursuivre dans des eaux censées être “protégées”, en toute légalité. 

La France, par la voie de son préfet de la région Bretagne, signale ainsi tout son mépris pour les conclusions des scientifiques, les recommandations internationales et le droit européen, et marque son soutien indéfectible à la pêche industrielle en reprenant « sans filtre » la demande du Comité régional des pêches de Bretagne, fer de lance du lobby du chalut, contre l’avis unanime exprimé lors de la consultation publique menée tambour battant en décembre dernier. 

A l’heure où les catastrophes climatiques s’enchainent, toujours plus intenses et nombreuses, alors que la biodiversité s’effondre et que l’océan surchauffe et s’acidifie, la protection de nos écosystèmes marins devrait être une priorité politique à toutes les échelles. Les scientifiques internationaux du GIEC, mais aussi l’IPBES le martèlent sans fin : il est urgent et nécessaire de mettre fin à la pêche industrielle et de protéger notre océan pour le climat, pour la biodiversité et pour l’avenir de l’humanité.   

Pourtant, dans un silence assourdissant, s’est déroulée ces dernières semaines une tragédie en trois actes au sein du Parc naturel marin d’Iroise, à la pointe de la Bretagne. Loin de protéger des écosystèmes vulnérables, la préfecture de Bretagne s’apprête à autoriser l’impensable : pérenniser le chalutage de fond dans une prétendue « aire marine protégée ».  

Acte 1 – Un permis pour détruire

Le 7 décembre dernier, la préfecture de Bretagne lançait une consultation publique concernant un projet pensé et rédigé par le comité régional des pêches maritimes et élevages marins (CRPMEM) de Bretagne : poursuivre la destruction des fonds marins du parc naturel marin d’Iroise, une aire marine censée être “protégée”, via le renouvellement de licences de pêche au chalut de fond pour les nouveaux installants, une technique de pêche désastreuse pour les écosystèmes marins qui consiste à racler de lourds filets sur les fonds en détruisant et en attrapant tout sur leur passage et entrainant la destruction des écosystèmes.  

À ce jour, 42 licences autorisent le chalutage de fond dans le Parc naturel marin d’Iroise. En décembre 2023, le CRPMEM de Bretagne faisait un tout petit pas dans la bonne direction pour réguler cette pratique destructrice en figeant, « à compter du premier janvier 2025 », le nombre de licences à 42, restreignant ainsi strictement leur renouvellement. 

Cette situation était déjà bien en-deçà des recommandations scientifiques, internationales et européennes : tandis que la communauté scientifique et l’UICN appellent à la fin du chalutage dans les aires marines protégées, la Commission européenne recommande l’interdiction du chalutage de fond dans toutes les aires marines protégées d’ici 2030, avec une interdiction dans les aires désignées pour la conservation des habitats marins dès mars 20241. 

Mais, loin d’engager ainsi sa transition, le CRPMEM de Bretagne a rétropédalé fin 2024 puisque ce projet d’arrêté, sous couvert d’impératifs socio-économiques, propose de réattribuer des licences de chalutage de fond aux pêcheurs en situation de première installation. Ainsi tout en prétendant ne pas “se détourner de l’objectif initial d’une réduction à terme du nombre de licences attribuées”, ce projet d’arrêt permet de reconduire pour les prochaines décennies cette activité destructrice. 

En orange, la zone de pêche au chalut de fond permise avec la licence «Mer d’Iroise» qui couvre l’aire marine « protégée » du parc naturel marin d’Iroise – 2024-034 Délibération «Chalut mer d’Iroise» du 2 mai 2024   

Acte 2 – Une consultation pour reconduire le statu quo aux dépens des pêcheurs artisans et des écosystèmes

La proposition du Comité régional des pêches de Bretagne, soumise à la consultation du public, réalise ainsi l’exploit de tourner le dos aux recommandations scientifiques et aux objectifs internationaux et européens, mais aussi aux gestionnaires du Parc marin d’Iroise et aux pêcheurs artisans. 

Tout d’abord, permettre la poursuite du chalutage de fond dans le Parc marin d’Iroise entre en totale contradiction avec les conclusions des gestionnaires du parc qui ont pu constater au cours des dernières années les impacts positifs pour les pêcheurs artisans d’une réelle interdiction des pratiques de pêches destructrices 

Dans les quelques zones effectivement protégées du parc naturel marin d’Iroise, comme la chaussée de Sein ou au Conquet (en hachuré sur la carte ci-dessus), les bénéfices pour les écosystèmes et les pêcheurs artisans sont en effet remarquables. Philippe Le Niliot, directeur adjoint du parc explique ainsi en novembre 2024 : « Au début des années 2000, les pêcheurs débarquaient 5 tonnes de langoustes à Audierne. On en comptabilise plus de 200 tonnes cette année». Ainsi, l’interdiction de pêche a permis une augmentation  «à vue d’œil» des stocks de langoustes, avec « des recrutements (l’arrivée des nouvelles générations) étant jugés excellents depuis 2013 ». Interdire le chalutage de fond et les pratiques de pêche destructrices au sein d’écosystème précieux a ainsi eu un impact bénéfique d’ores et déjà visibles pour la pêche artisanale locale. 

Cette consultation publique aurait pu et dû tirer les leçons de cette expérience et des recommandations scientifiques en matière de protection du milieu marin pour construire des scénarios de transition conjuguant protection des écosystèmes et développement d’une pêche artisanale durable. Il n’en est rien.  

Une analyse des données fournies par Global Fishing Watch montre que 37 chalutiers de fond ont opéré dans la zone en 2023 pour un total de 2831 heures de pêche. Pourtant, la pérennité de l’activité de ces chalutiers de fond ne dépend pas de cette zone, à l’inverse de ce qu’affirme les motifs de la décision selon lesquels « figer le nombre de licences (…) s’avère constituer un frein à la transmission à des premiers installants d’entreprises dont la dépendance au secteur de la mer d’Iroise est importante ». En effet, les analyses montrent que parmi ces 37 chalutiers de fond, seulement 6 passent plus de 10% de leur temps total de pêche dans cette AMP et qu’ils pourraient donc reporter leur effort de pêche hors de la zone “protégée”, ou se convertir à la pêche aux arts dormants pour bénéficier, au cours des prochaines années, du rebond de la biodiversité et des abondances.  

Par ailleurs, la défense acharnée du statu quo opérée par le Comité régional ferme les yeux sur la pratique de la bolinche au cœur du Parc marin, qui provoque une raréfaction inquiétante de la ressource, et expose la petite pêche côtière à des difficultés croissantes. La bolinche, une pratique de pêche à la senne coulissante, est une pratique de pêche qui n’est pas censée racler les fonds marins, mais qui concentre facilement d’énormes quantités de poissons en encerclant les bancs de poissons évoluant dans la colonne d’eau. Ces bolincheurs, initialement destinés à pêcher la sardine, ont de plus en plus de difficultés à pêcher cette espèce et se reportent aujourd’hui sur le maquereau, la dorade ou le bar, provoquant désormais une baisse des prix de vente compte-tenu des volumes croissants débarqués. Les petits pêcheurs artisans, qui ciblent ces espèces depuis des années, sont donc désormais en concurrence avec les bolincheurs, faisant face à la raréfaction de la ressource et à la diminution des quotas.  

Ce sont donc les écosystèmes et les emplois dans une pêche locale et durable que le Comité régional des pêches de Bretagne a donc sacrifié pour défendre les chalutiers de fond opérant au sein du Parc marin. 

Acte 3 – Mépriser l’opinion, ignorer la science, intensifier la destruction

Le dernier acte de cette dramatique mascarade a commencé. La préfecture de Bretagne a annoncé sans sourciller entériner le projet du Comité régional des pêches par un arrêté préfectoral qui sera publié et autorisera donc l’attribution de nouvelles licences pour le chalutage de fond, pour les personnes s’installant sur le territoire. 

Ce faisant, l’arrêté ferra fi de toutes les voix citoyennes et de la société civile qui se sont exprimées pendant la consultation publique qui se tenait entre le 7 et le 27 décembre 2024. Ces dernières demandaient unanimement la fin de cette pratique destructrice, dénonçant une « coquille vide qui ne protège que les intérêts personnels des parties prenantes (pêcheurs, fonctionnaires, politiques…) ». 

À quelques mois de la Conférence des Nations unies que la France accueillera à Nice, à quelques jours du sommet SOS OCEAN organisé par l’Élysée, cette décision de la préfecture de Bretagne témoigne de l’absence totale de volonté politique de la France pour mettre fin à la destruction de l’océan, défendre la petite pêche artisanale et acter la séparation entre le lobby de la pêche industrielle et l’État. A l’heure où les écosystèmes marins sont plus mal en point que jamais, il est grand temps que le gouvernement et les acteurs politiques locaux engagent une véritable politique de déchalutisation des flottes et de protection des écosystèmes marins, à commencer par les zones censées être “protégées”.   

Image : CC BY-NC-ND 2.0 –  Flickr 

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