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17 juin 2026

La France doit cesser de soutenir la pêche industrielle au détriment du reste de la profession

Nous, pêcheurs et ONG exhortons le gouvernement français à favoriser les modèles les plus créateurs d’emplois et de richesse, et les moins impactants sur l’environnement.

Dans le secteur de la pêche, souvent moins connu du grand public que l’agriculture ou le pétrole et pourtant au cœur de l’alimentation des Français, les logiques oligopolistiques font rage comme partout ailleurs. La pêche française est en effet composée d’une grande diversité d’engins et de pratiques qui cohabitaient à une époque où la ressource était abondante. Mais au fil des années, certaines entreprises se sont agrandies ; elles ont racheté des navires, accaparé des droits de pêche, épuisé les ressources marines, étendu leur influence politique en prenant le pouvoir au sein des instances de gouvernance et de représentation du secteur.

Leur modèle est celui de la prédation, elles écrasent le reste de la profession. De la cohabitation entre modèles il ne reste plus rien ; seule demeure l’âpre lutte des pêcheurs français pour tenter d’exister face à ces industriels. Nous, pêcheurs et associations environnementales, demandons au gouvernement de prendre ses responsabilités afin de mettre un terme à l’écrasante domination des plus gros industriels de nos filières. 

Les règles de concurrence européenne assurent “que les marchés fonctionnent pour tous, et pas seulement pour les acteurs les plus puissants”. Pourtant aujourd’hui, l’Union européenne et ses États membres tournent le dos à ces principes historiques en cédant aux demandes du lobby hyper puissant du minuscule segment de la pêche industrielle. Ils ne représentent que quelques navires mais les dirigeants de ces entreprises sont parvenus à occuper des postes-clés dans les instances de gouvernance du secteur et ont désormais les mains libres pour influencer les règles du jeu. Leurs navires sont abreuvés de subventions publiques, et peuvent prélever en quelques heures ce qu’un petit pêcheur mettrait une vie à pêcher. Le baptême du navire usine Annie Hillina, un chalutier flambant neuf de 112 mètres capable de capturer 400 tonnes en une seule journée, le 8 mai dernier, est l’aboutissement de cette course au gigantisme qui écrase tout sur son passage. 

Dans la pêche, la viabilité d’une entreprise repose entre autres sur l’accès à la ressource, symbolisée par les quotas qui fixent les limites de captures par espèce. Pour l’année 2026, les industriels se sont à nouveau assurés de maintenir la concentration dans leurs mains, notamment pour le maquereau et le thon rouge, deux espèces au cœur de la pêche française. La moitié des volumes ont en effet été attribués à seulement deux navires pour le premier, et 80% ont été alloués à 21 navires pour le second. Ces espèces sont pourtant pêchées par des centaines de pêcheurs qui protestent et contestent ces répartitions depuis des années. Sans un partage de la ressource, et sous la pression additionnelle de facteurs externes comme le réchauffement climatique et la multiplication des usages en mer, leurs activités sont fragilisées, tout comme les emplois à terre et les économies des littoraux qu’ils dynamisent. 

Cette injustice est aussi régulièrement dénoncée par les ONG environnementales, qui défendent, comme les pêcheurs, le droit à vivre dignement dans un environnement sain. Le discours caricatural porté par le lobby industriel qui oppose pêcheurs et ONG, destiné à détourner l’attention des véritables responsables de l’effondrement des ressources marines et du déclin du secteur, s’effrite lorsque les faits mettent en évidence la destructivité de leurs pratiques et leur mainmise sur le secteur, permise grâce au soutien que lui apportent les politiques. 

La France a le pouvoir, par l’intermédiaire de la ministre de la Pêche, de légiférer dans ses eaux, et dispose d’une voix forte au sein de l’Union européenne. Et c’est là où le bât blesse. Alors qu’il est du devoir de l’État d’agir dans le sens de l’intérêt général, d’assurer la protection des citoyens et de ses pêcheurs, le gouvernement cède face à quelques acteurs puissants. 

Dernier exemple en date, en Normandie, la décision des pêcheurs de protéger les eaux côtières a été invalidée par le préfet, représentant de l’État français, après les critiques d’un armement industriel. Ainsi, des navires gigantesques avoisinant ou dépassant les 100 mètres de long et conçus pour pêcher au large pourront continuer de venir chaque hiver pêcher au bord des côtes françaises malgré la colère des autres pêcheurs, pour certains embarqués sur des bateaux jusqu’à dix fois plus petits. 

Nous, pêcheurs et ONG exhortons le gouvernement français à mettre fin à son soutien politique et financier à une industrie minoritaire, incapable de cohabiter de manière juste avec les autres modèles de pêche et à réinvestir son rôle de protection de l’intérêt général, en défendant les modèles de pêche les plus créateurs d’emplois et de richesse, et les moins impactant sur l’environnement. Une pêche à la fois écologique et sociale est possible. Elle bénéficierait à l’ensemble du territoire, à condition de lui garantir des espaces préservés des navires industriels et une répartition juste et équitable des quotas. Encore faut-il, pour cela, que le gouvernement ait le courage de rompre avec les lobbies industriels. 

Signataires :

Stéphane PINTO, Vice-président du Comité Régional des Pêches des Hauts-de-France 

BLOOM 

Laetitia BISIAUX, responsable de campagne, BLOOM ; Claire SERGENT, responsable de campagne, BLOOM 

GREENPEACE 

François CHARTIER, chargé de campagne océan, GREENPEACE 

Hauts de France  

Jean-Marie BAHEU, pêcheur à Boulogne-sur-Mer;  Gaëtan BAILLET, pêcheur à Boulogne-sur-Mer ; Julien BAILLET, pêcheur à Boulogne-sur-Mer ; Mickaël BAILLET, pêcheur à Boulogne-sur-Mer ; Gaëtan DELSART, pêcheur à Boulogne-sur-Mer ; Jonathan DELSART, pêcheur à Boulogne-sur-Mer ; Loïc DEPARIS, pêcheur à Boulogne-sur-Mer ; Frédéric DROGERYS, pêcheur à Dunkerque ; Donovan LEFEBVRE, pêcheur à Boulogne-sur-Mer ; Florent LHOMEL, pêcheur à Boulogne-sur-Mer ; David MALFOY, pêcheur à Boulogne-sur-Mer ; Christophe MARCQ, pêcheur à Boulogne-sur-Mer ; Josse MARTIN, pêcheur à Calais ; Loic MERLIN, pêcheur à Boulogne-sur-Mer ; Laurent MERLIN, pêcheur à Boulogne-sur-Mer ; Jean-Yves NOËL, pêcheur à Boulogne-sur-Mer; Franck NOWE, pêcheur à Dunkerque ;  Mathieu PINTO, pêcheur à Boulogne-sur-Mer 

Normandie 

Julien MOUTON, pêcheur à Gouville-sur-Mer 

Bretagne 

Charles BRAINE, Porte-parole de l’association Pleine Mer et pêcheur à Plougastel-Daoulas ; Augustin MAILLART, pêcheur à Brest 

Pays Basque 

Florian ANSEL, pêcheur à Saint-Jean-de-Luz ; Imanol UGARTEMENDIA, ex-pêcheur à Saint-Jean-de-Luz ; Anne-Marie VERGEZ, ex-pêcheuse à Saint-Jean-de-Luz 

Méditerranée 

Baptiste CANVILLE, pêcheur à Palavas-les-Flots ; Gérard CARRODANO, pêcheur à la Ciotat ; Damien CATOIRE, pêcheur à Bonifacio    

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