La prochaine mandature européenne sera cruciale pour protéger l’océan et amorcer une véritable transition sociale et écologique. BLOOM propose aux candidats de s’engager publiquement à allier justice sociale et volontarisme écologique au cours de la mandature 2024-2029 pour mettre en œuvre les recommandations suivantes.
Pour restaurer l’intégrité physique des habitats océaniques et l’abondance marine, il est indispensable d’interdire les engins de pêche destructeurs qui raclent les fonds marins tels que le chalut de fond ou la senne démersale. Ces techniques ont recours à des filets et des câbles tractés sur les fonds marins qui détruisent la faune et la flore marine sur de gigantesques surfaces. La flotte française de chalutiers de fond opérant dans l’Atlantique Nord-Est racle ainsi en moyenne une superficie de fonds marins estimée à 600 000 km2, soit une superficie équivalente en ordre de grandeur à celle de la France métropolitaine1BLOOM (2024) Changer de cap. Pour une transition sociale-écologique des pêches. Ce faisant, ces engins de pêche remettent en suspension les sédiments marins, l’IPBES et le GIEC s’accordant à dire que, « à l’échelle mondiale, on estime que la perturbation du carbone des sédiments marins précédemment non perturbés par le chalutage libère l’équivalent de 15 à 20 % du CO2 atmosphérique absorbé annuellement par l’océan »2IPBES, GIEC (2021) : IPBES-IPCC co-sponsored workshop report on biodiversity and climate change. Par ailleurs, les engins traînants comme le chalut et la senne sont très peu sélectifs. On estime qu’à elle seule, la technique du chalutage est responsable de 93% des rejets dans les pêches européennes3Seas at risk, Oceana (2022) : Exploring alternatives to Europe’s bottom trawl fishing gears . Enfin, le chalutage consomme de grandes quantités de carburant afin de pouvoir tracter le chalut sur le fond : la capture d’un kilo de poisson pêché au chalut requiert 1 à 2 litres de gasoil et émet jusqu’à 6 ou 8 kg d’équivalent CO2, soit quatre à dix fois plus que des pêches au filet ou au casier4Gascuel (2019) : Pour une révolution dans la mer. De la surpêche à la résilience.
Pour mettre fin à la destruction des fonds marins et de la richesse des assemblages biologiques océaniques, et pour réduire drastiquement les émissions de CO2, il est indispensable d’engager un plan de « déchalutisation »5Gascuel (2023) La pêchécologie. Manifeste pour une pêche vraiment durable exhaustif des pêches européennes à horizon 2030, en réduisant le recours au chalut de 30% en 2025, avant sa disparition progressive à horizon 2030.
Les panels d’experts intergouvernementaux sur l’évolution du climat (GIEC) et la biodiversité (IPBES) s’accordent tous deux sur l’urgence à développer des aires marines protégées pour faire face au dérèglement climatique et à l’effondrement de la biodiversité. Dans son dernier rapport, le GIEC souligne ainsi que le second levier le plus efficace pour atténuer le réchauffement climatique réside dans la protection des écosystèmes naturels1IPCC (2023) AR6 Synthesis Report. Summary for policymakers. Figure SPM.7 . Lors de la COP15, la communauté internationale s’est d’ailleurs engagée à protéger 30% de nos terres et de nos eaux. Cependant, aujourd’hui en Europe, les aires marines dites « protégées » subissent le passage de redoutables engins de pêche industrielle qui raclent les fonds et détruisent les écosystèmes. En Europe, 86% des aires supposément « protégées » sont intensément exploitées avec des méthodes de pêche destructrices2Perry et al. (2022) : Extensive Use of Habitat-Damaging Fishing Gears Inside Habitat-Protecting Marine Protected Areas, et dans plus des deux tiers des aires marines protégées du nord de l’Europe, le chalutage y est 1,4 fois plus intense que dans les zones adjacentes3Dureuil et al. (2018) : Elevated trawling inside protected areas undermines conservation outcomes in a global fishing hot spot. Il est donc urgent de créer un réseau cohérent et efficace d’aires marines protégées en Europe pour stabiliser le climat et assurer la conservation de la biodiversité et des écosystèmes européens.
Depuis les années 1990, le rôle néfaste de certaines subventions dans la surcapacité et la surpêche est clairement établi. Les flottes de pêche industrielle, les plus destructrices, sont particulièrement dépendantes de ces subventions. En juin 2022, après vingt ans de négociations, les États membres de l’OMC ont conclu un accord visant à éliminer les subventions néfastes accordées au secteur de la pêche. Fournissant 18% des subventions mondiales allouées au secteur de la pêche, l’Union européenne est la deuxième entité politique qui finance le plus le secteur de la pêche après la Chine1Sumaila et al. (2019) : Updated estimates and analysis of global fisheries subsidies. À rebours de ses engagements internationaux et de sa volonté affichée d’éliminer les subventions à la pêche néfastes, l’Union européenne continue pourtant de soutenir un modèle destructeur et maintient le statu quo.
Une situation alarmante, alors que ces subventions publiques jouent un rôle clé dans le secteur et pourraient favoriser une véritable transition sociale et écologique. En France, en 2021, ces subventions publiques européennes et nationales s’élevaient à 327 millions d’euros, soit près de 30% du chiffre d’affaires du secteur de la pêche française2BLOOM (2024) A contre-courant. L’action publique et les enjeux de transition : synthèse des subventions publiques allouées au secteur de la pêche en France entre 2020 et 2022. Une analyse détaillée des bénéficiaires de ces aides témoigne d’un fléchage favorable à la pêche industrielle et aux méthodes de pêche destructrices : en France, en 2021, 63% de ces aides sont allées aux exonérations sur le carburant, pour une enveloppe de 206 millions d’euros qui bénéficie principalement aux pêches industrielles, plus consommatrices en carburant, moins respectueuses de l’environnement et moins pourvoyeuses d’emplois. A l’inverse, seules 11% de ces subventions recensées en 2021 sont identifiées comme des dépenses en faveur de la transition durable3BLOOM (2024) A contre-courant. L’action publique et les enjeux de transition : synthèse des subventions publiques allouées au secteur de la pêche en France entre 2020 et 2022.
La pêche artisanale est confrontée à une crise sévère en raison de la diminution des ressources dans les eaux côtières et de la concurrence déloyale opérée par des navires industriels et des méga-chalutiers pouvant atteindre plus de 140 mètres de long et capturer jusqu’à 400 tonnes de poisson par jour. Il est donc urgent d’accorder un accès et des droits de pêche prioritaires aux petits pêcheurs qui représentent la majorité des emplois dans ce secteur et qui ont recours aux techniques de pêche les plus durables et les plus sélectives (engins dormants ou « passifs »). Une mesure conforme aux objectifs visés par l’article 17 de la Politique commune de la pêche (PCP), qui enjoint les États à intégrer des critères environnementaux et sociaux dans l’attribution des quotas. Mais depuis la dernière réforme de la PCP, seuls quelques États ont effectivement introduit ces critères, la plupart d’entre eux se fondant toujours sur le relevé des captures historiques et la taille des navires pour distribuer les quotas1Parlement européen (2022) Rapport sur la mise en œuvre de l’article 17 du règlement relatif à la politique commune de la pêche.
Les eaux côtières – qui sont les zones où les pêcheurs artisans réalisent leurs captures – sont des nourriceries et des habitats essentiels pour les juvéniles de nombreuses espèces. La préservation de l’intégrité physique et biologique de ces zones est donc cruciale pour maintenir un océan en bonne santé1Cheminée et al. (2021) : All shallow coastal habitats matter as nurseries for Mediterranean juvenile fish. Par ailleurs, les petits pêcheurs ont des capacités de mobilité beaucoup plus réduites en raison de la taille de leur navire et de leurs équipements. Ainsi, là où les gros navires industriels, conçus pour pêcher au large, viennent concurrencer les petits navires dans les eaux côtières, ces derniers n’ont pas la possibilité de pêcher ailleurs et dépendent directement de la santé des écosystèmes côtiers. Cette concurrence déloyale nuit fortement à la survie de la petite pêche, très dépendante de la ressource côtière et qui est accaparée par les gros navires industriels. Actuellement, il n’existe aucune disposition légale pour protéger les pêcheurs côtiers des navires de plus de 25 mètres.
Depuis les années 1990, l’aquaculture est présentée comme une alternative à la pêche pour réduire les captures en mer à l’échelle mondiale. Cependant, l’aquaculture a un impact de plus en plus important sur le milieu marin, cette industrie ayant connu une croissance de 250% au cours des 25 dernières années1FAO (2022) : La situation mondiale des pêches et de l‘aquaculture. Vers une transformation bleue. De manière directe, elle est à l’origine de pollutions marines en raison des excréments qui sont rejetés ainsi que des antibiotiques et des pesticides qui sont massivement utilisés dans les parcs aquacoles. De manière indirecte, elle impacte les écosystèmes terrestres et marins par sa dépendance, pour nourrir les poissons d’élevage, au soja OGM et à la pêche minotière. Or, la pêche minotière, qui utilise de petits poissons pélagiques pour produire des farines et des huiles destinées à la pisciculture et à l’élevage intensif de porcs, de volailles et d’autres animaux terrestres, a un impact majeur sur les écosystèmes marins2BLOOM (2017) : De la confiture aux cochons. L’envers du décor de l’aquaculture. : entre 1950 et 2010, ce sont ainsi 27% des captures mondiales de poissons qui ont été réduites en farine et en huile, alors que ces poissons sont parfaitement adaptés à la consommation humaine3Cashion et al. (2017) : Most fish destined for fishmeal production are food-grade fish. De plus, 10% de la production aquacole elle-même est utilisée pour produire de la farine de poisson ou de l’huile de poisson, qui servira à nourrir d’autres fermes aquacoles4Ibid..
Environ 20 % des captures effectuées par les flottes de pêche de l’Union européenne sont réalisées en dehors des eaux communautaires, en partie dans le cadre d’ « accords de partenariat dans le domaine de la pêche durable » conclus avec des pays tiers1Parlement européen : Fiches thématiques sur l‘Union Européenne – Les relations internationales en matière de pêche. Ces accords de pêche, mis en œuvre dans la plupart des cas avec des pays du continent africain, renforcent la pression de pêche sur des espèces d’une importance cruciale pour la sécurité alimentaire et économique des populations locales. En Afrique de l’Ouest ou dans l’ouest de l’océan Indien ces accords de pêche internationaux participent à la surpêche des poissons pélagiques et des thons, parfois par le biais de techniques de pêche destructrices, comme la pêche au thon sur DCP (dispositif de concentration de poissons). Les DCP, radeaux qui agrègent artificiellement les populations de thon et facilitent leur capture grâce à leur géolocalisation, fournissent une telle assistance technologique aux pêcheurs industriels qu’ils sont aujourd’hui à l’origine de plus de 90% des captures européennes de thon tropical2BLOOM (2023) La grande distribution et le MSC alliés dans la destruction de l’océan. Mais surtout, ces DCP sont responsables de la mort d’innombrables espèces marines sensibles et menacées, telles que les requins, les tortues et les raies, et capturent de nombreux thons juvéniles : dans l’océan Indien, 97% des albacores capturés sous DCP sont des juvéniles. Les DCP constituent donc un obstacle direct à la reconstitution de cette population surexploitée. En dépit des alertes des scientifiques, l’Union européenne a consacré 142 millions d’euros en 2020 au renouvellement de ces accords de pêche dits « durables »3Ibid.. Par ailleurs, à cette destruction des écosystèmes s’ajoute une grande opacité dans les chaînes de valeur et accords conclus entre États et armateurs étrangers : les industries de pêche européenne possèdent de nombreux navires enregistrés sous pavillon étranger et des industries diverses de transformation et de mise en conserve du poisson en Afrique et Amérique du Sud. Enfin, destinées à assurer un flux de produits de la mer à vil prix vers le marché européen, ces entreprises n’ont que peu ou pas d’impact positif sur les économies locales, profitant souvent d’avantages fiscaux lors de leur implantation.
Les lobbies industriels de la pêche ont acquis un poids démesuré sur la décision publique et dans la représentation politique du secteur. Cette situation est préjudiciable pour les petits pêcheurs dont les intérêts ne sont ni représentés, ni défendus. Mais elle pose également problème lorsque ces groupes d’intérêts interviennent au plus haut niveau de la décision, y compris en intégrant les délégations officielles de l’Union européenne1BLOOM (2023) : Pillage des eaux africaines : révélations inédites sur les lobbies thoniers.
Le temps politique n’est pas le temps de la nature, et encore moins d’un milieu aussi vaste, sauvage et essentiel que l’océan. Garantir la défense de l’intérêt général passe donc par une refonte totale des structures de gouvernance de l’océan à l’échelle européenne, en remettant prioritairement les citoyens au cœur de la décision politique. Ceci apparaît indispensable si l’on considère que l’océan et les ressources qui s’y trouvent constituent des biens communs. Dans cette même optique, toutes les informations s’y rapportant doivent être intégralement rendues publiques et transparentes.
Cinq des dix substances chimiques les plus préoccupantes pour la santé publique selon l’OMS sont fréquemment présentes dans des produits de la mer communément consommés à travers l’Union (mercure, arsenic, dioxines, plomb et cadmium)1OMS (2020) : 10 chemicals of public health concern. Pour protéger la santé publique, un règlement européen fixe les teneurs maximales autorisées en tenant compte de la contamination effective d’un produit2Règlement (UE) 2023/915 de la Commission européenne. Cependant, alors que la limite de mercure par kilogramme de poisson frais est fixée à 0,5mg/kg, une exception est faite pour les poissons les plus contaminés, en l’occurrence les poissons prédateurs comme le thon ou l’espadon. Pour ces espèces la limite maximale autorisée est doublée à 1 milligramme de mercure par kilogramme. Aucune raison sanitaire ne justifie cet écart. La responsabilité de veiller à ce que les denrées alimentaires mises sur le marché respectent les normes incombe aux exploitants du secteur alimentaire, mais aucune exigence stricte n’est fixée en termes de contrôles analytiques pour ces mêmes acteurs. En conséquence, les produits dépassant les teneurs maximales autorisées en substances toxiques sont fréquents sur le marché européen3Alertes sur le mercure signalées au RASFF en 2023-2024.
En 2021, l’Agence internationale de l’énergie a publié sa feuille de route « Net Zero by 2050 » afin de déterminer une trajectoire carbone qui permette de limiter le réchauffement à 1,5°C, et conclut « qu’aucun champ gazier et pétrolier nouveau n’est nécessaire au-delà de ceux déjà approuvés »1Agence internationale de l‘énergie (2021) : Net zero by 2050 – A Roadmap for the global energy sector. Mais, en dépit de ces recommandations internationales et du consensus scientifique porté par le GIEC, les entreprises européennes sont loin d’avoir coupé les ponts avec l’industrie fossile. À l’heure actuelle, la consommation de pétrole ne diminue pas assez vite : quand bien même les États membres atteindraient leurs objectifs, la demande de pétrole n’aura diminué que de 16% en 20302Transport & Environment (2023) : New oil map: EU replaces Russian oil barrel for barrel as continent fails to cut demand et les réductions d’émissions de gaz à effet de serre seront largement insuffisantes3Commission européenne : Progress made in cutting emissions figure 1. Simultanément, les banques européennes continuent de soutenir l’expansion fossile et ont fourni plus de 1 300 milliards de dollars aux énergies fossiles depuis l’Accord de Paris, et 30 milliards de dollars aux 100 principaux développeurs d’énergies fossiles rien qu’en 20224Reclaim Finance (2023) : Les banques européennes parmi les principaux moteurs de l’expansion fossile.
En mars 2023, l’Union européenne s’est fixée l’objectif de porter à 42,5% la part d’énergies renouvelables à horizon 20301Parlement européen (2023) : Fiches thématiques sur l’Union européenne, Énergies renouvelables, ce qui nécessite une augmentation considérable de la capacité éolienne installée. En effet, alors que l’Union européenne compte aujourd’hui un peu plus de 204 GW de puissance éolienne installée, elle vise une capacité éolienne installée de plus de 500 GW en 20302Commission européenne (2023) : La Commission définit des mesures immédiates pour soutenir l’industrie éolienne européenne. Si le déploiement de l’éolien en mer semble nécessaire pour atteindre ces objectifs climatiques et énergétiques, celui-ci ne doit pas pour autant se faire au détriment de la protection des écosystèmes océaniques. En effet, dans son rapport de mars 2023, le GIEC soulignait que le second levier le plus efficace pour atténuer le réchauffement climatique résidait dans « la conservation des écosystèmes naturels, la séquestration du carbone et la restauration des écosystèmes »3GIEC (2023) AR6 Synthesis report. Climate change 2023. Summary for policymakers. Figure 7.. Un constat témoignant de l’importance vitale à ne pas dissocier développement des énergies renouvelables et protection des écosystèmes dans le cadre d’une politique de transition énergétique visant l’efficacité, la sobriété et la décarbonation.
L’océan étouffe sous une marée de plastique : la quantité de déchets plastiques dispersés dans ses eaux aujourd’hui est estimée à près de 200 millions de tonnes. Entre 9 et 23 millions de tonnes s’y ajoutent chaque année et ce chiffre pourrait atteindre 53 millions de tonnes par an en 2040 si des mesures fortes ne sont pas prises pour contrer ce phénomène1UN environment program : From pollution to solution,. A global assessment of marine litter and plastic pollution. Échoués sur les plages et les récifs coralliens, flottant à la surface, coulant dans les fonds marins ou dégradés en microplastiques, ces déchets constituent une menace pour la santé de l’océan et de ses habitants. Les origines des déchets plastiques rejetés dans l’océan sont diverses, mais le secteur de la pêche joue un rôle important : 10% de ces débris seraient issus des engins de pêche perdus ou abandonnés2Gilman (2015) : Status of international monitoring and management of abandoned, lost and discarded fishing gear and ghost fishing. Outre la létalité de ces engins et « filets fantômes » sur les animaux marins, ces débris se retrouvent aussi sous forme de microplastiques et contribuent donc à la pollution des écosystèmes.
L’exploitation minière dans les grands fonds marins met sciemment en danger des écosystèmes précieux, fragiles et méconnus et qui pourraient difficilement récupérer leur biodiversité et santé originaires une fois perturbés. Elle représente une menace grave pour le climat en libérant des sédiments marins le carbone qui y est stocké tout en contrevenant aux obligations internationales qui visent à assurer la protection du milieu marin1Deep sea conservation coalition (2022) : Deep-sea mining: factsheet 2. Deep-sea mining: the science and potential impacts. L’exploitation minière des fonds marins vise à l’extraction de cobalt, nickel, manganèse et autres minerais utilisés pour fabriquer des dispositifs électroniques. La justification principale repose sur la nécessité de faire évoluer le parc automobile vers une motorisation électrique, qui nécessite aujourd’hui des quantités importantes de ces matières pour la production des batteries des véhicules électriques. Cependant, les batteries de nouvelle génération, qui n’exploitent pas ces métaux, occupent une part de plus en plus importante du marché, rendant ainsi l’exploitation minière en eaux profondes superflue d’un point de vue économique et technologique2Blue Climate Initiative (2023) : Next Generation EV Batteries Eliminate the Need for Deep Sea Mining.
Bien qu’ils soient encore parmi les régions les moins anthropisées de la planète, les pôles attisent la convoitise de ceux qui y voient une source de ressources naturelles encore largement inexploitée. Mais les pôles sont surtout les habitats parmi les plus menacés par le changement climatique1GIEC (2019) : Rapport spécial sur les océans et la cryosphère dans le contexte du changement climatique, chapter 3 : Polar regions. Les régions polaires sont en ébullition : au cours des deux dernières décennies, elles ont connu un réchauffement moyen plus de deux fois supérieur à celui du reste de la planète, et les eaux de l’Antarctique ont contribué à elles seules à environ 40 % de l’accumulation de chaleur des masses océaniques depuis 1970. Ces augmentations de température, combinées à l’acidification de l’eau, perturbent l’équilibre des écosystèmes à la fois au-dessus et au-dessous de la surface des océans, menacent la survie des populations locales et constituent une menace plus large pour l’ensemble de la biosphère. La fonte des glaces et la libération des immenses quantités de méthane piégées dans le permafrost en réchauffement, ne sont que quelques-unes des menaces. Préserver les régions polaires, c’est protéger notre futur et l’habitabilité de la planète entière.
La vie marine est soumise à une extermination de masse. Les dernières mises à jour de la liste rouge de l’UICN confirment l’effondrement des espèces marines et le rôle prépondérant des activités humaines dans leur disparition. Plus d’un tiers des espèces de mammifères marins, 44% des coraux et autant d’amphibiens sont menacés d’extinction1UICN Red List of Threatened Species, 2024. Certaines zones géographiques hébergent une biodiversité en état critique : dans l’Atlantique Nord, 90% des espèces marines de prédateurs ont été éradiquées depuis 1900 en raison de la surexploitation, atteignant 99,2% pour les poissons de plus de 16kg2Myers, R., Worm, B. Rapid worldwide depletion of predatory fish communities. Nature 423, 280–283 (2003)..
La pêche industrielle est reconnue comme la principale cause historique du déclin de la biodiversité marine sur les cinquante dernières années3IPBES, 2019, Le rapport de l’évaluation mondiale de la biodiversité et des services écosystémiques. La surexploitation qu’elle génère représente une menace grave pour l’équilibre des écosystèmes, qui sont d’ores et déjà fragilisés et ne pourront faire face au dérèglement climatique. Cet équilibre précaire est pourtant vital : les écosystèmes sains permettent une régulation naturelle des espèces dites « nuisibles » et des maladies, favorisent le fonctionnement des réseaux alimentaires, captent du carbone, atténuent les impacts des catastrophes climatiques. Face à ce constat, le cadre mondial pour la biodiversité, établi lors de la COP15 à Montréal en 20224Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal, ONU, 2022, s’est fixé comme objectif d’arrêter voire d’inverser le déclin de la biodiversité. Le respect de cette ambition nécessite une augmentation drastique de la protection des espèces et la définition de zones de protection sans activités humaines pour permettre la restauration du milieu marin.
Le tourisme de masse exerce une pression croissante sur les écosystèmes marins, contribuant à la destruction des habitats côtiers et à la perturbation des équilibres écologiques. La Méditerranée, qui concentre environ 30% du tourisme mondial, subit une dégradation accélérée de ses récifs coralliens, herbiers de posidonies et dunes côtières en raison de l’urbanisation littorale, du mouillage intensif des navires et de la pollution associée aux flux touristiques1Selon le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE). Ces habitats, pourtant essentiels au stockage du carbone, à la protection des littoraux contre l’érosion et la reproduction des populations marines, voient leur surface diminuer à un rythme alarmant. Souvent perçue comme anodine, la pêche de loisir exerce également une pression significative sur les écosystèmes marins : les prélèvements – parfois comparables à ceux réalisés par les professionnels pour certaines espèces – peuvent dépasser le taux de renouvellement des stocks. En Méditerranée, elle représente jusqu’à 50% des captures de certaines espèces côtières, contribuant à la diminution des populations de poissons et au déséquilibre des chaînes alimentaires2Biological and Ecological Impacts Derived from Recreational Fishing in Mediterranean Coastal Areas, Reviews in Fisheries Science & Aquaculture, 2015. La pêche de loisir dans les Aires Marines Protégées de Méditerranée, MedPan et WWF, 2012.
Contrairement à la pêche professionnelle, elle échappe souvent aux contrôles stricts du fait de l’absence de permis ou même de registre, et s’intensifie dans des zones sensibles comme les récifs coralliens et les herbiers de posidonie, essentiels à la reproduction des espèces marines. L’activité de pêche récréative doit elle aussi être encadrée afin d’assurer le bon état écologique des eaux marines.
La chaîne de valeur des produits de la mer – de la pêche à la commercialisation – est marquée par un manque criant de transparence. Cette opacité autorise l’entrée sur le marché européen de produits liés à un effondrement de la biodiversité marine et à des violations des droits humains. Les labels et certifications existantes ne garantissent aucunement le respect des normes environnementales : 83% des captures certifiées MSC “pêche durable” sont issus notamment de chaluts de fond, soit des méthodes de pêche les plus destructrices au monde1L’imposture du label MSC, BLOOM, 2020 – “la grande pêche industrielle à fort impact représente 83% des volumes certifiés MSC entre 2009 et 2017” .
Ce même label ferme les yeux sur les violations des droits humains dans les pêcheries2Fisheries Observer Deaths at sea, Human Rights and the Role and Responsibilities of Fisheries Organisations, Humain Right at Sea, 2020: il n’inclue que 3 des 16 mesures minimales en matière de droits humains3Human Rights at Sea, “Does it do what it says in the tin?”,2023, certifie des usines de transformations impliquées dans du travail forcé des ouïghours4The Outlaw Ocean Project, “China, the superpower of seafood: findings”, 2023 et a même reconnu publiquement en 2024 qu’il s’était désengagé de toute allégation relative aux droits de l’homme.5Seafood source, MSC steps away from fair labour claims to concentrate on environmental mission, 2024
Sans une traçabilité stricte et des exigences claires en matière d’éthique et de durabilité, des produits néfastes continueront d’alimenter les étals européens, selon un modèle économique où la rentabilité prime sur la durabilité. Un groupe de spécialistes de l’océan a planché sur le concept de durabilité des pêches et a proposé « 11 règles d’or »6Rethinking sustainability of marine fisheries for a fast-changing planet, Roberts, C., Béné, C., Bennett, N. et al., npj Ocean Sustain, 2024 pour réformer en profondeur le secteur de la pêche.
La pêche illégale, non déclarée et non règlementée (INN) met en danger les ressources marines, les économies côtières et les droits humains. Selon la FAO, elle représente jusqu’à 26 millions de tonnes de captures par an, soit environ 25% des prises mondiales, et une perte économique considérable1FAO, Pêche illicite, non déclarée et non réglementée. https://www.fao.org/iuu-fishing/en/. Les pays du Sud y sont particulièrement vulnérables. Par exemple, en Afrique de l’Ouest, la pêche illégale, pratiquée principalement par des acteurs étrangers, représente une perte économique pouvant atteindre 2,3 milliards de dollars2https://www.frontiersin.org/journals/marine-science/articles/10.3389/fmars.2017.00050/full?source=post_page. Ces pratiques entraînent également des violations des droits humains : conditions de travail abusives, travail forcé, violences et exploitation des équipages sont largement documentés, notamment en Asie et en Afrique de l’Ouest. L’opacité des chaînes d’approvisionnement et le manque de contrôle permettent aux produits issus de ces pêches INN de rentrer sur les marchés internationaux, fragilisant les efforts de conservation et de gestion durable de l’océan.
La pêche illégale concerne également le non-respect des réglementations internationales : malgré l’interdiction européenne du chalutage en eaux profondes, ce sont plus de 150 bateaux qui ont pêché dans les eaux européennes au-delà de 800 mètres entre 2021 et 2023, détruisant des écosystèmes millénaires en toute impunité.
A l’heure actuelle, 79 États ont ratifié l’Accord relatif aux mesures du ressort de l’État du port (PSMA), le premier accord contraignant à cibler la pêche INN et à empêcher l’entrée sur le marché des produits qui en sont issu. Il reste cependant insuffisant pour traiter ce problème majeur.
Loin du regard des autorités, l’océan est devenu un terrain propice aux violations des droits humains, et ce notamment dans le secteur de la pêche : violences physiques et intimidation, rétention des salaires, heures de travail inhumaines, esclavage moderne, et meurtres ont été largement documentées par plusieurs sources indépendantes1La jungle des océans. Crimes impunis, esclavage, ultraviolence, pêche illégale. Ian Urbina, 2019 et The Outlaw ocean project. Ces types d’abus ne se limitent pas à l’étape de la pêche et se retrouvent dans les usines de transformation et conserveries, où les employés, principalement des femmes, sont souvent victimes de violences physiques et sexuels, de sous-paiements et d’esclavage moderne. Dans certaines régions, l’industrie de transformation du poisson (notamment le thon) est entachée par des cas de travail d’enfants2Violence en boite, Brutalité et violations des droits humains dans l’industrie du thon, BLOOM, 2023. Ces actes ne sont pas seulement scandaleux, ils constituent également une violation des droits humains en vertu du droit international.
Les violences en mer ne concernent pas seulement les travailleurs de la pêche. L’océan est une large zone de non-droit où les obligations de secours et de protection des vies humaines sont bafouées, notamment par les politiques de fermetures des frontières, alors que le sauvetage en mer est un impératif du droit maritime international3Sauvez des vies en mer, respectez le droit !, SOS Méditerranée, 2022.
Liste par ordre alphabétique de nom de famille. Les candidats tête de liste sont marqué.es en gras.
Les noms en gras correspondent aux têtes de liste.