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08 juillet 2020

La stratégie nationale des aires marines protégées vidée de son contenu

La ministre de la Transition écologique Barbara Pompili présentera demain, jeudi 9 juillet, la Stratégie nationale 2030 en matière d’aires protégées, afin d’atteindre l’objectif de protection de 30% du territoire terrestre et maritime dont 10% de protection forte.

 

Concernant spécifiquement les aires marines protégées, au regard des crises environnementales et climatiques, les organisations de défense de l’environnement [1] s’inquiètent du manque d’ambition du texte et soulignent le peu de cohérence avec les recommandations de la communauté scientifique.
C’est un enjeu primordial alors que l’importance des écosystèmes marins dans la lutte contre le changement climatique est bien documentée et que selon le rapport de l’IPBES de mai 2019, l’Océan est toujours plus menacé par la surpêche, les pollutions plastiques et les activités d’extractions.
L’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) recommande qu’au moins 30% de l’ensemble de l’Océan bénéficient d’une protection forte. Emmanuel Macron avait annoncé en mai 2019 l’objectif de préserver 30% des eaux françaises d’ici 2022, dont un tiers en « pleine naturalité ». Malheureusement, au moment de les décliner en mesures concrètes, ces déclarations ont perdu leur portée. Les ONG demandent à la ministre qui vient de prendre ses fonctions, de relever l’ambition du texte présenté ce jeudi et appellent à la cohérence entre les déclarations et les actes.

Des aires marines trop peu protégées, donc inefficaces

L’enjeu principal est de renforcer le niveau de protection, la cohérence et la représentativité territoriale des AMP existantes, afin d’atteindre les objectifs de conservation et de ne pas se cantonner à une simple approche surfacique. Ainsi, si sur le papier plus de 20% des eaux françaises ont un statut d’AMP, à peine 1.7% ont une protection forte : 0,05% en métropole et 1,65 % en Outre-mer (dont 80% sont dans les Terres Australes et Antarctiques Françaises (TAAF)). Par ailleurs une étude de 2019 a montré que près de 95% des AMP françaises n’avaient pas de plan de gestion.

Les AMP fortement protégées sont les plus efficaces pour restaurer la biodiversité marine et s’adapter aux changements climatiques, or la France en manque cruellement. Si l’ambition d’arriver à 10% de protection forte est bien affirmée, elle manque de précision dans sa définition et laisse la porte ouverte à des activités trop nombreuses. Le texte précise ainsi que les pressions engendrées dans ces zones seraient « significativement limitées », une notion floue. En outre, elle est très en deçà des recommandations et définitions des protections fortes établies par l’UICN.

Nos organisations demandent à ce que dans ces zones dites de protection forte, les activités humaines et spécifiquement les activités extractives soient interdites. Dans le reste des AMP, elles devraient déjà être fortement limitées. Le modèle d’AMP « à la française » gagnerait à être cohérent avec les définitions scientifiques internationalement reconnues et qui font référence. Nous déplorons aussi le retard pris par la France et le manque d’ambition en matière de création de réseaux de réserves marines strictement protégées.

Des zones de protection forte mal réparties sur le territoire

Enfin, la stratégie se concentre davantage sur la quantité plutôt que sur la répartition équilibrée de ces zones de protection forte, sur l’ensemble du domaine maritime. Atteindre 10% de protection forte en termes de surface, sans s’engager sur la représentativité des AMP sur l’ensemble des façades et écorégions qui constituent le domaine maritime français n’aurait pas de sens. C’est pour cette raison que nous demandons que ce soit chaque façade de la métropole et chaque région maritime des territoires d’outre-mer qui bénéficient de 10% de protection forte. La constitution de zones de protection forte dans les TAAF est évidemment importante, mais ne peut substituer à elle seule à ce qu’il faudrait faire sur l’ensemble du domaine maritime. La Méditerranée ou l’Atlantique, mais aussi le Pacifique sont, entre autres, des territoires bien plus menacés par les activités humaines et pour l’instant opportunément exclus du plan d’action à 2023 de la stratégie.

Nous demandons donc qu’au moins 10 % de chaque écorégion du territoire national de métropole et d’outre-mer soit couverts par des mesures de protection forte d’ici 2022.

[1] BLOOM, Fondation Bertarelli/Pew Charitable Trusts, France Nature Environnement, Greenpeace France, Ligue pour la Protection des Oiseaux, Mediterranean Recovery Action Network, Oceana Europe, Pleine Mer, Sea Shepherd France.

 

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