Association Bloom

Contre la destruction de l'océan et des pêcheurs

Une ONG 100% efficace

08 février 2017

Pas de label MSC pour le requin bleu et l’espadon

Les organisations espagnoles ORPAGU et CEPESCA[1] ont décidé, au terme de deux ans d’évaluation, de renoncer à la certification de leurs pêcheries d’espadon et de requin dans l’Atlantique Nord et Sud par le label MSC (Marine Stewardship Council).

Cette annonce a été faite le 27 janvier 2017 par le cabinet d’audit en charge de l’évaluation (Bureau Veritas) et publiée sur le site internet du label MSC.[2] Au cours de cette évaluation, 18 ONG s’étaient prononcées contre la certification.[3]

Tour de passe-passe

Le requin bleu (Prionace glauca), dont la biomasse a diminué de 60% depuis les années 1980,[4],[5] est de loin l’espèce majoritaire dans les captures de ces deux pêcheries avec près de deux tiers des captures.[6] Pourtant, quelques mois après le début de l’évaluation, le cabinet d’audit et ses clients ont décidé de classer le requin bleu en “espèce accessoire” dans l’idée de n’autoriser que l’espadon à porter le logo MSC. Un tour de passe-passe dénoncé avec force par les ONG, puisqu’il s’agissait toujours de certifier la même pêcherie !

Autres critiques

Outre ce tour de passe-passe, les ONG avaient également pointé du doigt d’autres problèmes au cours de l’évaluation :

  • Les palangres de surface utilisées par ORPAGU et CEPESCA sont connues pour ne pas être sélectives et pour capturer de nombreuses “espèces accessoires”. Ces dernières sont parfois classées “vulnérables” sur la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), comme les requins mako (Isurus oxyrinchus et I. paucus) ;[7]
  • La couverture insuffisante en observateurs (1% des jours de pêche en Atlantique Nord et 3% dans l’Atlantique Sud) ;
  • Le manque de données scientifiques disponibles, notamment pour l’espadon, l’autre espèce ciblée par ces pêcheries.[8]

D’après les clients, ce sont ces deux derniers critères qui les ont convaincus de se retirer de l’évaluation.

Une pression grandissante sur le label MSC

Face aux nombreuses critiques sur ses critères et son fonctionnement, le label MSC peine à se remettre en question.[9] De manière positive, la récente exposition médiatique de ces nombreux problèmes[10],[11],[12] ainsi que la mobilisation de nombreux scientifiques et ONG a au moins le mérite de faire réfléchir certaines entreprises de pêche ayant pour ambition de faire certifier leurs pratiques douteuses.

Pour aller plus loin

BLOOM a contribué par deux fois au cours du processus de certification de ces pêcheries par le label MSC, en décembre 2015 et en novembre 2016.

Notes et références

[1] Il s’agit de 34 navires palangriers dont 28 de l’ Organización de Palangreros Guardeses (ORPAGU), et 6 de CEPESCA (parmi lesquels 5 de la Organización de Productores Pesqueros de Lugo et 1 de la Asociación Nacional de Armadores de Buques Palangreros de Altura – ANAPA). www.msc.org/sala-de-prensa/noticias/la-pesqueria-de-pez-espada-y-tintorera-de-or.pa.gu.-y-cepesca-entra-en-proceso-de-evaluacion-del-msc

[2] Voir les documents relatifs à la pêcherie dans la partie “Assessment” : https://fisheries.msc.org/en/fisheries/north-and-south-atlantic-swordfish-spanish-longline-fishery. L’annulation est irréversible : si la pêcherie devait de nouveau rentrer en évaluation, elle devrait recommencer (et payer) l’évaluation depuis le début.

[3] Shark Advocates International; Global Shark Conservation Initiative, Submon Serveis Ambientals Marins, ICBM Universität Oldenburg, Sharkman’s World Organization, Lateral Line Shark Expeditions, Shark Savers Germany, Birdlife International, BlueShark Conservation (Belgium), Sharks Mission (France), Shark Citizen, Sharkproject, Shark Trust, Alianza por los tiburones de Canarias, Ocean Chronicles, BLOOM Association, Stop Finning, Project Aware, Ecology Action Center, WWF, Shark Allies, Pro Wildlife, Animal Welfare Institute

[4] Baum et al. (2003) Collapse and conservation of shark populations in the Northwest Atlantic. Science 299(5605): 389-392.

[5] Queiroz, et al. (2012) Spatial dynamics and expanded vertical niche of blue sharks in oceanographic fronts reveal habitat targets for conservation. PLoS ONE 7(2): 1-12.

[6] Le requin bleu a représenté 76% des captures de cette pêcherie dans l’Atlantique Nord et 59% dans l’Atlantique Sud entre 2000 et 2014

[7] Voir tableau complet et références dans notre contribution de novembre 2016 : www.bloomassociation.org/wp-content/uploads/2017/02/BLOOMs-comments-on-Atlantic-blue-shark-and-swordfish-fisherys-PCDR-.pdf

[8] Mejuto, et al. (2014) Preliminary standardized catch rates in number of fish by age for the South Atlantic swordfish (Xiphias gladius) of the spanish longline fleet, for the period 1989-2011 assuming a tentative growth model. Collect. Vol. Sci. Pap. ICCAT 70(4): 1826-1836.

[9] Voir par exemple notre actu : www.bloomassociation.org/tautologie-colosse-aux-pieds-dargile/

[10] www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/peche-durable-le-label-msc-certifie-une-pecherie-d-empereurs-en-nouvelle-zelande-les-ong-s-offusquent_108843

[11] www.lemonde.fr/planete/article/2016/11/30/polemique-autour-du-label-peche-durable_5040914_3244.html

[12] www.francetvinfo.fr/replay-radio/c-est-ma-planete/c-est-ma-planete-label-peche-durable-un-label-en-eaux-troubles_1950351.html

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