Association Bloom

Contre la destruction de l'océan et des pêcheurs

Une ONG 100% efficace

15 décembre 2020

Chalutiers gé(n)ants : le pillage se poursuit

Les chalutiers géants ne cessent de faire parler d’eux tant l’aversion des citoyens et des pêcheurs à leur encontre est immense.

Face au pillage des ressources mais également de l’argent public, BLOOM tire de nouveau, comme d’autres organisations,1Par exemple, l’association Pleine Mer, avec laquelle BLOOM a co-organisé les funérailles de la pêche artisanale, dénonce la présence de ces chalutiers géants en Manche et a écrit une lettre ouverte à Geoffroy Dhellemmes, directeur de France Pélagique : https://associationpleinemer.com/2020/12/11/lettre-ouverte-a-geoffrey-dhellemes-directeur-de-france-pelagique/la sonnette d’alarme sur un modèle qui appartient au passé, mais pourtant défendu par les politiques publiques.

Les industriels néerlandais aux manettes

A l’image du SCOMBRUS, inauguré à Concarneau le 25 septembre 2020 en grande pompe, la plupart des chalutiers géants qui pillent la Manche en hiver appartiennent à des compagnies néerlandaises (voir « aller plus loin » infra). Alors que dans les années 1900, une centaine de compagnies ciblait les espèces pélagiques aux Pays-Bas, elles ne sont plus que trois. Cornelis Vrolijk, Parlevliet & van der Plas (P&P) et Willem van der Zwan détiennent ainsi, par l’intermédiaire de leurs filiales, 17 chalutiers pélagiques géants de plus de 80 mètres pêchant régulièrement dans les eaux européennes. Au départ familiales, ces trois compagnies ont phagocyté de nombreuses sociétés européennes. Leur domination est telle qu’elles sont désormais à la tête d’un empire tentaculaire qui se déploie à travers toute l’Europe. À titre indicatif, P&P possède 43 navires de pêche et plus de 170 filiales actives dans 19 pays (majoritairement aux Pays-Bas, en Allemagne, en France, au Danemark et au Royaume-Uni). Quant à Cornelis Vrolijk, le groupe détient actuellement 93 navires de pêche et une centaine de filiales. En France, Euronor, la Compagnie des pêches de Saint Malo, la Compagnie française du thon océanique (CFTO) et France Pélagique appartiennent à ces firmes néerlandaises.

Pillage de l’argent public

Non contents de piller l’océan, ces industriels font également financer leurs pratiques destructrices par de l’argent public. Depuis le début des années 1980, l’Union européenne a ainsi déboursé plusieurs milliards d’euros de subventions publiques afin d’exporter sa surcapacité de pêche sous couvert d’accords de pêche — largement décriés malgré leur transparence — ce qui a permis à ses multinationales d’aller pêcher dans les eaux africaines.2Voir Le Manach et al. (2013) European Union’s public fishing access agreements in developing countries Chaque année, les deux accords avec le Maroc et la Mauritanie — dans le cadre desquels les chalutiers géants sont actifs — représentent chacun un coût compris entre 50 et 60 millions. d’euros3https://ec.europa.eu/fisheries/cfp/international/agreements_en.D’autres subventions importantes ont également été attribuées à ces navires. C’est sans compter la détaxe sur le carburant qui s’applique à l’ensemble du secteur de la pêche européenne. Un exemple frappant est celui de l’ANNELIES ILENA, chalutier de 144 mètres pouvant capturer 400 tonnes de poissons par jour. Pour sa construction, ce navire a bénéficié d’une subvention de 100 millions d’euros qui lui a été accordée par le gouvernement irlandais. Comble de l’ironie, il était tellement gros qu’il ne pouvait pas avoir de permis pour pêcher dans les eaux européennes. Après cinq années passées à pêcher en Mauritanie — où il était surnommé le « navire de l’enfer » — le groupe P&P l’a racheté pour la somme de 30 millions d’euros.

Au-delà de l’impact environnemental et social colossal de ces géants, nos impôts servent donc à bâtir des empires financiers et non à protéger les écosystèmes marins et la petite pêche côtière. L’argent public investi leur permet d’atteindre une efficacité toujours plus grande, afin de maximiser la rentabilité des industriels et satisfaire leur appétit vorace.

Le label MSC garant durable de la destruction

L’indécence ne s’arrête pas là, puisqu’avec la complicité active du label MSC (Marine Stewardship Council), ces compagnies se donnent l’image d’une pêche responsable et bénéficient ainsi d’un accès préférentiel au marché et d’une immunité politique. En effet, tous ces chalutiers géants européens sont certifiés « pêche durable » par ce label trompeur. Cornelis Vrolijk se vante ainsi sur son site internet d’avoir 92% de ses captures issues de la pêche pélagique certifiées durables. BLOOM avait révélé en mai 2020 que 83% des captures certifiées par le MSC sont en réalité issues de la pêche industrielle destructrice, bien loin d’une pêche durable et des attentes des citoyens.

> Lire notre dossier sur l’imposture du MSC

Il est à noter que le MSC a récemment annoncé la suspension au 30 décembre 2020 du certificat de pêche durable pour ces chalutiers géants, 4https://www.msc.org/media-centre/news-opinion/news/2020/12/04/international-action-needed-on-herring-and-blue-whiting-stocksdans le cadre des pêcheries de hareng et de merlan bleu de l’Atlantique Nord Est (dont les captures finissent le plus souvent en farine pour alimenter les élevages terrestres et marins). Toutefois, ce certificat n’est pas suspendu parce que le MSC considère que ces monstres pratiquent désormais une pêche non-durable. Bien au contraire ! La certification a été suspendue suite à un différend entre plusieurs pays au sujet de l’allocation des quotas. Lorsque ce différend sera résolu, le certificat sera de nouveau activé. Les enjeux économiques en jeu étant majeurs, BLOOM fait le pari que le différend sera rapidement réglé.

Un changement de modèle nécessaire

Les chalutiers géants ne sont que la partie visible d’un problème plus profond, celui d’un modèle qui concentre les quotas et les subventions publiques au détriment de la pêche côtière. Ces firmes ont encore de beaux jours devant elles tant que les représentants des pêcheurs et les décideurs politiques — Commission européenne en tête — resteront complaisants et que les intérêts néerlandais primeront. A l’heure où l’Union européenne a décidé de réintroduire des subventions interdites qui alimentent la surpêche sans en attribuer à la protection du milieu marin, les règles du jeu doivent changer pour mettre fin à la collusion des gouvernements avec les lobbies industriels.

Pour aller plus loin

Liste des chalutiers usines de plus de 80m sous capitaux néerlandais

Pavillon Marquage Nom Taille (m) Compagnie mère
Allemagne ROS170 ANNIE HILLINA 86,33 Parlevliet & van der Plas
Allemagne ROS171 MAARTJE THEADORA 140,80 Parlevliet & van der Plas
Allemagne ROS785 HELEN MARY 116,70 Parlevliet & van der Plas
Allemagne ROS786 GERDA MARIA 81,32 Parlevliet & van der Plas
France FC716900 PRINS BERNHARD 88,24 Cornelis Vrolijk
France CC919999 SCOMBRUS 81,37 Cornelis Vrolijk
Royaume-Uni H72 FRANK BONEFAAS 119,65 Cornelis Vrolijk
Lituanie KL 855 MARGIRIS 136,12 Parlevliet & van der Plas
Pays-Bas KW-172 DIRK DIRK 95,18 Parlevliet & van der Plas
Pays-Bas SCH-6 ALIDA 99,94 Willem van der Zwan
Pays-Bas SCH-123 ZEELAND 114,87 Cornelis Vrolijk
Pays-Bas SCH-81 CAROLIEN 126,22 Cornelis Vrolijk
Pays-Bas SCH-24 AFRIKA 126,22 Cornelis Vrolijk
Pays-Bas SCH-302 WILLEM VAN DER ZWAN 142,50 Willem van der Zwan
Pologne GDY-151 ANNELIES ILENA 144,60 Parlevliet & van der Plas
Féroé KG14 NAERABERG 111 Parlevliet & van der Plas
Russie UBFR7 TSARITSA 125 Parlevliet & van der Plas

 

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