31 mars 2025
Au sommet SOS OCEAN qui se tenait ce matin à Paris, le prince Albert II de Monaco a conclu son intervention par un appel aux responsables politiques à agir « avant le naufrage », en se référant évidemment à la destruction du vivant et du climat. Il ne s’imaginait sans doute pas qu’il suffirait de quelques minutes pour assister à un autre naufrage : celui de l’intérêt général, celui du courage politique, celui d’Emmanuel Macron, qui a déshonoré la France devant le cénacle international réuni pour l’occasion.
Au cours d’une intervention d’une trentaine de minutes, le Président de la France a déployé une parole creuse, qui dans ses vides et ses manques, permet de faire une lecture claire de ses arbitrages : le Président a réitéré son soutien à la pêche destructrice et à la fausse protection, contre l’intérêt des citoyens et contre la science. Le pauvre Harrison Ford, incité à encourager la posture de champion d’Emmanuel Macron juste avant sa prise de parole, se retrouve ainsi à avoir donné un peu de son crédit au plus grand lobbyiste mondial des pêches destructrices : le Président français.
Après avoir ironiquement mis à son crédit les victoires obtenues par BLOOM et les ONG contre la résistance de l’État (pêche électrique, exploitation minière en profondeur…) en gage de crédibilité politique de la France quant à ses actions environnementales,* Emmanuel Macron a rejeté les recommandations scientifiques en contournant soigneusement l’évidence, celle qui était sur toutes les bouches, dans tous les propos des intervenants au sommet et au cœur du Manifeste SOS OCEAN : l’interdiction des pêches destructrices, en premier lieu le chalutage dans les aires marines protégées.
Étant donné que la posture d’Emmanuel Macron va à l’encontre de toutes les recommandations scientifiques et du consensus clair et ambitieux exprimé dans le Manifeste SOS OCEAN (voir notre communiqué de ce matin pour plus de détails), la nouvelle tentative du Président français de soutenir la destruction en se faisant passer pour un leader de la protection environnementale échoue. Son allocution indécente a provoqué la consternation générale. Le temps du markéting environnemental du Président a bel et bien vécu. Lorsque le Président s’est lancé dans un laïus consistant à faire la morale aux pays qui n’auraient pas déjà 30% d’aires marines protégées alors qu’il est de notoriété publique que la France protège moins de 0,1% de son territoire marin et a l’aire marine protégée la plus chalutée d’Europe (voir notre rapport BULLDOZÉES), la consternation s’est transformée en gêne : protéger le statu quo ne passe plus inaperçu1« Le 3e objectif c’est d’atteindre, en tout cas continuer à remobiliser sur les 30% de protection de nos océans. Toujours sur le sujet des processus multilatéraux, on s’était battus, on avait monté cette coalition. L’objectif de Kumming Montréal a été ainsi posé : protéger 30% de l’océan d’ici 2023 mais nous en sommes bien loin. Depuis que l’on a posé cet objectif, qu’on s’est mobilisés avec plusieurs autres États membres, on est aujourd’hui à 8,5%. 8,5%. Alors nous appelons aux pays pour qu’ils annoncent à Nice de nouvelles aires marines protégées. Fixons-nous le but d’atteindre les 12 % de protection de nos zones économiques exclusives, voire les 15% d’ici UNOC. La France fera sa part d’abord avec la création de nouvelles aires marines protégées. Rappelons-le, la France a d’ores et déjà deux aires marines protégées dans le top 10 des plus grandes aires marines mondiales. Nous avons vu les aires formidables qui ont été faites dans les Açores et nous continuerons cette mobilisation. Nous le ferons en renforçant le niveau de protection dans certaines de nos aires marines protégées déjà existantes pour mieux encadrer certaines activités humaines ayant fort un impact sur la biodiversité : le transport maritime, la pêche, les pollutions telluriques. Ces aires marines protégées qui sont souvent le berceau de la vie marine ont des bénéfices économiques évidents : elles permettent la reconstitution des stocks de poissons, elles constituent des barrières naturelles contre la hausse des montées des mers, elles renforcent le potentiel de séquestration de nos océans qui est je le rappelle le premier puits de carbone mondial. » .
BLOOM déclare aujourd’hui :
BLOOM déclare Emmanuel Macron et l’État français irresponsables et inaptes à protéger notre avenir, le vivant et le climat et appelle de ce fait à une mobilisation citoyenne hors normes pour faire connaître à toutes et tous l’alliance faite par le Président avec les destructeurs de l’océan.
BLOOM appelle les citoyens à se mobiliser et interpeller la grande distribution et les lobbies de la pêche chalutière qui orchestrent le blocage de l’intérêt général au plus haut niveau de l’État et luttent depuis des décennies contre la protection de l’océan en faisant financer leurs opérations de pêche destructrices par la richesse créée par le travail des Français.
Face aux mensonges de la France, renforcés ce matin par le Président de la République, sur ses aires marines faussement « protégées », BLOOM appelle l’ensemble de la grande distribution à prendre immédiatement des dispositions pour cesser d’acheter des poissons provenant de navires utilisant le chalutage dans les aires marines protégées.
Face à la résistance depuis des décennies des chalutiers à prendre leur responsabilité et à travailler à un plan de transition juste, progressif et indolore, face à la situation lamentable de la France qui protège moins de 0,1% de ses eaux métropolitaines et dont ils sont co-responsables avec les gouvernements successifs, nous appelons le secteur privé à répondre aux aspirations citoyennes et à assurer, par leurs achats, que les aires marines protégées soient réellement protégées.
Le sommet SOS OCEAN a montré que tous les acteurs étaient alignés autour de demandes claires dans un manifeste ambitieux. Sauf la France. C’est un déshonneur pour notre pays, qui s’isole dans une posture antiscientifique et pro-pêches destructrices intenable.
* Sur un ton doctoral, M. Macron a par exemple osé mettre en avant « [l’interdiction de] l’utilisation des engins de fond dans nos écosystèmes marines vulnérables ainsi qu’à très grandes profondeurs »,[1] alors qu’une étude co-conduite par BLOOM et publiée en janvier dans la prestigieuse revue scientifique « Science Advances » démontre clairement que de nombreux navires industriels français ont allègrement pêché dans ces écosystèmes marines vulnérables fermés à la pêche de fond depuis novembre 2022, ainsi qu’au chalut au-delà de 800m de profondeur, malgré l’interdiction de cette pratique en janvier 2017 grâce à une intense campagne de BLOOM. Nous avons porté plainte contre la France auprès de la Commission européenne pour non-respect de ces deux interdictions.
[1] Citation complète : « Beaucoup de travail a été fait et nous le devons à la mobilisation de nos pêcheurs et de nos scientifiques et je veux remercier cette collaboration fructueuse qui est indispensable pour pouvoir relever un tel défi. Et donc nous continuerons à agir avec les pêcheurs pour réduire l’impact de la pêche sur les écosystèmes. Nous l’avons fait au niveau européen, en interdisant ces dernières années la pêche électrique, mais aussi l’utilisation des engins de fond dans nos écosystèmes marines vulnérables ainsi qu’à très grandes profondeurs. Et donc nous continuerons là aussi pour obtenir de nouveaux résultats concrets, portés aussi par nos scientifiques en lien avec nos pêcheurs pour améliorer justement ces résultats et permettre encore de mieux protéger nos fonds marins en particulier dans les aires marines protégées. »
12 septembre 2022
Communiqué de presse – Paris – Bruxelles, le 12 septembre 2022
27 mars 2025
La tenue du sommet « SOS Océan ! », organisé à Paris par Emmanuel Macron les 30 et 31 mars, en amont de la 3ème Conférence des Nations Unies sur l’océan qui aura lieu en juin, aura au moins eu un mérite : forcer le gouvernement à clarifier la position qu’il allait défendre sur la scène française et internationale en matière de protection de l’océan… Cette clarification fut émise le 21 mars par la ministre de la transition écologique Agnès Pannier-Runacher… et ce n’est pas brillant. La ministre a annoncé qu’elle optait pour une approche de la protection « au cas par cas », expression reprise des défenseurs des pêches au chalut, considérées comme les plus destructrices de toutes les méthodes de pêche.
Cette protection « au cas par cas » inventée par les lobbies industriels et reprise par la ministre a pour effet de faire de la « dentelle » dans la protection et in fine, de ne jamais protéger le milieu et les animaux marins. Cette approche est précisément celle qui explique que notre pays, bien qu’il soit la première puissance maritime européenne et la deuxième au niveau mondial, protège moins de 0,1% de son territoire marin métropolitain, loin des 30% affichés dans les déclarations officielles.
Au sommet « SOS Océan ! », BLOOM appelle le Président de la République à faire preuve de courage politique pour annoncer la mise en place d’une véritable protection maritime et donc une interdiction immédiate des méthodes de pêche destructrices comme le chalutage de fond et le chalutage pélagique dans 30% des eaux françaises, par façade maritime, et la mise en place d’un tiers de ces zones sous protection « stricte » sans aucune activité extractive. Nous demandons également une interdiction des navires de plus de 25 mètres dans les eaux côtières (12 milles nautiques) et l’engagement d’une transition du secteur de la pêche permettant de lui redonner un horizon de viabilité économique et sociale. Face à l’inaction des pouvoirs publics, BLOOM appelle également les distributeurs à prendre leurs responsabilités pour répondre à l’urgence écologique ainsi qu’aux aspirations des citoyens en cessant d’acheter progressivement leurs poissons s’ils proviennent de chalutiers ayant pêché dans des zones protégées. BLOOM a mis à disposition des supermarchés une liste rouge mondiale des chalutiers pêchant dans les aires marines supposées être « protégées ».
31 mars 2025
Au sommet SOS OCEAN qui se tenait ce matin à Paris, le prince Albert II de Monaco a conclu son intervention par un appel aux responsables politiques à agir « avant le naufrage », en se référant évidemment à la destruction du vivant et du climat. Il ne s’imaginait sans doute pas qu’il suffirait de quelques minutes pour assister à un autre naufrage : celui de l’intérêt général, celui du courage politique, celui d’Emmanuel Macron, qui a déshonoré la France devant le cénacle international réuni pour l’occasion.