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L’imposture des aires protégées « à la française »

Devant la profusion d’avantages qu’offrent les aires marines protégées, les États se sont mobilisés pour en faire un levier clé dans la lutte contre l’érosion du vivant et du climat — du moins sur le papier.

Quelle réalité derrière les objectifs ambitieux des États ?

La volonté de protéger l’océan a fait un bond en avant lors de la 10ème Conférence des Parties de la Convention sur la diversité biologique (“CDB”) à Nagoya en 2010 où les États ont adopté un plan stratégique dans lequel ils se sont engagés à conserver 10% des zones côtières.1COP10 de la Convention pour la Diversité Biologique, «Décision adoptée par la conférence des parties à la convention sur la diversité biologique à sa dixième réunion», 2010. Ces objectifs sont en cours de révision à la hausse pour atteindre la protection de 30% des mers et océans d’ici 2030 comme le recommande l’UICN.2UICN, «WCC-2016-Res-050-FR Accroître l’étendue des aires marines protégées pour assurer l’efficacité de la conservation de la biodiversité», consulté le 25 mai 2022. Ces nouvelles cibles chiffrées devraient être adoptées au cours de la 15ème conférence des parties de la CDB.

Cependant, entre promesses politiques et réalité, l’écart est béant : au niveau mondial, seulement 2,4% de l’océan est fortement ou intégralement protégé des impacts de la pêche et autres activités extractives.3The Marine Protection Atlas, « Global Marine Protection », 2021. https://mpatlas.org/zones? (consulté le 18 mars 2022).  En réponse à ce délitement des objectifs de protection de l’océan, la communauté scientifique internationale a produit une classification des AMP [12] selon leur degré de conservation et de mise en œuvre.4K. Grorud-Colvert et al., « The MPA Guide: A framework to achieve global goals for the ocean », Science, vol. 373, no 6560, sept. 2021, doi: 10.1126/science.abf0861. C’est notamment ce travail qui a permis de révéler, derrière les discours, l’état desastreux des aires marines dites « protégées » en Europe et en France.

Des aires « protégées » intensément exploitées

Aujourd’hui en Europe, les aires marines « protégées » (AMP) subissent le passage de redoutables engins de pêche industrielle qui raclent les fonds et détruisent les écosystèmes, comme le chalut de fond ou la senne démersale (une méthode apparentée au chalutage) :

  • 86% des aires dites «  protégées » d’Europe sont intensément exploitées avec des méthodes de pêche destructrices. 5Perry, Allison L., et al. “Extensive Use of Habitat-Damaging Fishing Gears Inside Habitat-Protecting Marine Protected Areas.” Frontiers in Marine Science 9 (2022): 811926.
  • Dans plus des 2/3 des AMP du nord de l’Europe, le chalutage est 1,4 fois plus intense à l’intérieur de la zone supposément protégée, qu’à l’extérieur 6Perry, Allison L., et al. « Extensive Use of Habitat-Damaging Fishing Gears Inside Habitat-Protecting Marine Protected Areas. » Frontiers in Marine Science 9 (2022): 811926. !

Une protection quasi-inexistante

La France ne fait guère mieux. Et ce, malgré la lourde responsabilité que représente son rang de seconde puissance maritime mondiale, par l’immense étendue de sa ZEE.

Les rares aires marines françaises réellement protégées ne sont jamais implantées dans les zones qui en ont le plus besoin, là où une forte pression de pêche impacte la biodiversité et les écosystèmes marins. Elles sont généralement situées dans des zones lointaines où les activités humaines sont peu intenses comme les eaux distantes de l’océan Austral.7Claudet, Joachim, Charles Loiseau, and Antoine Pebayle. « Critical gaps in the protection of the second largest exclusive economic zone in the world. » Marine Policy 124 (2021): 104379.

En France métropolitaine, le pourcentage de protection réelle tombe à un niveau quasiment inexistant : en Manche, Atlantique et Mer du Nord, seul 0,005% des eaux françaises sont réellement protégées ! 8Claudet, Joachim, Charles Loiseau, and Antoine Pebayle. « Critical gaps in the protection of the second largest exclusive economic zone in the world. » Marine Policy 124 (2021): 104379.

L’imposture des normes « à la française »

Au lieu de se conformer aux normes internationales de classification des aires marines protégées, l’Hexagone a généré une exception française : une classification sur-mesure des niveaux de protection — 11 au total ! 9L. Debeir et T. Lefebvre, « Analyse comparée des stratégies et des réseaux à l’échelle internationale », p. 115, août 2019.— qui aboutit à des statuts incompréhensibles et surtout totalement inefficaces. 10Claudet, Joachim, Charles Loiseau, and Antoine Pebayle. « Critical gaps in the protection of the second largest exclusive economic zone in the world. » Marine Policy 124 (2021): 104379. Un imbroglio dont l’effet très concret est de permettre aux entreprises de pêche industrielle de poursuivre leurs activités sans être gênées par des zones de protection.

Remodeler les classifications de protection permet au Président Macron de claironner avoir dépassé les objectifs de 30% de protection, et ce sans avoir à protéger l’océan.

Le scandale des aires marines protégées va plus loin. Tandis qu’Emmanuel Macron annonçait en grandes pompes le 11 février 2022 à Brest que le pays comblerait son retard sur ses objectifs de « protection forte »,11Emmanuel Macron, «Déclaration de M. Emmanuel Macron, président de la République, sur la préservation de l’Océan mondial, à Brest le 11 février 2022», vie-publique.fr, 11 février 2022. le gouvernement avait déjà anéanti la définition même de ce que constitue une « protection forte ». Dans un paroxysme de cynisme politique, le ministère de la transition écologique avait non seulement déjà rédigé un projet de décret d’une grande perversité technique permettant de démolir la notion de « protection forte » en France, mais même clos la période de consultation publique sur le texte avant les annonces du Président.12Ministère de la transition écologique, «Projet de décret pris en application de l’article L. 110-4 du code de l’environnement et définissant la notion de protection forte et les modalités de la mise en œuvre de cette protection forte», 14 janvier 2022.

Une hypocrisie aux conséquences bien réelles

Des manquements désastreux pour les écosystèmes marins, les pêcheurs, et la planète

La protection faible ou inexistante qu’offrent les AMP est tout d’abord dévastatrice pour les écosystèmes marins, qui ne trouvent pas de refuge contre la pression qu’exercent les activités humaines à fort impact comme la pêche industrielle, première cause de destruction des océans.

De plus, face à l’érosion de la biodiversité et l’effondrement des stocks de poisson, les pêcheurs artisans voient leur source de subsistance disparaître, entrainant le délitement du tissu socio-économique côtier. Pour certains pays en voie de développement qui dépendent fortement de la pêche, cela provoque même de graves problèmes d’insécurité alimentaire.

A l’heure du réchauffement climatique, l’imposture que représente une majorité d’AMP, qui autorisent les engins de pêche comme le chalutage de fond, est d’autant plus problématique que les sédiments marins constituent le plus grand réservoir de stockage de carbone au monde. Les experts de la biodiversité réunis dans la Plateforme intergouvernementale scientifique IPBES alertent : « à l’échelle mondiale, on estime que la perturbation du carbone des sédiments marins par le chalutage libère l’équivalent de 15 à 20 % du CO2 atmosphérique absorbé chaque année par l’océan ».1IPBES. « Biodiversity and Climate Change workshop report ». 2021. Consulté le: 13 juillet 2022. [En ligne]. Disponible sur : https://ipbes.net/sites/default/files/2021-06/20210609_workshop_report_embargo_3pm_CEST_10_june_0.pdf

Comment l’océan pourrait-il jouer son rôle essentiel de régulateur climatique si nous ne le protégeons pas contre les pratiques de pêche climaticides ?

Des millions d’euros engloutis

Bien qu’inefficaces, voire contre-productives, les fausses aires marines protégées sont gourmandes en ressources. En France, BLOOM a pu reconstituer qu’un minimum de 5,3 millions d’euros issus de fonds européens avaient été alloués à l’Office français de la biodiversité et ses prédécesseurs pour la mise en place d’aires qui n’existent que sur le papier.

Urgence

Cet inquiétant état des lieux reflète non seulement la grande résistance du secteur de la pêche au principe même de la protection, mais aussi son poids inacceptable dans le façonnage des mesures gouvernementales. A l’heure où les chercheurs de la biodiversité et du climat (IPBES et GIEC) alertent à l’unisson des conséquences irréversibles de l’inaction pour la planète et pour l’humanité, notre devoir est d’agir sans relâche pour obtenir des politiques publiques aptes à mettre l’humanité à l’abri de dérèglements sans précédent.

 

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