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Manifestation contre la pêche industrielle à Saint-Malo

25 mars 2024

Chalutier géant : le chantage à l’emploi, la grosse ficelle de secours de la pêche industrielle

BLOOM a alerté et organisé une manifestation le 15 février, dénonçant publiquement l’exploitation du plus grand chalutier pélagique du monde par la Compagnie des pêches de Saint-Malo pour fabriquer du surimi. Avec le soutien de Pleine Mer, des associations bretonnes (Mor Glaz, FNE Bretagne, Bretagne vivante, Eau et rivières et Al Lark), la CGT des marins du Grand Ouest et des élus de divers groupes politiques, nous étions plus de 200 personnes dans le port de Saint-Malo à nous mobiliser contre ce modèle de pêche.(1) Alors que cette mobilisation porte ses fruits, les lobbies utilisent le chantage à l’emploi pour tenter de retourner la situation. Décryptage.

Pour rappel, la Compagnie des pêches de Saint-Malo a investi 15 millions d’euros avec la bénédiction de l’administration française pour exploiter l’Annelies Ilena – en remplacement du Joseph Roty II (un autre mastodonte de 90m) – et y transférer son usine de fabrication de surimi-base .

Opérant aussi bien dans les eaux européennes qu’au large des côtes d’Afrique de l’Ouest, du Chili et du Pérou, l’Annelies Ilena est un navire immatriculé en Pologne et appartient à Atlantex, une filiale polonaise de la multinationale néerlandaise Parlevliet & Van der Plas (P&P). Surnommé le « Navire de l’enfer » en Mauritanie, ce monstre de 145 mètres de long pêche quotidiennement 400 000 kg de poissons.

Une opacité systémique des quotas de pêche

Quelques jours plus tôt, le 7 février, BLOOM a adressé un courrier au ministre de la Transition écologique pour demander des comptes et faire toute la transparence sur cette transaction, notamment en ce qui concerne les quotas de pêche. En effet, la Pologne ne possède pas de quotas de merlan bleu, l’espèce qui est utilisée pour fabriquer du surimi. Pour que la Compagnie des pêches de Saint-Malo puisse exploiter l’Annelies Ilena, la France envisage de céder à la Pologne son quota de merlan bleu. Or, si les échanges de quotas entre Etats membres sont autorisés, un transfert sans contreparties est contraire au droit européen. Cette transaction de quotas pourrait violer un principe fondamental de la Politique commune de la pêche : le principe de stabilité relative, qui garantit une répartition stable des quotas selon les captures historiques des États membres. (2)

Le courrier de BLOOM pour obtenir des clarifications quant aux mesures prises pour garantir que cette opération est conforme au droit en vigueur n’a toujours reçu aucune réponse, ce qui ne fait qu’accentuer nos doutes sur la légalité de cette opération. En revanche, le ministère aurait suspendu ce transfert de quota mais aucune information officielle n’a été publiée.

BLOOM a adressé un second courrier ce vendredi 22 mars pour demander une nouvelle fois des éclaircissements.

Le choix de l’Annelies Ilena : une menace pour les emplois de l’usine de Saint-Malo et les marins

Depuis une dizaine de jours, Florian Soisson, le PDG de la Compagnie des pêches de Saint-Malo, martèle dans les médias que la sauvegarde des emplois de l’usine et des marins dépend du « transfert » de quota français vers la Pologne. Il a notamment mis ses 36 marins au chômage partiel.

En réalité, c’est cet investissement dans un navire polonais qui condamne les emplois en mer et probablement à terre. Dans une communication de fin décembre, la Compagnie des pêches de St-Malo a indiqué que le Joseph Roty II avait effectué sa dernière marée. Cela signifie que les marins se retrouvent sans outil de travail. Il est important de préciser que la Compagnie des pêches de Saint-Malo n’est pas devenue propriétaire de l’Annelies Ilena. Le navire reste la propriété du néerlandais P&P et continuera à naviguer sous pavillon polonais : le droit polonais s’applique donc, peu importe la nationalité des marins à bord.

Par conséquent, ni la Compagnie des pêches de Saint-Malo, ni P&P, ni Atlantex ne peuvent garantir la continuité des contrats de travail si des marins français devaient être transférés sur le navire sous pavillon polonais. Ce serait à la compagnie polonaise Atlantex de les réembaucher avec des contrats polonais, soumis à des conditions et un régime différents. Surtout, l’Annelies Ilena dispose déjà de son propre équipage, ce qui rend hautement improbable la préservation de tous les emplois des marins du Joseph Roty II.

Si P&P avait réellement voulu maintenir ses activités à Saint-Malo comme une place significative de ses activités, il aurait pu remplacer le Joseph Roty II par un navire sous pavillon français. Dans un tel contexte, il n’y a pas de logique économique pour le groupe néerlandais de continuer à utiliser l’usine actuelle de Saint-Malo alors que son navire Annelies Ilena ne sera jamais en mesure de venir débarquer directement le poisson qui y serait transformé. Par conséquent, l’exploitation de l’Annelies Ilena et le « transfert » de quota au profit de la Pologne sont plutôt le signe annonciateur d’un désengagement progressif de l’armement en France.

Retenons enfin qu’un chalutier pélagique crée 10 fois mois d’emplois qu’un navire de petite pêche ! D’un point de vue rationnel, la France a tout intérêt à démanteler les navires-usines et engager la transition du secteur vers les pratiques peu impactantes, faiblement émettrices de CO2, et créatrices d’emploi.

À lire aussi :

Lire notre rapport de janvier 2024 « Changer de cap ».

Notes et références

(1) Cette mobilisation a également donné lieu à plusieurs prises de position contre ce navire dans les médias. Sur France Inter, le président de la région Bretagne, Loïg Chesnais-Girard, déclarait : « ce navire énorme (…) n’est pas conforme à la pêche bretonne que je défends. (…) On associe ce bateau à la Bretagne, on salit la Bretagne. »

(2) Cette question sur les quotas était également au cœur du débat sur la feuille de route halieutique votée le 16 février 2024 au Conseil régional de Bretagne. Le vice-président Daniel Cueff a ainsi déclaré : « Comment sont distribués les quotas ? comment voir que les quotas sont cumulés sur un seul navire pour pouvoir pêcher puisque le bateau ne sera autorisé à pêcher que s’il a effectivement des quotas. Ça c’est une position que nous devons travailler avec la Commission européenne. Nous ne pouvons pas aujourd’hui soutenir cette position. Par contre, les modes de pêche catastrophique de ce bateau ne sont pas évidemment les conditions de pêche que nous défendons (…). »

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